L’état d’urgence décrété dans l’ouest de la Birmanie

Le pouvoir birman a décrété hier l’état d’urgence dans l’État Rakhine (ouest), donnant à l’armée des pouvoirs accrus pour ramener le calme après des violences entre bouddhistes et musulmans qui ont fait au moins sept morts et menaçaient de s’étendre.

La mesure est intervenue quelques heures après l’imposition d’un couvre-feu sur quatre villes de cet État, dont la capitale Sittwe. Donnant à l’armée des pouvoirs très importants, elle est entrée en vigueur immédiatement, a précisé la télévision publique.


« Je demande au peuple, aux organisations religieuses, aux partis politiques et à toutes autres organisations de coopérer et travailler avec le gouvernement […] pour protéger et maintenir la paix et la sécurité », a déclaré de son côté le président dans un discours à la Nation.


« Des actes d’anarchie se sont propagés largement […] en État Rakhine », a regretté Thein Sein, arrivé au pouvoir en mars 2011 et crédité depuis de nombreuses réformes politiques.


« Si les deux camps se tuent les uns les autres dans une haine et une revanche sans fin […], cela pourrait se propager au-delà de l’État Rakhine », a-t-il ajouté, évoquant la nécessité de protéger « le processus démocratique et le développement » de la Birmanie.


Les tensions sont montées d’un cran après le meurtre de dix musulmans, lynchés il y a une semaine par une foule en colère, dans le sud de l’État Rakhine (autrefois appelé Arakan).


Quatre bouddhistes ont ensuite été tués vendredi avant une seconde flambée de violences samedi qui ont fait trois morts. Près de 500 maisons ont été détruites et 17 autres personnes ont été blessées, toujours selon les médias locaux.


Les autorités accusent les Rohingyas, une minorité musulmane apatride qui n’est donc pas reconnue comme birmane, d’être responsables de ces violences qui ont débuté près de Maungdaw, à la frontière avec le Bangladesh, suite au viol d’une femme Rakhine.


À Sittwe, un habitant contacté au téléphone a affirmé avoir vu un homme se faire poignarder, ainsi qu’un face-à-face tendu entre des groupes rakhines et Rohingyas, près de l’université. L’AFP n’a pu vérifier de source indépendante si la ville avait été le théâtre de violences hier.


« Si la situation se poursuit, il n’y aura pas de sécurité pour les gens de la ville », a estimé cet habitant, accusant les Rohingyas d’« invasion » et les qualifiant de « terroristes ».


À Rangoun par ailleurs, quelque 600 personnes se sont rassemblées à la pagode Shwedagon, haut lieu du bouddhisme national, pour réclamer justice dans des propos assimilant musulmans d’Inde ou du Bangladesh et Rohingyas. « Pas de place pour les terroristes bengalis » et « Sauvez les Rakhines », pouvait-on lire sur des pancartes.


Les violences « dégradent la sécurité nationale, les intérêts nationaux et la règle de droit. Ce n’est pas seulement le problème du pays, mais aussi le problème du monde entier », a déclaré Tin Htoo Aung, président du Réseau national rakhine, une organisation militante.