Les «Indignados» sont de retour - Il y a un an, les places publiques s’enflammaient


	Quelques dizaines de militants du mouvement Occupons Montréal et de sympathisants se sont réunis samedi et hier au square Victoria, dans le quartier des affaires. Leurs actions portent maintenant le nom JAPPEL, pour Journées d’actions populaires pour un printemps érable et global.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Quelques dizaines de militants du mouvement Occupons Montréal et de sympathisants se sont réunis samedi et hier au square Victoria, dans le quartier des affaires. Leurs actions portent maintenant le nom JAPPEL, pour Journées d’actions populaires pour un printemps érable et global.

C’est reparti pour le mouvement des « indignés » ou, comme on l’appelle souvent de ce côté-ci de l’Atlantique, le mouvement Occupons. À quelques jours du premier anniversaire du grand rassemblement de la Puerta del Sol, à Madrid, des manifestants opposés à une certaine conception de l’économie et de la société ont pris possession, en fin de semaine, des grandes places publiques dans plusieurs dizaines de villes du monde, dont Montréal, où le phénomène a pris une saveur d’« érable ».

C’est à Madrid, berceau du mouvement, et à Barcelone que la commémoration a pris le plus d’ampleur, mais des rassemblements ont également eu lieu dans plusieurs autres villes d’Espagne et dans de nombreux autres pays. En Europe, on peut mentionner Moscou, Lisbonne, Francfort, Londres (où des heurts avec la police ont été signalés) et Athènes, où perdure une grave crise sociale et politique. À ces villes s’ajoutent notamment Tel-Aviv, en Israël, New York, Denver et Montréal, en Amérique du Nord.


À Madrid, où au moins 30 000 indignés s’étaient réunis à la Puerta del Sol dans la journée de samedi, la police a arrêté 18 personnes durant la nuit suivante. Un millier de Madrilènes se sont réunis au même endroit hier après-midi pour réclamer la libération des personnes arrêtées. La police a également délogé des manifestants à Palma de Majorque, à Valence, à Cadix et à Saragosse.


Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a encore défendu hier les mesures d’austérité adoptées récemment par son gouvernement de droite en réaction à la crise financière qui secoue la zone euro, et contre lesquelles protestaient samedi de nombreux participants aux différentes manifestations.


C’est le 15 mai 2011 que les premiers « indignados » avaient commencé à manifester et à installer des tentes, à Madrid et à Bercelone. Dans la capitale espagnole, leur campement avait tenu pendant un mois.


À l’automne, ce sont les jeunes Américains qui ont pris la relève des Espagnols en procédant à l’« Occupation de Wall Street », ou plus précisément du parc Zuccotti situé près de cette artère emblématique. Ils avaient été imités par des jeunes et des moins jeunes dans des dizaines de villes d’Amérique du Nord et d’ailleurs.



Un « Québec idéal »


À Montréal, quelques dizaines de militants du mouvement Occupons Montréal et de sympathisants se sont réunis samedi et hier au square Victoria, dans le quartier des affaires, au pied de la tour de la Bourse. Ils ont donné un nouveau nom aux actions qu’ils comptent mener au moins jusqu’à demain : JAPPEL, pour Journées d’actions populaires pour un printemps érable et global.


Hier après-midi, la centaine de personnes présentes au square Victoria étaient réparties en petits groupes, participant aux divers ateliers ou s’adonnant à des activités plutôt ludiques.


L’ambiance était conviviale sous le soleil printanier. Entre autres activités, les responsables d’Occupons Montréal ont distribué des feuilles de papier et des crayons pour permettre aux participants d’exprimer en textes ou en images leur conception d’un « Québec idéal ».


Mélanie s’est prêtée au jeu. « Nous sommes venus chercher quelqu’un à la gare [centrale] mais nous savions qu’il y avait ce rassemblement. C’est une belle manifestation sous le signe de la simplicité et de l’amour », dit-elle. « Le changement est en route, je n’ai pas de doute », a écrit sa fille Victoria, tandis que son conjoint, Jean-Guy, se disait inquiet devant la hausse du coût de la vie et l’appauvrissement de nombreux citoyens.


Le socle de la statue de la reine Victoria était couvert de banderoles sur lesquelles on pouvait lire des dénonciations du « profilage politique » et de l’« intimidation policière ».


« Avec des ateliers pour sensibiliser les gens, nous espérons que la sympathie croîtra et que, de fin de semaine en fin de semaine, nous proposerons de nouvelles initiatives pour que le mouvement passe l’été et s’étende aux quartiers », a dit Fabrice Marcoux, membre du comité de philosophie politique d’Occupons Montréal.


Les organisateurs du mouvement ne comptent pas occuper le square pendant la nuit comme l’automne dernier. La Ville de Montréal impose un couvre-feu dans ses parcs et entend le faire respecter. D’ailleurs, le Service de police de la Ville de Montréal a remis cinq constats d’infraction pendant la nuit de samedi à hier.


L’automne dernier, le campement des indignés avait été démantelé par la police à la fin du mois de novembre, après plus d’un mois et demi d’occupation du square.


À Londres, samedi, la police a arrêté une douzaine de manifestants qui s’étaient approchés du siège de la Banque d’Angleterre.


À Moscou, ils étaient plusieurs milliers de protestataires sur le boulevard Chistye Prudy en fin de semaine. Certains y campent depuis plusieurs jours. Si leurs revendications rejoignent souvent celles des autres « indignés » du monde, ils ont aussi des doléances spécifiques à l’égard de leurs « nouveaux » (et « anciens » !) président et premier ministre, Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev.


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