Congrès de l'Association francophone pour le savoir - Les jeunes joueurs de soccer québécois consomment des produits de performance

L’enquête a permis de constater que seuls l’entraîneur et les coéquipiers semblaient avoir exercé une certaine influence sur la consommation des jeunes joueurs.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’enquête a permis de constater que seuls l’entraîneur et les coéquipiers semblaient avoir exercé une certaine influence sur la consommation des jeunes joueurs.

Au Québec, les jeunes joueurs de soccer sont de plus en plus nombreux à consommer des boissons ou autres produits stimulants dans le but d’améliorer leurs performances sportives, a affirmé une doctorante de l’Université Laval lors d’une conférence qu’elle donnait au congrès de l’Acfas, qui débutait hier au Palais des congrès de Montréal.

Dans le cadre de son doctorat en psychopédagogie de l’éducation physique, Sophianne Dionne a mené une enquête auprès de 1085 joueurs de soccer de la région de Québec qui participaient à des compétitions de niveau local ou régional. Le groupe de participants, âgés de 10 à 18 ans (âge moyen de 14,5 ans), était composé autant de filles que de garçons.


L’enquête s’est déroulée en juillet 2010 à l’aide d’un questionnaire sur la consommation qu’ils avaient faite au cours des 12 derniers mois de 17 substances différentes pouvant accroître leurs prouesses sportives. La liste de ces substances incluait les boissons gazeuses, le café, le lait au chocolat, les boissons de récupération, les boissons énergisantes, l’alcool, un gel de glucides, des suppléments de vitamines et de minéraux, des suppléments d’oméga-3, des comprimés de caféine, un repas riche en glucides, des comprimés d’Aspirine ou de Tylénol, du Sudafed, de même que des substances prohibées par le Code mondial antidopage, comme des suppléments de protéines tels que de la créatine, des inhalateurs pour l’asthme ou des stimulants, comme le speed, « que les jeunes parviendraient vraisemblablement à se procurer sur Internet ou par des amis atteints d’asthme dans le cas des inhalateurs », affirme Mme Dionne.


Dans les grandes lignes, les résultats de cette enquête ont montré que les garçons étaient plus nombreux que les filles à faire l’usage d’une ou l’autre de ces 17 substances dans le but d’améliorer leur performance.


Plus précisément, ils étaient 20 % à avoir consommé des boissons énergisantes telles que Red Bull et Guru - qui contiennent une bonne dose de caféine ainsi que des vitamines, des dérivés d’acide aminé et diverses formes de glucide -, 10, 4 % à avoir pris de la créatine ou des suppléments de protéines, 12, 5 % à avoir inhalé des médicaments pour l’asthme, 7,5 % à avoir ingéré des stimulants, pour améliorer leur jeu.


Le lait au chocolat et les boissons de récupération telles que Gatorade et Powerade qui sont composées essentiellement d’électrolytes - du sel - et de glucides, étaient les produits les plus couramment employés puisqu’ils avaient été bus respectivement par 35 % et 60 % des participants (garçons et filles confondus).


Sophianne Dionne a aussi présenté les résultats d’une autre étude publiée en 2010 ayant révélé que 25,8 % des jeunes Québécois avaient déjà utilisé des substances interdites par le Comité international olympique, telles que des bêta-bloquants, des hormones de croissance, des analgésiques, des narcotiques, des stéroïdes anabolisants, de l’éphédrine, des inhalateurs pour l’asthme ou des comprimés de protéines, dans l’intention d’accroître leurs performances.


Dans l’enquête que Mme Dionne a conduite, il est également apparu que la consommation de ces diverses substances s’accompagnait d’une plus grande fréquence de comportements allant à l’encontre de l’esprit sportif, comme « le fait d’être prêt à tout pour gagner, y compris utiliser la tricherie et se refuser à féliciter ses adversaires lors d’une victoire de l’équipe adverse », a précisé Mme Dionne.


L’étudiante a également cherché à savoir si l’entourage des joueurs - les parents, les amis, l’entraîneur, les coéquipiers, les vedettes sportives - avait eu un impact sur leur consommation. L’enquête lui a permis de constater que seuls l’entraîneur et les coéquipiers semblaient avoir exercé une certaine influence sur leur consommation.


L’entraîneur tolère ces comportements antisportifs et la consommation de certaines substances. Les joueurs qui avaient consommé étaient plus souvent ceux qui croyaient que leurs comportements antisportifs étaient tolérés ou même encouragés par l’entraîneur et les coéquipiers. « Nos résultats actuels ne nous permettent toutefois pas de savoir si l’entraîneur encourageait la consommation de ces substances », a souligné la chercheuse.


En entrevue, Sophianne Dionne avoue avoir été étonnée que des joueurs d’un si jeune âge, qui de surcroît ne compétitionnent même pas au niveau provincial ou national, pensent déjà à trouver des moyens d’améliorer leurs performances. Elle souligne toutefois que les résultats de son étude ne peuvent être généralisés à d’autres sports pour le moment.