Vu d'ailleurs - Vancouver est reconnu comme une grande ville exemplaire

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Le centre-ville de Vancouver
Photo: Agence Reuters Jason Lee Le centre-ville de Vancouver

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités 2012

Le Grand Vancouver, dont la population oscille autour de deux millions d’habitants, est considéré comme l’une des villes du monde où il fait bon vivre. Quels sont les axes majeurs sur lesquels se fonde l’action pour procurer une meilleure qualité de vie aux citoyens ? Sur quoi repose la réussite de Vancouver ? En contrepartie, pourquoi en coûte-t-il aussi cher pour y vivre ?

Mike Harcourt a été maire de Vancouver de 1980 à 1986 et premier ministre de la Colombie-Britannique de 1991 à 1996. En 2007, il a été le coauteur du livre City Making in Paradise. Aujourd’hui, il possède sa propre entreprise, qui est principalement tournée vers les technologies vertes et les technologies de l’information ; à ce titre, il poursuit plusieurs projets de concert avec l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Il indique quels sont les axes majeurs autour desquels se fondent l’aménagement et le développement des grandes villes modernes : « Je pense qu’il existe quatre dimensions-clés dans la mise sur pied d’une ville durable et que celles-ci sont liées les unes aux autres. »

 

Les secteurs d’intervention


Il les identifie et les décrit : « En premier, il y a la présence d’une économie florissante. Deuxièmement, il est nécessaire de posséder un environnement sain. Je m’explique à ce sujet : assurez-vous d’avoir de l’air pur à respirer, de l’eau potable à boire, des sols agricoles qui ne soient pas pollués, une protection de la biodiversité, des parcs attrayants et des systèmes écologiques à l’état sauvage. »


Il aborde les deux autres volets de la problématique en cause : « Troisièmement, l’inclusion ou la justice sociale s’impose, de sorte qu’on soit en mesure de loger les sans-abris, de recevoir les nouveaux arrivants et d’accommoder les personnes démunies et handicapées ; on doit faire tomber les barrières afin d’être socialement inclusif et juste. Finalement et en quatrième lieu, la culture entre en jeu ; j’entends par là la créativité et toutes les applications pratiques qui en découlent. Il y a, à l’intérieur de cela, l’innovation, qui se traduit dans un cadre économique par de l’entrepreneuriat ; dans le secteur écologique, on pourrait se tourner vers la voiture électrique et trouver les moyens à prendre, dans le transport de l’eau recyclé, pour en assurer une meilleure utilisation. » Sur le plan social, il fait également ressortir, à titre d’exemple, les dispositions que Vancouver a prises, depuis quelques années, pour combattre le problème de l’itinérance.


Chacune des quatre dimensions retenues par M. Harcourt pour bâtir une ville durable et moderne revêt son importance : « Une fois que vous disposez d’une stratégie municipale, c’est primordial de procéder à un travail d’infrastructure dans une perspective de durabilité ; en d’autres mots, plutôt que d’avoir un étalement des banlieues où vous développez seulement dans un quartier à faible densité ou sur des terres agricoles autour de la ville, vous devez contrôler la croissance de façon à conserver les terres ; les gens doivent se regrouper à l’intérieur des limites de la ville pour profiter des infrastructures en place et, si elles doivent être remplacées, on doit le faire différemment et faire en sorte qu’elles soient reliées entre elles. » Il fournit plusieurs exemples des avantages ainsi obtenus en matière de développement durable des villes.

 

Le parcours d’une ville moderne


Il existe plusieurs raisons pour lesquelles Vancouver est devenu un modèle à titre de grande ville moderne. M. Harcourt les énumère : « Il faut remonter à la fin des années 1960 et au début des années 1970 pour en expliquer les causes. À ce moment-là, un certain nombre d’entre nous ont refusé l’idée de construire une autoroute surélevée dans le nord de la ville ; elle aurait longé le parc Stanley et le plan d’eau. Il était prévu de détruire les quartiers Gastown et chinois pour construire cette route à huit voies qui aurait rejoint la Transcanadienne. On a rejeté cette idée parce qu’on ne voulait pas de cette infrastructure qui aurait rendu le centre-ville inhabitable. »


Il en est allé autrement : « On a donc modifié cela et il y a maintenant entre 120 000 et 140 000 personnes qui habitent ces lieux. On commence à voir que ce plan fonctionne, du fait que, si des gens habitent près de leur lieu de travail, ils sont moins enclins à utiliser leur auto ; la preuve en est que 76 % des gens qui habitent au centre-ville de Vancouver ne se servent pas de leur voiture pour se rendre au travail et ont plutôt choisi de marcher, d’utiliser leur vélo ou le transport collectif. » Vancouver a vraiment pris de la sorte une décision-clé.


Par la suite, on s’est penché sur l’utilisation du territoire, comme il en est question dans son livre écrit en collaboration avec Ken Cameron, City Making in Paradise. Dans cet ouvrage, il décrit autour de quels axes Vancouver s’est développé au fil du temps pour devenir une ville où il fait bon vivre : il y a les choix qui ont été faits dans le développement du réseau routier, dans le transport collectif et dans l’aménagement du territoire. Entre autres, il laisse savoir que The Agricultural Land Commission a mis un frein à l’étalement de la ville sur le territoire agricole et sur les zones vertes autour de Vancouver ; 70 % de ces terres ont été protégées.


Le prix à payer pour y vivre


En contrepartie de tous les avantages que les citoyens peuvent tirer de vivre à Vancouver, il n’en demeure pas moins que le coût de la vie y est très élevé. Mike Harcourt se penche sur ce qui apparaît comme l’envers de la médaille. Mis à part le fait que le système de transport collectif reste à compléter, le coût de l’habitation lui apparaît comme le problème majeur : « C’est le cas pour la classe moyenne, pour les plus démunis, pour les jeunes et pour les gens qui emménagent en ville. » Le maire de la ville, Gregor Robertson, a mis sur pied un comité pour remédier à la situation et prendre les mesures adéquates afin de faciliter l’accès à l’habitation pour toutes ces personnes.


Il se penche sur une solution possible : « Il s’agit de mettre sur pied un type d’habitation qui comporte un plus grand nombre de logements aménagés de façon à occuper moins d’espace ; ceux-ci ont avantage à prendre place à proximité des points de service du transport collectif. » Vancouver compte de plus en plus de tours d’habitation qui sont aménagées dans les parages des stations du SkyTrain ou d’un circuit d’autobus.


En parlant de l’avenir réservé à la ville, il assure finalement que Vancouver et l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) collaborent et sont en mesure de devenir des leaders dans la création de villes durables pour les collectivités, des chefs de file dans les pratiques, les politiques et l’expertise, dans le but de faire en sorte que Vancouver soit l’une des villes les plus durables à travers le monde : « Je crois aussi qu’on peut exporter nos compétences ailleurs dans le monde, soit celles de nos architectes, de nos ingénieurs, de nos développeurs et de nos experts dans le domaine des sources d’énergie propres. »


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Collaborateur

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 5 mai 2012 16 h 39

    Bien beau, mais

    Vancouver a aussi les plus grand pourcentages de drogués et de sans abris, et un taux de criminalité violente supérieur à celui de Montréal. Tout n'y est pas rose!