La dépendance au tabac, c'est «dans la tête», dit l'ex-président d'Impérial

L'ex-président d'Imperial Tobacco, Jean-Louis Mercier, a feint d'ignorer les effets néfastes de la cigarette. La dépendance? C'est «dans la tête», a-t-il dit hier à la Cour.

M. Mercier est le premier dirigeant d'une compagnie de tabac à témoigner dans le recours collectif de 24 milliards de dollars que des fumeurs ont intenté contre Imperial, Rothmans, Benson & Hedges et JTI-Macdonald. Il avait tenu un discours négationniste similaire en 1987, lors de sa comparution devant la commission parlementaire fédérale qui étudiait le projet de loi 204, portant sur l'interdiction de fumer dans les édifices fédéraux et les transports publics.

Pourtant, six mois auparavant, il avait cosigné une étude «strictement confidentielle» décrivant le tabac comme un produit si néfaste que le gouvernement pourrait songer à l'interdire. «Fumer est un sérieux risque pour la santé. C'est un fait avéré, et il n'y a plus aucune possibilité de le réfuter», écrivaient M. Mercier et trois cosignataires.

Sous les conseils de ses avocats, Imperial Tobacco évitait de mener des recherches pour rendre ses produits moins dommageables pour la santé, de peur que les données soient retenues contre la compagnie. «C'était risqué que ce soit pris comme une admission de la nocivité de nos produits, a témoigné hier M. Mercier. Si le gouvernement peut prouver scientifiquement que le produit tue, ça aurait été une bonne raison pour l'interdire.»

Imperial Tobacco voyait déjà en 1987 qu'elle avait perdu la bataille de l'opinion publique sur quatre fronts critiques: santé, acceptabilité sociale, fumée secondaire, coûts sociaux du tabagisme. Plus de 90 % des fumeurs croyaient alors que la cigarette était néfaste pour eux; 80 % en pensaient autant pour la fumée secondaire.

L'industrie a fait une erreur stratégique en assumant seule le fardeau de la culpabilité, constataient M. Mercier et ses collègues. Ils suggéraient de renverser la vapeur en accablant le gouvernement. Avec des taxes représentant 66 % du prix de vente d'une cigarette, qui est l'industrie véritable du tabac? s'interrogeaient-ils.

Pour éviter coûte que coûte l'inexorable déclin de l'industrie et l'avènement «d'un monde sans fumée», ils proposaient en conclusion de renvoyer à l'État la responsabilité ultime pour les méfaits du tabac.
1 commentaire
  • Geneviève Laplante - Inscrite 20 avril 2012 08 h 24

    J'ai fumé durant 40 ans

    Ce n'est pas moi qui prendrai la défense des pharmaceutiques, des compagnies de tabac, des minières, gazières et autres sociétés polluantes, des banques, etc. Le Profit est chose trop alléchante pour que ses tenants et bénéficiaires aient besoin de ma compréhension.

    Cependant, grâce aux tribunaux (plus que jamais à la mode), on arrive à poursuivre ces grandes entreprises sans se rendre compte que, du même coup, on déresponsabilise le citoyen.

    J'ai commencé à fumer en ignorant tout (comme tout le monde) de ce que réservait l'avenir: la mise au ban de la société, la santé qui se détériore, les ayatollahs de la pureté de l'air qui vous méprisent, les vertueux qui vous conspuent. J'ai tenté cent fois de délaisser cette habitude, trop lâche et trop «accro» pour y parvenir. Il y a dix ans, je me suis découvert un vieux fond de courage et de détermination et j'ai enfin abandonné le tabac.

    Je reste toutefois persuadée que les individus seuls sont responsables de leur conduite (que ce soit en matière de tabac ou de conduite automobile). Il est si facile de dire: «c'est la faute de l'autre».