Mutations sociales et technologiques poussées à l'extrême

Les lecteurs peuvent imaginer autant des futurs où les films seront projetés directement dans le cerveau des gens et où les sens de base seront décuplés par des implants, que des mondes où l’immortalité ne sera pas encore atteinte et où la téléportation, malgré toutes ces anticipations, restera une utopie.
Photo: Agence Reuters Jessica Rinaldi Les lecteurs peuvent imaginer autant des futurs où les films seront projetés directement dans le cerveau des gens et où les sens de base seront décuplés par des implants, que des mondes où l’immortalité ne sera pas encore atteinte et où la téléportation, malgré toutes ces anticipations, restera une utopie.

Plus vieux, mais pas forcément plus heureux. En 2112, l'humanité pourra jouir d'une espérance de vie de plus de 120 ans, prévoient les lecteurs du Devoir invités à réfléchir collectivement sur l'état du monde dans un siècle. Un cadeau empoisonné puisque ces années de plus devront se jouer dans un environnement social parfois hostile où la technologie aura ouvert des portes sur des mondes meilleurs, parfois, mais surtout sur des pires, selon eux.

Un doute? «Le concept de relation virtuelle sera décuplé, écrit Stéfanie. Les gens pourront visiter leur famille, aller à l'école, faire du tourisme, entretenir des liens commerciaux... en exploitant la technologie de l'hologramme.» Elle ajoute: «L'humain sera aussi plus intelligent, plus performant. Il sera aussi plus beau puisqu'on pourra voir à éliminer les attributs physiques déplaisants par le biais de l'ADN.»

«Il y a quelques choses de frappantes dans toutes les prédictions, résume Samuel Archibald, du Département d'études littéraires de l'UQAM. La croyance en la solidarité entre le progrès technologique et le développement humain n'existe plus. Au siècle dernier, on pensait encore que plus les machines allaient se développer et plus les humains le feront. Aujourd'hui, en plus de ne plus croire en l'Homme, on envisage la technique comme outil pour gérer les dégâts que l'on est en train de créer» ou encore pour construire un monde de contraintes dans lequel l'humain de 2112 va devoir trouver sa place.

«Presque tout ce dont nous allons avoir besoin pour vivre sera intégré à notre corps: transmission de la pensée, stimulation physique, distribution de nutriments, automédication, programmation intellectuelle et sensorielle, prédit Chantal. Un centre continental de programmation va coordonner les services à la population et contrôler la moralité publique. Les infractions vont déclencher un dispositif de punition axé sur la privation, de sorte que les délinquants vont vite rentrer dans le droit chemin.»

«À certains endroits, dans les prévisions, l'incompétence historique est amusante à lire, lance M. Castelnérac. 100 ans, c'est court, trop court pour ouvrir la porte sur les révolutions technologiques parfois envisagées.»

Futurs multiples

D'un extrême à l'autre, les lecteurs peuvent imaginer autant des futurs où les films seront projetés directement dans le cerveau des gens et où les sens de base seront décuplés par des implants, que des mondes où l'immortalité ne sera pas encore atteinte et où la téléportation, malgré toutes ces folles anticipations, restera encore une utopie.

L'incohérence est démontrée par le chiffre: 7 % à peine des répondants au sondage lancé en ligne par Le Devoir croient en effet que la vie éternelle fera partie du quotidien en 2112 alors que 90 % n'y croient tout simplement pas. Dans la même veine, les trois quarts de ces personnes sondées ne pensent pas que la téléportation sera entrée dans la catégorie des possibles. Pas question non plus de déménager sur une autre planète, prédisent 60 % des humains sondés dans le présent en regardant l'avenir.

Christophe n'est peut-être pas dans ce groupe lui qui voit demain sous l'angle des «implants neuronaux» dont le développement sera allé très loin en un siècle: «L'homme va pouvoir déléguer une partie de sa mémoire à cet ordinateur greffé dans son cerveau aux capacités quasi infinies.»

«Quand on lit tout ça, on constate que dans 100 ans, il va y avoir beaucoup de problèmes et la résolution de ces problèmes semble vouloir passer par le totalitarisme idéologique, par l'eugénisme, par le contrôle social soutenu par la technologie..., dit M. Archibald. C'est une vision du futur qui glace le sang.» Et il ajoute: «Se projeter dans un siècle en avant, c'est un exercice que l'on fait de moins en moins aujourd'hui. Et ce n'est peut-être pas pour rien: cela donne des numéros spéciaux dans les journaux moins joyeux qu'il y a 100 ans.»
1 commentaire
  • Jacques Morissette - Inscrit 7 avril 2012 23 h 17

    Dans cent ans, entre autres il y aura la santé de dame nature fragilisée, à force de trop la marginaliser..

    Dans cent ans, un peu plus de sagesse serait fort appréciée. Entre autres choses, dame nature devrait être considérée, moins comme un cheval à dompter, que comme une amie qu'il vaudrait beaucoup mieux savoir écouter. La nature, l'environnement aurait bien besoin d'une cure de rajeunissement. Si l'on ne se préoccupe pas assez de sa santé, elle pourrait bien nous glissser entre les doigts. Apprendre à la respecter, au lieu d ela marginaliser comme certains politiciens le font en ce moment.