Christian Lépine demeure un serviteur de l'Église

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Monseigneur Christian Le?pine, nouvel archeve?que du dioce?se de Montre?al, succe?de au cardinal Jean-Claude Turcotte.
Photo: - Le Devoir Monseigneur Christian Le?pine, nouvel archeve?que du dioce?se de Montre?al, succe?de au cardinal Jean-Claude Turcotte.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion - Pâques 2012

Il est devenu, il y a quelques jours, archevêque du diocèse de Montréal en succédant au cardinal Jean-Claude Turcotte. Auparavant, il avait occupé diverses fonctions au sein de l'Église. S'inscrit-il dans le courant de pensée de son prédécesseur? Quel regard porte-t-il sur sa mission pastorale et se montre-t-il aussi conservateur dans ses idées que plusieurs observateurs de la scène religieuse le laissent entendre? Échanges avec monseigneur Christian Lépine.

Au moment de la rencontre à l'archevêché de Montréal, celui-ci est encore en phase d'aménagement dans ses nouveaux locaux. À la fin de l'entretien, il signalera qu'il traverse un profond changement dans ses fonctions, lui qui, il y a à peine un an, préparait les célébrations de Pâques dans la paroisse où il exerçait sa cure.

Âgé de 61 ans, il est entré au séminaire à 25 ans et a été ordonné prêtre en 1983, après avoir poursuivi des études de théologie à l'Université de Montréal et de philosophie à Rome. Il résume son parcours au sein de l'Église: «J'ai occupé diverses fonctions en changeant souvent de place; il y a des prêtres qui demeurent 30 ans au même endroit, ce qui n'a pas du tout été mon cas.» Vous avez été un nomade? «Disons que j'ai été un nomade ou un pèlerin en me montrant disponible pour les missions que l'évêque m'a désignées.»

Il a donc été tour à tour vicaire, étudiant à Rome, secrétaire du cardinal Turcotte; il s'est aussi retrouvé au service de la secrétairerie d'État du Vatican, directeur du Grand Séminaire de Montréal et curé de quelques paroisses. En septembre 2011, il a été ordonné évêque auxiliaire de Montréal.

D'un archevêque à un autre

Que retient-il de l'héritage laissé par monseigneur Turcotte?«C'est certain qu'il est lui-même et que moi, Christian Lépine, je suis un autre; par contre, on partage la même foi et, du point de vue de la méthode ou de l'approche, il y a deux choses que je retiens de lui et que, en même temps, je vais bien sûr vivre à ma façon. Il y a d'abord la question même de dire que, dans les moments difficiles, il faut maîtriser l'art d'aller à l'essentiel, si on veut; l'essentiel, c'est Jésus-Christ, c'est ce qui m'habite certainement et je vais certainement continuer à oeuvrer dans ce sens-là. L'autre point, c'est que, tel que je connais le cardinal Turcotte, pour lui, les pauvres ont toujours été très importants; ils sont comme le fil conducteur de son souci de justice et de solidarité, ce pourquoi il a toujours logé près du soutien aux plus démunis. Voilà ce qui prend son origine dans le Christ lui-même quand il dit: "Ce que vous avez fait à un de ces plus petits qui sont les miens, c'est à moi que vous l'avez fait"; il a été celui qui a amené l'amour du plus pauvre sur la terre et le cardinal est le digne témoin de cette grande tradition; je vais faire de mon mieux pour continuer dans ce chemin-là.»

En corollaire, le cardinal se montrait attentif au caractère multiethnique du territoire desservi; qu'en est-il pour lui de cette réalité? «J'en suis conscient et je pense que c'est indispensable, parce qu'il y a beaucoup de migrations dans le monde où on vit; il y a des gens qui quittent des situations difficiles pour chercher ailleurs le bonheur, la paix et la sécurité. La tradition dans le diocèse en est une d'accueil et d'ouverture envers ces gens-là, en même temps qu'une interpellation à l'inculturation; il y a comme un va-et-vient entre les deux: accueillir les gens pour ce qu'ils sont et en même temps les interpeller à l'inculturation.»

Le cheminement ecclésiastique

Quelles sont les priorités de Mgr Lépine dans l'accomplissement de sa mission de pasteur du diocèse de Montréal? «À la base, pour ce qui est de moi-même et à l'intérieur de ma foi en Jésus-Christ, je ne me vois pas vivre sans lui. Pour ma part, autrement dit, quoi qu'il m'arrive dans la vie en matière de rôles à jouer ou de biens dont je peux faire usage, s'il n'y a pas Jésus-Christ, il me manque le coeur de ma vie.»

«Je suis donc porté à me dire que, si je peux aider quelqu'un à le découvrir, je lui transmets quelque chose qui va l'aider durant toute son existence, même si je suis bien conscient qu'il existe d'autres facettes de la vie.» Il se rapporte à son parcours de prêtre: «Comme dans mon cheminement pastoral, j'ai changé souvent d'endroits dans l'Église, dès mes débuts j'avais adopté cette définition du prêtre: celui-ci était un homme qui passe pour que le Christ demeure.»

Tel est le point central de l'exercice de son ministère: «Même si, nous, on disparaît de la carte ou de la vie de quelqu'un, si cette personne a rencontré Jésus-Christ, on a accompli notre mission; on est là pour cela et c'est le coeur de notre raison d'être, même s'il y a d'autres aspects de nos fonctions qui sont importants.»

Un archevêque qui loge à droite...


Mgr Lépine est reconnu par plusieurs pour ses prises de position plutôt conservatrices dans certains dossiers: l'avortement et l'homosexualité, pour ne nommer que ceux-là. Il a été la cible de critiques et de reproches à cet égard. Est-il réellement un homme de droite? Il se livre à cette réflexion: «On vit dans un monde où on identifie les gens par rapport à certains courants de pensée. Il est difficile pour moi de répondre à pareille question, parce que je ne me situe pas comme cela.»

Il s'explique: «Si je suis devant quelqu'un, je ne me demande pas s'il est à droite, à gauche ou au centre, ou encore s'il pense comme moi. Je rencontre la personne, point, ce qui peut sembler un peu théorique, mais ça devient très concret pour moi et ça se manifeste dans le fait de prendre le temps de rencontrer l'autre. S'il y a un temps à venir pour la discussion, il viendra en son temps. Je ne suis pas habité par une catégorie ou une autre et je me situe au-delà de celles-ci. Je pense qu'être au-delà, c'est reconnaître la valeur de la personne et c'est découvrir celle-ci.»

Il précise sa pensée: «Je ne dis pas que les catégories n'ont pas de rôle à jouer; on doit aussi échanger sur les problèmes ou sur certaines questions, mais le point de départ, c'est vraiment la personne. Il m'est arrivé de rencontrer des gens qui étaient vraiment dans un endroit où, moi, je n'irais pas personnellement; et puis, on a pu faire un bout de chemin ensemble.»

Pour Pâques

À l'occasion de la fête de Pâques, il livre ce message: «C'est que Jésus-Christ étant vivant, quand on l'accueille dans la prière, on peut lui demander qu'il vienne de l'intérieur façonner notre regard; et cela, parce que, dans un certain sens, le regard le plus important sur le monde est celui de Dieu lui-même, qui est plein de bonté: qui que tu sois, je ne cesse jamais de te voir comme mon enfant bien-aimé. Et, dans la mesure où ce regard s'intériorise en nous, je crois qu'avec la grâce de Dieu on peut en arriver à dire: qui que tu sois, tu es mon frère, tu es ma soeur dans le Christ.»

Il en arrive à cette conclusion: «Autrement dit, si Jésus-Christ était mort sans ressusciter, il serait à la limite un beau modèle d'humanité, de quelqu'un qui a vraiment été jusqu'au bout, mais on serait laissé à nos seules forces pour marcher à sa suite. Du fait qu'il a ressuscité, il vient à nous pour nous communiquer sa vie et nous aider à marcher dans ses pas; c'est un regard sur le monde que Jésus-Christ vient façonner en nous.»

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Collaborateur du Devoir

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