La théologie est bien inscrite dans une université laïque et publique!

Benoit Rose Collaboration spéciale
A? l’Universite? Laval, le doyen de la Faculte? de the?ologie et de sciences religieuses, Marc Pelchat,estime que le de?fi actuel de la the?ologie est celui de sa pertinence et de l’affirmation de sa fonction critique.
Photo: Source Université Laval A? l’Universite? Laval, le doyen de la Faculte? de the?ologie et de sciences religieuses, Marc Pelchat,estime que le de?fi actuel de la the?ologie est celui de sa pertinence et de l’affirmation de sa fonction critique.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion - Pâques 2012

Les récentes décennies ont été dures pour les facultés de théologie dans nos universités québécoises. La chute du catholicisme et ses conséquences sur la société ont entraîné la fermeture de nombreux départements, jugés moins rentables et devenus moins populaires. Survivantes, les facultés de l'Université Laval et de l'Université de Sherbrooke ont renouvelé leur offre, et les sciences religieuses ouvrent aujourd'hui de nouvelles perspectives.

«Au Québec, les facultés de théologie ont toutes été fragilisées de la même manière par un grand changement dans les profils de sortie des étudiants, explique Pierre Noël, doyen de la Faculté de théologie et d'études religieuses de l'Université de Sherbrooke. Traditionnellement, nous formions les enseignants de religion dans les écoles, les agents de pastorale et les employés des églises.»

Face au long débat sur la place de la religion à l'école et à la chute des budgets des paroisses, les candidats potentiels aux programmes de théologie ont disparu, dit-il, faute de pouvoir envisager un avenir intéressant au sein de ces institutions. Dans ce contexte défavorable, les facultés ont dû se repositionner.

Au tournant du nouveau millénaire, elles ont déployé de grands efforts afin de moderniser leur offre et de renforcer le dialogue avec les autres facultés, particulièrement celles des sciences humaines. Observant ce qui se faisait ailleurs dans le monde occidental, réagissant aux nouvelles exigences des institutions publiques et de la société pluraliste, elles ont misé sur la filière des sciences religieuses et se sont rebaptisées afin de refléter leurs nouvelles orientations. Malgré ce virage commun, chacune de ces facultés emprunte une voie bien distincte, en toute complémentarité avec les autres, précise Pierre Noël.

Sherbrooke et le modèle anglo-saxon

C'est en 2010 qu'a été rebaptisée officiellement la Faculté de théologie et d'études religieuses de l'Université de Sherbrooke, axée sur l'étude du religieux contemporain. L'expression retenue vise à indiquer l'adoption, par la faculté, d'une posture se rapprochant du modèle anglo-saxon, très inclusif, celui des Religious Studies. «Nous nous définissions de plus en plus comme une faculté ayant une position multiconfessionnelle, de spécifier le doyen. Nous n'inscrivons pas nos programmes dans une confession chrétienne déterminée.»

Par son approche, la faculté cherche essentiellement à faire saisir à ses étudiants ce que devient le religieux dans nos sociétés modernes avancées, surtout au Canada et au Québec. Comprendre cette pluralité culturelle qui est la nôtre, «avec le souci de favoriser le dialogue entre les gens de diverses confessions, mais aussi celui de chaque confession avec la société sécularisée, voire avec l'ensemble des gens qui ne partagent pas leur foi».

Un nouveau baccalauréat

La faculté achève la transformation du baccalauréat, venue après celle du doctorat et de la maîtrise. «Nous avons créé des programmes thématiques, très communs en Europe, où l'idée est de faire intervenir plusieurs disciplines des sciences humaines dans notre étude du religieux contemporain. Nous essayons de croiser plusieurs regards, un peu sur le modèle des études féministes.» L'intérêt des étudiants pour le nouveau doctorat est déjà constaté par le doyen, qui parle d'une forte attraction pour une petite faculté.

Pierre Noël explique que le sociologue américain Robert Wuthnow, qui observe les mouvements religieux et spirituels en Amérique du Nord, est d'avis qu'on peut regrouper ceux-ci en deux grands ensembles, les progressistes et les conservateurs, plutôt que par confession comme au siècle dernier. «Selon lui, tous les progressistes, qu'ils soient juifs, chrétiens ou autres, trouvent beaucoup d'affinités entre eux, ajoute le doyen. Nous, à la faculté, avons toujours eu une approche beaucoup plus progressiste que conservatrice, et je dirais que ça s'est renforcé.»

Il y aurait donc une certaine perspective d'engagement social à travers les études religieuses de l'Université de Sherbrooke? «Absolument, répond le doyen. On veut former des gens qui peuvent être des agents de changement et de rapprochement.» Dans une société de grande diversité où le positionnement moral des gens et leurs attentes par rapport à la religion sont beaucoup moins prévisibles qu'il y a cinquante ans, il est du devoir des facultés, croit le professeur, de contribuer au savoir en matière de religion.

Entre sciences et théologie complète

Selon le doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval à Québec, Marc Pelchat, le défi actuel de la théologie est celui de sa pertinence et de l'affirmation de sa fonction critique. Depuis longtemps en dialogue avec la philosophie, elle doit maintenant l'être avec l'ensemble des sciences humaines, particulièrement avec la sociologie, qui lui permet de se situer par rapport à la culture, au contexte social et aux questions de l'existence telles que les gens les abordent aujourd'hui.

Il croit fermement que la théologie a toujours sa place dans une université publique et pluraliste. «C'est son rôle de réfléchir sur les grands enjeux de l'existence à partir des perspectives de la foi et, dans notre cas, à partir de la grande tradition chrétienne, qui est diversifiée elle-même. Il y a toujours une place pour une faculté qui reprend continuellement la tradition des interprétations de la foi et du christianisme, et qui le fait en dialogue avec les autres facultés, avec le monde pluraliste et avec la science.»

Double approche

La faculté a affiché sa nouvelle appellation dès 1997. Elle offre deux filières de programme, qui vont du certificat jusqu'au doctorat, dont l'une en théologie et l'autre en sciences des religions. «Ce sont deux approches du fait religieux qui sont totalement différentes, explique Marc Pelchat. Les sciences de la religion vont adopter la même approche que les sciences humaines, soit la construction d'un objet d'étude et une certaine mise à distance du chercheur par rapport à lui, tandis que le théologien, tout en exerçant une fonction critique, se situe plutôt à l'intérieur de la tradition de foi.»

Le doyen affirme que sa faculté est en voie de devenir la seule en théologie au Québec qui est en mesure d'offrir des programmes répondant à la fois aux normes de la CREPUQ et aux normes canoniques de la Congrégation pour l'éducation catholique de Rome. «On évolue vers une situation où certaines facultés vont faire un peu moins de théologie et plus de sciences des religions. À Laval, on a fait le choix de maintenir la formation en théologie la plus complète possible.»

Les deux doyens se disent optimistes. Leurs effectifs étudiants se sont stabilisés, diversifiés et ils augmenteraient même. Seul bémol soulevé par Pierre Noël, «le débat interminable sur la place de la religion à l'école. Va-t-on finir par pouvoir travailler sur un terrain stable? Je pensais qu'on l'avait obtenu en 2008, avec le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse, mais là, je ne sais plus.»

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Collaborateur du Devoir

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