Un ouvrage se voit au point de rencontre entre la laïcité et le religieux

Jacinthe Leblanc Collaboration spéciale
Le religieux contemporain se veut e?galement une fac?on d’interpre?ter de grandes questions existentielles.
Photo: Agence Reuters Mohammed Ameen Le religieux contemporain se veut e?galement une fac?on d’interpre?ter de grandes questions existentielles.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion - Pâques 2012

Dans une société en rupture avec son passé catholique chrétien, Martine Pelletier et Patrick Snyder, tous deux professeurs à la Faculté de théologie et d'études religieuses de l'Université de Sherbrooke, ont décidé de creuser la question du religieux moderne. Ce projet voit le jour à la suite de conférences publiques annuelles, organisées maintenant depuis quatre ans, sur les différentes interrogations par rapport au religieux.

C'est au printemps 2011 que l'ouvrage collectif Qu'est-ce que le religieux contemporain? paraît. Un an plus tard, il trouve encore sa place dans les enjeux actuels, puisqu'il «accompagne le mouvement de réflexion sur ces grands enjeux-là», souligne Martine Pelletier, codirectrice du livre avec Patrick Snyder. Elle constate par ailleurs un certain délestage du catholicisme au Québec, ainsi qu'une diminution du nombre des croyants, diminution qui s'accentue chez ceux se disant pratiquants.

Le religieux contemporain, c'est quoi?


«C'est d'abord se poser la question du religieux aujourd'hui, explique madame Pelletier. Ça englobe toutes les questions qui touchent autant aux grandes traditions religieuses, mais aussi aux questions spirituelles. Donc, les questions d'existence, les questions de sens.» Ce concept se trouve ainsi à être un mélange de questionnements et de sens auxquels les traditions offrent des clés de compréhension du monde actuel.

Le religieux contemporain se veut également une façon d'interpréter de grandes questions existentielles, précise madame Pelletier, telles que: «C'est quoi ça, le fait d'exister? Et qu'est-ce qui fait qu'on est dans la vie? Qu'est-ce qui fait qu'on meurt? Qu'est-ce qui fait qu'on souffre? Qu'est-ce qui fait qu'on est heureux?»

Trouver un horizon commun

Diriger un ouvrage collectif est une aventure parsemée de défis. Le principal souci pour les auteurs du livre consistait à trouver un horizon commun et à «apporter le plus de facettes possible» autour de la question de départ. Le défi a été relevé grâce à l'articulation du livre en trois axes, ce qui, pour la professeure, «donne aussi l'originalité du travail».

Le premier axe du livre, c'est «la mutation du religieux, comment le religieux a changé dans le temps et dans l'histoire». Ensuite viennent «[...] les lieux d'expression du religieux contemporain aujourd'hui, c'est-à-dire comment on voit le religieux ressurgir en politique, par exemple. Ou comment on voit la question du religieux ressurgir dans les questions féministes, dans la question des médias, ça, c'est ma spécialité, ou dans la question de l'environnement», mentionne Martine Pelletier. Le dernier axe de l'ouvrage porte «sur la question: "Est-ce qu'il y a encore des chances pour la foi chrétienne, pour la grande tradition qui a été dominante au Québec?" Comment on se positionne par rapport à ça?»

Une couverture réfléchie

La page couverture de l'ouvrage collectif décrit bien la diversité des gens, des opinions et des valeurs présente dans une société multiculturelle comme le Québec. «C'est une espèce de place publique où on voit des gens qui marchent. Et le pavé est uni. Donc, il y a une espèce de base d'existence commune et les personnages ont des couleurs et des teintes variées.» Et ainsi, ajoute madame Pelletier, «chacun s'approprie son existence, s'approprie sa compréhension du monde et on partage quand même le même milieu».

Consciente de la philosophie derrière l'image, la professeure en théologie et études religieuses y voit l'idée d'un symbole décrivant bien l'esprit du livre, qui est de faire voir le plus d'aspects possible autour de la question principale. Malgré tout, «[...] le livre est parti d'une question et la question reste ouverte. On ne prétend pas y répondre», conclut-elle.

Un enjeu bien présent: la laïcité


Le livre présente un terrain commun avec la laïcité, qui, selon Martine Pelletier, connaît une montée, au moment où le catholicisme apparaît en déclin. Cette croissance de la laïcité se perçoit de plus en plus dans les établissements publics, comme les écoles et les milieux hospitaliers, où l'identité religieuse officielle sur la place publique disparaît tranquillement. «Et cette montée de la laïcité, quand on la regarde, moi j'aurais tendance à mettre un "s" à ce fameux mot-là, parce qu'il y a une laïcité qui est émergente, qui est très radicale, qui veut faire table rase de tout ce qui s'appelle le religieux, le sacré et tout ce genre de rapport à la foi ou à l'expérience sensible de la foi que les gens en font», explique madame Pelletier.

Le religieux s'efface au profit de la neutralité dans l'arène publique. Une rencontre entre la laïcité et le religieux est-elle possible? Pour le collectif d'auteurs, oui. Le religieux contemporain trouverait donc sa place, selon Martine Pelletier, «dans l'expression privée, dans l'expression communautaire, dans les lieux qui appartiennent aux familles, par exemple». Elle fait le parallèle avec l'école québécoise, où celle-ci n'a pas un rôle de promotion de la foi, mais plutôt un rôle de guide dans le cheminement spirituel. «Ce déplacement-là, pour moi, est un bel indicateur de la rencontre entre le religieux contemporain et la laïcité montante dans nos sociétés», termine-t-elle.

Proposant un ouvrage collectif, les auteurs se sont entendus pour que tous les droits d'auteur recueillis grâce à la vente du livre se transforment en bourses d'étude pour les étudiants de la Faculté de théologie et d'études religieuses.

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Collaboratrice du Devoir

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