Les fois façonnent le monde

Normand Thériault Collaboration spéciale
Photo: Agence France-Presse (photo) Mario Anzuoni

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion - Pâques 2012

Les religions, par leurs actions, leurs discours, comme par les excès qu'elles engendrent, décrivent les sociétés. Et, en ce siècle, le vingt et unième, jamais depuis longtemps n'avaient-elles eu autant de pouvoir. Pourtant, plus d'un qui en défend les dogmes oublie les valeurs qui sous-tendent leurs discours.

Nous sommes au début du XVIe siècle. La reine s'obstine: elle veut demeurer l'épouse du roi. Lui, toujours en quête d'une succession mâle, souhaite un autre mariage. Le pape s'en mêle: si la reine accepte de se retirer au couvent, il accordera la dissolution de l'union matrimoniale et le roi pourra prendre une nouvelle épouse.

La reine refuse le compromis. Le roi divorce. Et l'obsession de Catherine d'Aragon fera que, pour pouvoir prendre pour épouse Anne Boleyn, Henri VIII, sous la menace d'une excommunication, décrète le schisme avec Rome et fonde une nouvelle Église.

S'ensuivra donc une guerre des religions qui touchera l'Europe, et ce, jusqu'à nos jours, quand, en Irlande du Nord, catholiques et protestants déposent enfin les armes.

Et nous sommes en 2012. Et au Nigeria, où la majorité de la population est musulmane. Toutefois, dans la foulée des mouvements religieux qui agitent tout le continent africain, voilà que flambent les lieux de culte, églises, mosquées et autres temples. Et qui nous dit que demain, jour de Pâques, il n'y aura point une information qui sera transmise faisant état du fait que, une fois de plus, un kamikaze aura fait entendre sa «bonne nouvelle», morts et carnage en témoignant?

Et ainsi de suite, partout où des extrémistes, sous prétexte de la propagation ou de la défense de la «vraie» foi, la leur, trouvent prétexte et raison pour dire que la guerre et d'autres modes de violence sont justifiés: dans un univers masculin, le fil de l'épée a souvent tranché lors des mésententes.

Profession

Pourtant, qui est d'une foi, qui pratique, sait que toutes les religions professent ou l'amour du prochain, ou l'entraide, ou le secours au plus faible. Et ce, d'où que ces religions proviennent, qu'elles soient de la grande tradition juive ou qu'elles soient bouddhistes, animistes ou inscrites dans une cosmologie qui veut que les humains et les dieux collaborent à maintenir ce monde viable.

Les fois ont grand pouvoir. Et plus d'un les utilise avec profit: on voit ainsi présentement se dérouler une campagne électorale américaine où des valeurs dites chrétiennes sont mises de l'avant, avec pour résultat qu'un clivage du vote s'opère, sous prétexte, entre autres, de ramener les prières à l'école, des prières toutes «blanches» qui n'autorisent nullement de se tourner vers La Mecque, à genoux sur un tapis de prière.

Au cours du dernier quart de siècle, jamais la religion n'avait été aussi présente comme acteur dans le paysage politique moderne. À sa fréquentation, comme par la volonté de la prêcher et d'en appliquer les dogmes, il en est résulté un renversement de plus d'une valeur: qu'en est-il de la condition féminine dans ces pays de l'islam où des imams non seulement soutiennent la polygamie, mais créent de nouvelles castes où hommes et femmes vivent dans des mondes parallèles sur un même territoire? Et même dans un pays comme le Québec, on trouve des parents qui poursuivront le combat jusqu'en Cour suprême pour maintenir cette école traditionnelle où les professions catholiques et éducatives étaient imbriquées, confondues.

Tel est notre monde où, devant l'abondance des informations et la multiplication des rencontres, la mixité des populations est presque universelle, à tout le moins la norme dans le monde occidental. Il est normal qu'il y ait recherche d'un monde organisé, auquel faire référence, avec des codes et des normes de comportement. Et quand tout bouge, se transforme, tout porteur de vérité, surtout si elle est proclamée éternelle, devient à sa façon un sauveur.

Fraternité


Au Québec, l'Église a longtemps été la première puissance agissante. En éducation, combien de prélats ont permis, qu'ils soient Parent ou Lussier, à l'école et à l'université de devenir ce qu'elles sont? En santé, peut-on raconter notre histoire sans y inscrire une Jeanne Mance ou une Marguerite d'Youville? Et ainsi de suite, pour pouvoir décrire comment le monde syndical dans le passé, pour être, a eu besoin de l'appui des autorités ecclésiastiques alors en place, voyant même à l'occasion les excès de quelques premiers ministres être dénoncés par un clergé, souvent alors celui de la «première ligne».

Aussi, parlons-nous ici de religion qu'il faut, comme le fait plus d'un tenant d'une de nos croyances, mettre de l'avant des valeurs où au mot «foi» s'accolent ceux d'«espérance» et de «charité». Et si les Églises, comme les autres fois, prêchent beaucoup plus l'accès à un autre monde, celui de l'après, la terre étant alors un lieu de passage, il ne faut pas oublier qu'au quotidien il importe que les valeurs de justice et de tolérance aient priorité dans la formulation des discours: alors prennent sens les mots de celui qui fut pour d'autres un prophète, mots qui proclamaient qu'il fallait ici-bas mettre la fraternité au coeur des réflexions. Et des actions.

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