Saint-Hyacinthe-les-Bains

L’idée d’un nouveau Centre récréo-aquatique pour Saint-Hyacinthe circulait depuis huit ans. Plusieurs architectes ont été approchés et la population a même été sondée sur ses besoins et attentes.<br />
Photo: James Brittain L’idée d’un nouveau Centre récréo-aquatique pour Saint-Hyacinthe circulait depuis huit ans. Plusieurs architectes ont été approchés et la population a même été sondée sur ses besoins et attentes.

Depuis une dizaine d'années, plusieurs piscines municipales poussent un peu partout au Canada. Nos voisins de l'Ontario ou de la Colombie-Britannique peuvent se vanter d'avoir quelques perles architecturales, mais au Québec, ce type de projet ne décolle pas. Combien de nouvelles piscines publiques, ici, ressemblent encore à de vulgaires hangars améliorés? Un seul projet fait exception: le nouveau Centre récréo-aquatique de Saint-Hyacinthe, réalisé par les firmes d'architecture ACDF et TLA associés.

Les espaces intérieurs du centre maskoutain construit entre ciel et eau sont poétiques et ludiques à souhait; de toute beauté. Et ils répondent aux besoins réels de la population, qui souhaitait une grande variété de bassins et d'espaces de détente tout autour.

Dans l'Antiquité, les Romains se rendaient aux thermes pour l'hygiène et les soins complets du corps, mais ces lieux avaient aussi une fonction sociale importante. Ils étaient intégrés à la vie urbaine: on y faisait du sport, on transpirait dans le laconium ou le sudatorium (étuve sèche ou humide), on s'y lavait, on y rencontrait ses amis pour jouer aux dés, on se cultivait dans les bibliothèques, on écoutait des orateurs et, enfin, on y traitait d'affaires tout en se restaurant.

Imaginons un tel programme transposé dans un complexe aquatique au Québec et adapté à nos besoins actuels... Cela pourrait devenir un vrai noyau social pour toute une ville! Les grands thermes de l'époque impériale constituaient de vastes complexes de loisir permettant de prolonger le moment de détente agréable pour le corps et l'esprit. C'est sans doute de là que vient l'expression «Un esprit sain dans un corps sain» («Mens sana in corpore sano»).

Mais en analysant le programme et l'architecture de la plupart des piscines publiques d'aujourd'hui, on constate qu'on est très loin de cette phrase latine: les espaces proposés se contentent du minimum en nous servant une soupe architecturale toujours tiède. Et quand on connaît le coût de ces équipements, on peut se poser des questions. Il n'est pas normal qu'en 2012 on construise encore des piscines publiques qui sont des copies conformes du modèle des années 70!

Les Romains utilisaient des technologies avancées pour offrir à la population des espaces hors du commun. Avons-nous une seule piscine qui nous fasse sortir un «Wow!» prolongé?

Oui, une, celle de Saint-Hyacinthe, qui a réussi à adapter les techniques et l'esthétique contemporaines aux besoins des usagers d'aujourd'hui.

Le nouveau Centre récréo-aquatique de Saint-Hyacinthe a le mérite d'avoir été bien conçu et, pour un budget égal à d'autres projets du même genre, il offre une expérience architecturale plus enrichissante que tous ces projets réunis!

«Le drame des mandats municipaux, piscines, arénas et centres sportifs, c'est que, bien souvent, on attribue les contrats non pas par concours, mais par appel d'offres et système de pointage», explique Maxime-Alexis Frappier, chargé de conception et architecte senior associé chez ACDF. Ce sont donc les architectes qui ont construit le plus d'arénas ou de piscines qui cumulent le plus de points et qui se voient ainsi attribuer les nouveaux mandats.

C'est dommage, car la quantité ne rime pas souvent avec la qualité. Nos équipements municipaux devraient être considérés comme autre chose que des boîtes à remplir une fonction. «Une architecture de qualité, c'est plus qu'un simple bâtiment, explique Alexis Frappier, ça doit influencer la qualité de vie des usagers, avoir un impact social et économique immédiat et sur le long terme», dit-il. Dans le cas du centre maskoutain, l'architecture rejoint parfaitement l'expression romaine d'un esprit sain dans un corps sain puisque l'ensemble du projet est tourné vers le concept du bien-être, de l'évasion, de la détente et de l'échange.

L'idée d'un nouveau Centre aquatique pour Saint-Hyacinthe circulait depuis huit ans. Plusieurs architectes ont été approchés et la population a même été sondée sur ses besoins et attentes. «On voulait une expérience hors du commun pour le public», explique Éric Leuenberger, directeur général de la Corporation aquatique maskoutaine, féru de projets de piscines publiques et globe-trotter insatiable à la recherche de bons exemples architecturaux partout sur la planète.

Éric Leuenberger a joué un rôle déterminant auprès des architectes ACDF et TLA associés, choisis pour réaliser le projet. Ensemble, ils ont exploré tous les aspects d'un équipement aquatique, du traitement de l'eau à celui de l'acoustique, du confort des vestiaires à celui des gradins et des espaces de circulation.

«C'était leur premier projet du genre, explique-t-il, mais les architectes sont arrivés avec des propositions extrêmement créatives en pensant complètement "en dehors de la boîte". Ils ont travaillé fort et placé toute leur énergie là où c'était nécessaire. Le résultat a confondu tout le monde et la qualité architecturale du centre explique la fréquentation record que nous connaissons depuis son ouverture», dit-il.

Pourtant, la tâche n'était pas facile: l'enveloppe budgétaire était restreinte et le temps imparti, de 18 mois, plutôt serré. Les architectes ont donc effectivement concentré leur créativité et l'ensemble du budget sur l'intérieur plutôt que sur l'extérieur du bâtiment. Ainsi, la volumétrie et le plan sont volontairement épurés.

La transparence est évidente dès l'entrée, où l'on aperçoit un ensemble équilibré de volumes et de surfaces animées qui dialoguent entre elles: la géométrie lumineuse du plafond acoustique fait ressortir toute la profondeur et le mystère de l'eau.

Un monde imaginaire


Tel un glacier vu d'en dessous, l'espace du centre nous transporte dans un monde imaginaire unique. Les touches colorées des glissades et des jeux sont présentes sans être criardes. Tout est harmonieux, des subtiles touches de jaune aux jeux de lumière du plafond, qui donnent une forte personnalité à l'ensemble. Les perspectives visuelles s'ouvrent vers le ciel: à travers les immenses puits de lumière, vers les plafonds sculpturaux et le parc à l'extérieur.

Le son, en revanche, ne traverse pas les espaces, même ouverts, créant une intimité précieuse autour des bassins. Les gradins, séparés physiquement des surfaces de piscine, offrent au public une température et un degré de sonorité confortables. Enfin, le centre propose un sauna sec et un autre humide, une première dans un édifice de ce type au Québec.

On n'est pas loin des thermes romains... Mais les architectes ont réellement joué la carte du savoir-faire contemporain, et leur talent réside dans le fait d'être parvenus à dissimuler toute une série d'éléments techniques complexes derrière une apparente simplicité. Tout semble couler de source, et pourtant. L'architecture est éloquente et respire, comme dans une cathédrale: c'est fou tout ce qu'on peut faire avec de l'imagination.

Si le public pouvait voir tout le travail effectué en amont d'un projet d'architecture... «Nous nous sommes efforcés de mettre l'accent sur le processus de création, explique Maxime-Alexis Frappier, et la Ville de Saint-Hyacinthe s'est impliquée, car elle a compris où nous voulions en venir. L'architecture, ce n'est pas un produit final, ni une image, ni un rendu, c'est un processus, une démarche de valeur.»

Les Maskoutains peuvent s'estimer chanceux d'avoir un si beau centre aquatique situé juste derrière la piscine Laurier, qui fut longtemps le plus vieux et le plus vaste bassin ovale en plein air au Canada. Les deux espaces partageront d'ailleurs les mêmes vestiaires cet été.

Il ne reste plus qu'à aller expérimenter ce lieu entre ciel et eau en rêvant à la dérive des glaciers (ou à l'effet boule de neige). Cela arrivera peut-être bientôt près de chez nous.

***

Collaboratrice du Devoir

***

Pour se mettre dans le bain


Piscine semi-olympique
de huit couloirs avec accès pour les personnes à mobilité réduite
Tremplins de 1 et de 3 mètres avec montée par paliers
Bassin pédagogique et récréatif polyvalent avec zone de jeux et entrée de plage
Deux glissades d'eau d'environ 5 mètres de hauteur avec bassins de réception indépendants
Bain thérapeutique à débordement avec jets d'eau et jet d'air
Surface de promenade d'environ 1000 mètres carrés (perspectives reposantes)
Sauna sec, sauna humide
Gradins de 450 places
4 vestiaires et 400 casiers
Capacité d'accueil des bassins: environ 600 personnes
Aires d'accueil chaleureuses et transparentes
Une aire de restauration
Espaces administratifs
1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 1 avril 2012 09 h 41

    Félicitations

    Bravo à la Ville de St-Hyacinthe.
    Vous faites envie !

    J'envoie cet article à mon maire de Québec, pour des projets hauts en profondeur sociale !