Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité - Le rapport suscite des réactions favorables

Francine Lalonde, qui a été députée fédérale de 1993 à 2011, a pris à bras-le-corps la question de mourir dignement.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Francine Lalonde, qui a été députée fédérale de 1993 à 2011, a pris à bras-le-corps la question de mourir dignement.

Le rapport de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, déposé jeudi à l'Assemblée nationale, continue d'être applaudi.

Les commissaires recommandaient de permettre «l'assistance médicale à la mort» dans les cas de maladies incurables et de souffrances constantes, à condition que le malade ait exprimé par écrit, et de façon répétée, son souhait de mettre fin à ses jours.

L'ancienne députée bloquiste Francine Lalonde, qui a déposé à deux reprises un projet de loi sur le sujet à Ottawa, évalue que le travail «a été très bien fait» et qu'il s'agit d'une bonne «infrastructure de base» pour poursuivre le débat à l'Assemblée nationale. «Le rapport permet de faire l'analyse des diverses situations qui se présentent et de voir comment une loi peut répondre aux problèmes en respectant les personnes et en préservant la liberté de choix.» La commission recommande justement qu'un projet de loi soit déposé à Québec d'ici juin 2013.

Francine Lalonde juge que les commissaires ont bien établi que le malade doit être maître de la décision de recevoir une aide à mourir. «C'est la personne qui souffre qui décide. C'est la base.»

Elle-même atteinte d'un cancer, elle espère avoir la possibilité de profiter d'une éventuelle loi sur la question si elle ressent un jour le besoin d'être aidée à mourir. «Sans se hâter pour faire des erreurs, je pense que la population québécoise a le droit de bénéficier des propositions qui sont faites dans ce rapport.»

La présidente de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, Hélène Bolduc, estime que le rapport, avec ses recommandations pour une bonification des soins palliatifs de fin de vie, s'intéresse à tous les malades, et pas seulement à cette minorité qui pourrait avoir recours à l'assistance médicale à mourir. «Augmenter les soins palliatifs et les élargir au-delà des personnes atteintes du cancer, c'était une demande qui venait autant des associations de malades et que des médecins. On sait qu'une des grandes demandes de la population, par exemple, c'est de pouvoir mourir à la maison.»

L'association est satisfaite que la commission n'ait pas précisé dans ses recommandations de délais avant la mort pour avoir la possibilité de faire une demande d'assistance. En Oregon, par exemple, il faut que le malade ait moins de six mois d'espérance de vie pour déposer une requête. «Il n'y a pas un médecin honnête qui puisse jurer, prédire qu'il reste un nombre précis de mois à un malade, a dit Hélène Bolduc. Et c'est un processus long, de la demande à l'acte, alors ce serait bien de laisser la liberté aux malades.»

Le Réseau FADOQ (Fédération de l'âge d'or du Québec) a aussi salué le rapport hier, soulignant que «l'ouverture à l'aide médicale à mourir semble avoir été bien circonscrite et balisée de manière à éviter toute forme d'abus envers les personnes vulnérables».

La Fédération ajoute qu'à la question de mourir dans la dignité doit s'ajouter celle de «vieillir dans la dignité».
14 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 24 mars 2012 07 h 20

    Je ne suis pas favorable à cette partie du rapport qui concerne le choix possible de l'euthanasie(ne jouons pas ici sur les mots). L'introduction légale de cette possibilité serait une grave erreur au plan social. Oui aux soins palliatifs, mais non à l'euthanasie!

    Je souligne que la France a refusé récemment la voie de l'euthanasie et que très peu de pays la permettent. Ceci devrait faire réfléchir.

    Michel Lebel

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 24 mars 2012 18 h 58

      Dogmatisme

      Les gens qui ne sont pas favorables à «l'assistance médicale à la mort» n’ont qu’à ne pas la demander pour eux-mêmes. Personne n’est obligé de la demander.

      Cependant de quel droit peuvent-ils la refuser aux autres ? Le dogmatisme ?

    • Roland Berger - Inscrit 24 mars 2012 21 h 51

      La droite à la démocratie difficile. Prendre position ne lui suffit pas. Il lui faut absolument l'imposer.
      Roland BERGER

    • Killian Meilleur - Inscrit 25 mars 2012 14 h 53

      Jouer sur les mots? Vraiment? Ce ne saerait que cela?

      Vous êtes futés, chers pro-vie. Mais votre tour de passe-passe rhétorique s'essouffle.

      Il y a une différence fondamentale entre le suicide assisté et l'euthanasie:

      L'euthanasie consiste à tuer (n'édulcorons pas les mots) un individu devenu incapable de prendre toute décision. Elle s'applique entre autres aux comateux, aux individus « légumes », et à toute personnequ'il n'est plus capable de consulter. Elle implique évidemment d'infliger la mort à un individu sans son consentement formel.

      Le cas du suicide assisté diverge totalement de l'euthanasie parce qu'il consiste simplement à donner à un individu ayant certifié légalement son désir de mourir les moyens de se suicider. Contrairement au cas de l'euthanasie, il y a choix, et il y a choix jusqu'à la toute fin, car c'est encore l'individu souffrant qui déclenche le processus (injection ou autre). Cette simple question du choix, de remettre entre les mains de l'humain le plein contrôle de la vie qui, légalement, lui appartient complètement, suffit à les éloigner et à légitimer le suicide assisté comme la mesure à prendre lorsqu'il ne reste rien d'autre à l'humain que la souffrance, la souffrance sans recours et sans espoir...

      En mélangeant les deux, vous utilisez, encore une fois, le vieux sophisme de l'épouvantail, et vous transférez les défauts et les implications morales de l'euthanasie au suicide assisté, ce qui est complètement inacceptable:

      On peut être, comme je le suis, tout-à-fait contre l'enthanasie, tout en supportant le suicide assisté.

      Nous savons, chers pro-vie, que vous avez tout intérêt à ramener continuellement les deux pratiques sous le même nom, de les inclure systématiquement dans le même débat, parce qu'infiniment moins de gens accepteraient l'instigation des deux dans un même projet de loi.

      Je vous lève mon chapeau, vous êtes futés.

      Maintenant, cessez de tricher, et sortez-nous u

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 24 mars 2012 08 h 41

    Et les autres groupes majoritaire à la commission?

    Effectivement, les groupes pour le droit d'euthanasier sont très heureux...

    Mais la majorité des groupes qui ont participé à la commission et se sont vivement prononcés contre l'euthanasie doivent se demander maintenant pourquoi on leur a fait perdre leur temps... alors que les décisions étaient prises à l'avance.

    • Jacques Dautreme - Inscrit 24 mars 2012 11 h 37

      Je suis en tant que vieux, pour l’euthanasie. Quel est l’intérêt communautaire de tenir en vie un vieillard qui a fini sa vie, et qui souffre de maladie de toute façon mortelle, si ce n’est que sa coûte cher aux contribuables.
      Nous n’avons pas demandé a venir au monde, alors pourquoi devrions demander la permission pour en partir.
      Hippocrate père de la médecine était contre l’euthanasie et l’avortement…..et pourtant!

  • Jacques Baril - Inscrit 24 mars 2012 10 h 25

    Toute réflexion faite...(!)

    Sans commentaire.

    • Jacques Dautreme - Inscrit 24 mars 2012 13 h 10

      Oui c’est interdit en France l’euthanasie. Mais dernièrement, un jeune médecin a euthanasier deux vielles dame de plus de quatre-vingt quinze ans qui souffraient l’enfer. Il l’a déclaré haut et fort. Le gouvernement français n’a pas répliqué, parce qu’il sait qu’un grand nombre de médecins et de patients ne sont pas contre. De toute façons en Belgique c’est permis.

    • Jacques Dautreme - Inscrit 24 mars 2012 13 h 14

      Oui c’est interdit en France l’euthanasie. Mais dernièrement, un jeune médecin a euthanasier deux vielles dame de plus de quatre-vingt quinze ans qui souffraient l’enfer. Il l’a déclaré haut et fort. Le gouvernement français n’a pas répliqué, parce qu’il sait qu’un grand nombre de médecins et de patients ne sont pas contre. De toute façons en Belgique c’est permis.

  • Mouky - Inscrite 24 mars 2012 15 h 07

    On vit et on va tous mourir

    Je retiens aussi dans ce rapport qu'il faut aussi penser à «viellir dans la dignité». Eh comment! Quant au fait de choisir de mourir dans la dignité, je l'approuve. Notre vie nous appartient et si on veut mourir au bout de ses souffrances, libres à nous. Moi, je veux mourir quand je n'aurai plus de vie devant moi, ni d'espoir, ni de conscience. La mort ne m'effraie pas et je refuse d'imposer à mes enfants et aux gens qui m'aiment mes douleurs ou ma dégradation. C'est mon choix, mais je respecte aussi le choix de ceux et celles qui pour quelque raison que ce soit préfèrent tenir jusqu'à leur dernier souffle. Moi je n'ai pas cette vision de ma vie et ma fin de vie.

  • Roland Berger - Inscrit 24 mars 2012 21 h 55

    Un droit pour tous !

    Merci aux commissaires ! Leur travail permettra sans doute de mettre fin à une autre injustice sociale dont on n'osait parler. Qui en effet peut imaginer que les parents des députés de l'Assemblée nationale et les nantis qui font élire un grand nombre d'entre eux puissent être privés de soins de départ adéquats. L'accès de la classe moyenne à ce type de services est un pas en avant.
    Roland Berger