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Quand les services secrets se penchent sur nos vies sociales

L’exercice de surveillance passive, à des fins de prédiction et d’anticipation, passe désormais par les réseaux sociaux comme Facebook, le plus gros d’entre eux. Sur la photo, Mark Zuckerberg, son fondateur.<br />
Photo: Agence Reuters Robert Galbraith L’exercice de surveillance passive, à des fins de prédiction et d’anticipation, passe désormais par les réseaux sociaux comme Facebook, le plus gros d’entre eux. Sur la photo, Mark Zuckerberg, son fondateur.

Il est loin le temps où, pour saisir l'état d'esprit d'un peuple, anticiper les mouvements de foules, ici comme ailleurs, suivre de près les politiques d'une dictature ou des États ennemis, les services secrets infiltraient le quotidien des gens, certes, mais aussi scrutaient à la loupe les journaux, les émissions de radio et télévision d'un pays pour déceler les tendances. Comme au bon vieux temps de la guerre froide.

Désormais, cet exercice de surveillance passive à des fins de prédiction et d'anticipation passe par les réseaux sociaux — et surtout par les millions de bits qu'ils génèrent chaque jour. Et ce n'est pas le FBI américain qui va dire le contraire, lui qui vient de demander au secteur privé de lui venir en aide pour développer de nouveaux outils informatiques capables de faire le tri dans les montagnes de données numériques quotidiennement produites sur la planète Web. Question de sécurité nationale et de protection des intérêts américains aux quatre coins du globe. En gros.

Dans une demande d'information lancée en février dernier pour un contrat potentiel, le FBI dévoile en effet ses couleurs: l'organisme est à la recherche de solutions numériques, rapporte l'Associated Press (AP), afin de suivre en temps réel tout ce qui se dit, s'écrit, se commente dans les réseaux sociaux. Le Département de la Défense et le bureau du Directeur du renseignement national sont également sur la même longueur d'ondes et souhaitent que

ces outils permettent automatiquement d'identifier les risques émergents, les menaces naissantes pour la sécurité, simplement en scrutant à la loupe les millions de messages, textos, tweets, billets de blogues... qui apparaissent chaque jour sur un bout de Toile près de chez nous.

Nos vies sous observation


Actuellement, des centaines d'analystes liés à ces services de renseignement passent au crible nos vies numériques à la recherche de précieuses informations, reconnaît à mots à peine couverts le gouvernement américain depuis le Printemps arabe, qui a donné des ailes à ce nouveau mode de surveillance. À tort ou à raison, cet événement est parfois qualifié de «révolution Facebook» en raison de la place qu'aurait prise ce nouveau mode de communication dans l'organisation de la résistance.

«Les réseaux sociaux commencent à devenir le premier espace de communication en période de crise, éclipsant les premiers répondants traditionnels, comme la police, les pompiers, les ambulanciers et les journalistes», résume le Bureau fédéral d'investigation dans sa demande. «Ces réseaux rivalisent désormais avec les services d'urgence et les services d'information» et le gouvernement américain doit désormais en prendre conscience, estime le FBI, histoire d'ajuster ses flûtes pour faire face à cette nouvelle musique.

Âge d'or

Dans une confession à l'agence de presse américaine, un ancien analyste de la CIA, Ross Stapleton-Gray, reconnaît d'ailleurs qu'en matière de renseignement de sécurité, l'époque actuelle, en cultivant cette idée très contemporaine de la socialisation en réseau, fait sourire les gouvernements. «C'est en train de devenir l'âge d'or de la collecte d'information. La raison? On est dans un environnement où les gens ressentent l'urgence d'exprimer qui ils sont», dit-il, le tout en laissant des traces numériques. Ne reste qu'à se pencher avec les outils appropriés pour tirer profit de ces excès de parole, d'exposition, de confessions, de commentaires...

Ce nouveau paradigme social a d'ailleurs motivé un changement de cadre au sein du service de renseignement qui, encore très récemment, s'intéressait beaucoup plus à la recherche de secrets qu'à la traque d'informations dans la sphère publique, souligne M. Stapleton-Gray. Mais la tendance s'inverse, au grand dam des organismes de défenses des libertés individuelles, qui, eux, sont loin d'anticiper cette révolution du renseignement de sécurité avec le même optimisme.

«Quand on sait que le gouvernement lit ce qu'on écrit par-dessus notre épaule, cela modifie la façon que l'on a de se comporter et de s'exprimer», résume d'ailleurs l'Electronic Privacy Information Center (EPIC), un important chien de garde des libertés civiques dans les univers numériques. Selon ce groupe, le FBI n'a pas le droit de s'immiscer dans la vie privée des gens, sur les réseaux sociaux et de bafouer ainsi la liberté d'expression, sans but précis ni supervision judiciaire. En gros.

Le Bureau, lui, répond qu'il ne fait rien d'illégal en se mettant seulement à l'écoute d'un espace public où circule de l'information publique, comme il l'a toujours fait, et en remerciant du coup les internautes qui l'alimentent de plus en plus avec des données, des idées personnelles, des commentaires, des intentions... dont la valeur n'est finalement plus seulement commerciale.

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Les sujets qui les intéressent


La Toile est sous écoute et parfois sans trop de subtilité. Voici la liste des Items of Interest (IOI) (sujets et termes d'intérêt) traqué par les services de renseignements dans les échanges sur Facebook et Twitter.

Des mots et concepts prévisibles...

-service secret
-force d'intervention
-Service d'immigration et de citoyenneté
-assassinat
-attaque
-bombe radiologique (dirty bomb)
-écrasement
-émeute
-matières dangereuses
-infection
-virus
-aéroport

... et d'autres qui le sont un peu moins

-panache
-Chine
-réseau social
-2600
-Abel et Caïn
-inter-État
-terroriste environnemental
-annuler
-retard
-porc
-atténuation

Source: http://bit.ly/wfwlcc
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 19 mars 2012 08 h 14

    Big brother

    Big brother, on a jamais si bien dit.