Cyberjustice, psychoses et arômes

La justice est en crise et la cyberjustice pourrait l'aider à en sortir. En 18 minutes, et pas une de plus, Karim Benyekhlef, professeur titulaire à la faculté de droit de l'UdeM, a présenté hier matin, à Montréal, les fondements et les applications possibles de ces tribunaux dématérialisés dans le cadre de la première conférence TEDx de son université.

Les conférences TED (Technology Entertainment Design) sont apparues en Californie il y a près de trente ans. L'objectif: propager les bonnes idées, toutes les bonnes idées, dans tous les domaines d'activité «pour changer le monde», explique le texte fondateur. La formule a depuis essaimé à l'échelle internationale. Le programme TEDx s'étend désprmais aux institutions (éco-les, universités, entreprises, bibliothèques...).

«La justice au Québec, au Canada, comme dans la plupart des pays développés, traverse une crise, c'est-à-dire un moment critique, a expliqué hier le professeur de droit de l'UdeM. Les causes sont relativement connues. On peut penser au fait qu'elle est trop longue et trop coûteuse. Mais elle est aussi mal adaptée, au contexte technologique et au phénomène global que constitue Internet. [...] La justice doit se moderniser. Elle doit prendre avantage des évolutions technologiques sans perdre, bien entendu, son essence, sa raison d'être.»

Des cybertribunaux ont déjà prouvé leur efficacité comme mode de conciliation, par exemple dans les cas de dispute autour des noms de domaine sur le Net. L'ONU prépare un projet de loi modèle sur le règlement en ligne des conflits. Un projet expérimental en développement pour les petites créances (moins de 10 000 $) aboutira d'ici la fin de l'année au Québec. Le ministère de la Justice appuie l'initiative.

«Si vous avez un conflit avec votre assureur auto, au lieu d'aller perdre une journée à la cour, en amont, une application vous permettrait de négocier directement avec votre "adversaire", poursuit le cyberdéfenseur. Nous avons donc conçu une application qui dirige les parties. Vous n'avez qu'à décrire votre problème et à proposer des solutions en cochant des cas, par exemple en optant pour une réduction de prix de votre prime. PayPal et eBay ont développé un système semblable au début des années 2000 et nous y avons d'ailleurs contribué. Ils ont réglé plus de 5 millions de microconflits, soit plus de 95 % du lot, par la négociation en ligne.»

Des centaines de TEDx s'organisent chaque année, toujours selon quelques balises très simples. D'abord, les conférenciers sont triés sur le volet. Le TEDx UdeM en a retenu une quinzaine et en a rejeté deux fois plus. Ensuite, les présentations sont écrites et répétées pour entrer dans les 18 minutes réglementaires captées et diffusées en ligne. Le multimédia pédagogique semble aussi la règle dans cet univers visiblement fréquenté par une jeunesse technophile et cultivée, aux intérêts encyclopédiques. Hier, il a été aussi bien question de nouvelles perspectives pour le traitement des psychoses que de la science aromatique des aliments et des vins.

«En classe, on bénéficie de trois heures, a jouté le professeur Benyekhlef, en entrevue au Devoir. Il faut donc faire attention pour ne pas trop sacrifier le fond pour le show.»

Lui-même a montré sa maîtrise de la petite forme frappante. Il a commencé sa propre présentation en imaginant une machine à voyager dans le temps qui ramènerait un médecin et un avocat du XIXe siècle. Le docteur serait émerveillé et complètement dépassé par le développement de sa science observé au CHUM. Le maître chicaneur, lui, serait prêt à plaider immédiatement au Palais de justice. D'où la crise, justement...

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Des idées à propager

Doit-on se méfier de l'anglais comme langue dominante?, du professeur Daniel Weinstock.

La mycorhize: une symbiose végétale au service de la décontamination, du professeur Mohamed Hijri.

Des nouveaux espaces pour cultiver: les serres agricoles sur les toits, de Mohamed Hage, président fondateur des Fermes Lufa.

Une méthode de traitement contre le cancer par des particules magnétiques téléguidées, du professeur Sylvain Martel.

Ces conférences sont accessibles ici.
1 commentaire
  • Francois Dorion - Inscrit 12 mars 2012 18 h 45

    ?

    Dans les années 70, des professeurs d'université rêvaient de machines à dire le droit.
    Vouloir remplacer par un dialogue écrit selon un menu d'options la présence devant le juge n'est que la continuation du même rêve.
    À quand le médecin électronique?
    En fait, ces rêveries sont le fait de gens n'ayant jamais rien compris à la justice qui veulent prendre le contrôle des tr4ibunaux.
    Je ne dis pas que la machine ne peut pas être un auxiliaire précieux pour l'avocat ou le juge; les facilités de documentation qu'elle apporte sont inestimables, et permettent au juriste d'avoir le plein contrôle sur cette tâche essentielle de son métier.
    Mais au grand jamais n'allez remplacer un humain par une machine lorsqu'une décision est l,aboutissement.

    François Dorion LLM