Semaine de la déficience intellectuelle - Faire sa place dans le monde des arts

Gilles Grégoire et le sculpteur Armand Vaillancourt<br />
Photo: Source: Aurélie Guyot Gilles Grégoire et le sculpteur Armand Vaillancourt

Dans le hall de l'Écomusée du fier monde, à Montréal, Brigitte Gariépy me fixe d'un regard intense et pénétrant. Elle salue mon passage d'un son bref.

À 40 ans, Brigitte Gariépy ne parle pas. «Tous les mots sont dans sa tête, mais elle ne peut pas les exprimer», explique son père, Louis Gariépy.

Diagnostiquée psychotique infantile lorsqu'elle était enfant, elle a reçu en 2009 un nouveau diagnostic de troubles envahissants du développement. De façon générale, entre les deux, elle a été incluse dans la vaste catégorie des déficients intellectuels.

«On dit DI pour déficient intellectuel, moi je dis ID pour intelligence différente, dit Louis Gariépy. Brigitte a une excellente mémoire des personnes.»

Depuis deux ans, Brigitte Gariépy a l'usage d'un petit appareil électronique qui parle à sa place. Elle y actionne de petites touches identifiant des gens de son entourage, des actions, ses humeurs. Un appareil que ses parents ont mis cinq ans à obtenir, après des heures et des heures de requêtes auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux, et qui coûte 5000 $. «Cet appareil lui fait beaucoup de bien. Le fait de ne pas pouvoir parler, cela crée des angoisses», explique son père.

La semaine prochaine sera la Semaine de la déficience intellectuelle au Québec.

Et depuis quelques jours, l'Écomusée du fier monde tient l'exposition D'un oeil différent, qui présente des oeuvres produites par des déficients intellectuels et des non-déficients intellectuels.

Le projet inclut entre autres des oeuvres produites dans le cadre de Tandem créatif, qui associe un artiste professionnel à un artiste émergent. L'artiste Armand Vaillancourt y a par exemple participé avec l'artiste Gilles Grégoire.

L'initiative est parrainée par le groupe Exeko, qui travaille pour l'inclusion de populations marginalisées.

«La déficience intellectuelle est un état et non une maladie», explique Nadia Duguay, fondatrice d'Exeko. «La déficience intellectuelle, c'est une limitation du fonctionnement intellectuel et adaptatif», explique Geneviève Guilbault, du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement de Montréal. En gros, on y regroupe les personnes ayant un quotient intellectuel de moins de 70, soit environ 3 % de la population. Cela peut se traduire par des difficultés scolaires ou des problèmes de jugement.

«Mais on ne définit pas le quotient émotionnel des gens, par exemple», dit Nadia Duguay.

Selon Nadia Duguay, les déficients intellectuels ont souvent toutes les qualités pour faire des artistes professionnels. Leur problème peut être qu'ils n'arrivent pas à théoriser leur démarche artistique pour obtenir du soutien.

Or, depuis plusieurs années, le centre des arts de la scène Les Muses, fondé par la danseuse Cindy Schwartz, offre une formation professionnelle de 20 heures en théâtre, danse et chant à des personnes souffrant de différents handicaps. Elle vise l'intégration de ces artistes au milieu artistique professionnel, au milieu du théâtre et du cinéma «en quête croissante d'acteurs hors-norme». Le jeudi 15 mars prochain, l'exposition D'un oeil différent, parrainée par Exeko donnera lieu à un forum qui aura précisément pour thème: «Les artistes ayant une déficience intellectuelle: que nous apporte la différence créative?»
1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 11 mars 2012 17 h 17

    Avec vous merci

    "Elle vise (la formation des Muses) l'intégration de ces artistes au milieu artistique professionnel, au milieu du théâtre et du cinéma «en quête croissante d'acteurs hors-norme»."

    Voici une excellente nouvelle. Je crois que ces personnes "hors-norme" ont beaucoup à apporter à ces milieux qui sont souvent perçus comme coupés, étrangers, hors du monde concret, de l'ensemble des gens, tout simplement. L'artiste n'est pas un être éthéré, il est un citoyen et il exerce un métier.