Entrevue avec Christine St-Pierre - L'égalité, plutôt que le féminisme, pour accrocher les jeunes!

Martine Letarte Collaboration spéciale
Bien que plusieurs groupes de femmes s’opposent à l’idée, la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, souhaite voir des hommes siéger au Conseil du statut de la femme.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Bien que plusieurs groupes de femmes s’opposent à l’idée, la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, souhaite voir des hommes siéger au Conseil du statut de la femme.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée des femmes 2012

Le Plan d'action gouvernemental pour l'égalité entre les femmes et les hommes 2011-2015 a été lancé en juin. Plusieurs éléments s'adressent aux jeunes. La ministre témoigne.

«En matière d'égalité, mieux vaut commencer tôt que tard», affirme Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCC), en entrevue téléphonique avec Le Devoir. Bon nombre des 102 actions du Plan, réalisé en concertation avec 26 ministères et organismes, visent les écoles et même les centres de la petite enfance (CPE). Une attention particulière est aussi portée aux immigrants.

On remarque d'abord que le MCCC parle d'égalité entre les hommes et les femmes plutôt que de féminisme. Ce choix de vocabulaire n'est pas aléatoire. Christine St-Pierre en a d'ailleurs débattu récemment avec les représentantes du Collectif 8 mars. «Certaines pensent que ce changement de vocabulaire diminue l'importance du mouvement féministe. Moi, je pense que ça permet d'accrocher davantage les jeunes», affirme-t-elle.

Elle remarque qu'un grand bout de chemin a été fait. «Quand j'étais au début de la vingtaine, on devait travailler sur plusieurs aspects, comme l'accès au marché du travail, l'avortement, etc. Il y a eu des acquis, et nous devons modérer notre discours si nous voulons qu'il continue d'être accrocheur. Les hommes profitent en grand nombre du congé parental aujourd'hui. Les femmes ont pris leur place sur le marché du travail en grande partie grâce à l'arrivée des garderies», remarque Mme St-Pierre.

Constats

D'après l'Institut de la statistique du Québec, le taux d'activité des femmes de 15 ans ou plus est passé de 41 % en 1976 à 61 % en 2011.

De plus, en 2009, le taux d'emploi des mères d'enfants de moins de 6 ans au Québec atteignait près de 74 %, alors qu'il était de 68 % en Ontario.

Si les hommes gagnent toujours davantage que les femmes, l'écart s'amenuise. Le MCCC précise que l'écart de salaire horaire entre les femmes et les hommes était de 16,5 % en 2000, contrairement à près de 12 % en 2010. Ainsi, en 2010, le salaire horaire des femmes équivalait à 88 % de celui des hommes.

«Il ne faut pas baisser la garde et il y a encore du travail à faire, mais il y a des avancées. Pour arriver à davantage de résultats, nous devons être inclusives. Les hommes et les femmes feront l'égalité ensemble. Les hommes sont des partenaires», affirme Christine St-Pierre.

Elle souhaite même voir des hommes siéger au Conseil du statut de la femme. «Je sais que plusieurs groupes de femmes sont contre l'idée, mais je crois que, tôt ou tard, on ira vers ça. Je ne le ferai pas tant que je n'aurai pas un large consensus, mais, fondamentalement, je crois que c'est une bonne chose», affirme-t-elle.

Sensibilisation en bas âge

Le MCCC mène différentes actions pour sensibiliser et promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes en bas âge. «Par exemple, dans les CPE, nous avons distribué à l'automne un DVD où on montrait des comportements non égalitaires et des comportements égalitaires. Ç'a eu beaucoup de succès», affirme Christine St-Pierre.

Dans les écoles, plusieurs conférences sont organisées, notamment sur la question de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée. «Un projet a lieu également avec le Y des femmes de Montréal pour sensibiliser les mères au phénomène de l'hypersexualisation de leurs enfants. Je pense aussi au concours Chapeau les filles!», indique Mme St-Pierre.

Travailler avec les immigrants


Les nouveaux arrivants sont également une priorité pour Christine St-Pierre. «On n'a pas tous la même notion de l'égalité et il y a du travail à faire là», affirme la députée de l'Acadie, une circonscription de Montréal où on retrouve une grande proportion d'immigrants.

La situation des jeunes femmes immigrantes inquiète particulièrement la ministre. «Ces jeunes femmes veulent s'émanciper, s'habiller à l'occidentale, aller danser, sortir avec les garçons. C'est souvent un choc pour les parents et il faut être vigilant», affirme-t-elle.

Christine St-Pierre a demandé, début décembre, au Conseil du statut de la femme de préparer un avis sur la question des crimes d'honneur. «Il y a eu bien sûr l'histoire des Shafia, mais il y en a eu d'autres, notamment en Ontario, précise-t-elle. Comme société d'accueil, nous ne pouvons pas faire fi de ça. L'avis touchera à différents aspects de la violence liée à l'honneur. Semble-t-il aussi que de jeunes filles sont poussées au suicide. Il faut voir comment détecter de telles situations. Pour arriver à des recommandations, le Conseil du statut de la femme regardera ce que d'autres pays font. Ce sera un avis très important pour nous.»

Un autre volet essentiel de l'atteinte de l'égalité entre les hommes et les femmes porte sur l'autonomie financière.

Le Plan d'action a entre autres accordé des fonds à la Conférence régionale des élus (CRÉ) de Montréal pour stimuler l'entrepreneuriat chez les femmes immigrantes.

Les postes décisionnels

La proportion des femmes dans les postes décisionnels est une autre priorité pour Christine St-Pierre. «Là aussi, il faut commencer très tôt à sensibiliser et à intéresser les femmes», affirme-t-elle.

Actuellement, les femmes occupent 28 % des sièges à l'Assemblée nationale. Dans les entreprises, c'est pire. «Dans les 100 plus grandes entreprises québécoises, les femmes comptent pour 16 % des conseils d'administration. Certaines entreprises n'ont aucune femme dans leur conseil d'administration!», s'exclame Mme St-Pierre.

Elle a nommé récemment Monique Jérôme-Forget, ancienne ministre libérale, et Guy Saint-Pierre, ancien p.-d.g. de SNC-Lavalin, à titre de coprésidents de la Table des partenaires influents. Ils proposeront des stratégies pour inciter les entreprises québécoises inscrites en Bourse à augmenter le nombre de femmes siégeant à leur conseil d'administration.

Le Plan d'action gouvernemental pour l'égalité entre les femmes et les hommes 2011-2015 ajoute 34 millions de dollars supplémentaires à ce qui est déjà investi pour la cause.

«Ce Plan d'action s'inscrit en continuité avec le précédent, dont 75 % des actions ont été complétées et dont les autres sont en marche. De plus, le Plan d'action ne nous limite pas. C'est une base à laquelle nous faisons des ajouts au besoin.»

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Collaboratrice du Devoir

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