L'égalité n'est pas acquise

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Photo: Source Newscom

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée des femmes 2012

Depuis la fondation de la toute première association féministe canadienne-française, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, nombre d'avancées ont eu lieu au Québec en matière d'égalité des sexes. Si, en 2012, la condition des femmes se porte indéniablement mieux qu'au siècle dernier, la parité n'est cependant pas encore tout à fait atteinte, contrairement à ce que croient plusieurs. Comment y parvenir? «La solution, pour moi, se trouve du côté des jeunes», dit Ruth Vachon, présidente-directrice générale du Réseau des femmes d'affaires du Québec (RFAQ).

Entrepreneure autodidacte, Ruth Vachon s'est lancée en affaires au milieu des années 1980. Membre du RFAQ depuis plus de vingt ans, elle est aujourd'hui à la tête du réseau qui compte un peu plus de 2000 membres. Comme plusieurs, elle a longtemps cru que l'égalité hommes-femmes était atteinte au Québec.

«Comme entrepreneure, je n'ai jamais senti que je n'étais pas égalitaire. Je n'avais pas du tout l'impression de vivre la même réalité que celle qu'avait vécue la génération de ma mère. J'étais la patronne et on me respectait, mais il faut dire que, lorsque quelque chose ne faisait pas mon affaire, je prenais tout simplement une autre route pour arriver à mes fins. C'est lorsque j'ai commencé à m'engager auprès du réseau que j'ai compris que l'égalité n'était pas atteinte», précise la p.-d.g. du RFAQ.

De la perception à la réalité

Aujourd'hui, dans le cadre de ses fonctions, Mme Vachon côtoie quotidiennement des femmes victimes d'inégalités en milieu de travail. À son grand désarroi, l'entrepreneure souligne que cette problématique est largement répandue au sein des entreprises privées. «Au Québec, en entreprise, les femmes occupent moins de 15 % des sièges dans les conseils d'administration et environ 24 % des postes de direction. Pourtant, la population est composée d'à peu près 50 % d'hommes et de 50 % de femmes. Il faut reconnaître que ce n'est pas tout à fait égalitaire», indique-t-elle.

Un peu comme Mme Vachon, Katherine, une jeune entrepreneure ayant travaillé dans le milieu de l'assurance pendant quelques années et préférant taire son identité, a longtemps cru que, au Québec, la lutte pour l'atteinte de l'égalité avait été menée et remportée par les générations qui avaient précédé la sienne. Mais, lorsqu'elle a tenté de faire sa place au sein d'un milieu très traditionaliste, elle n'a pu que constater que la bataille n'était pas tout à fait gagnée. «J'ai été témoin de plusieurs choses dans les entreprises où j'ai travaillé. Oui, dans les bureaux, il y avait beaucoup de femmes, mais elles occupaient toutes des emplois de base. À compétence égale, les hommes obtenaient plus vite des promotions et leur salaire augmentait aussi beaucoup plus rapidement que celui de leurs collègues féminines.»

Faire autrement

D'après Katherine, pour en avoir discuté avec plusieurs collègues et amis, les jeunes femmes sont nombreuses à faire ce genre de constat quant à la parité lorsqu'elles arrivent sur le marché du travail. Ce qu'elle trouve désolant, c'est que plusieurs finissent par baisser les bras et acceptent de se conformer plutôt que de lutter.

Corinne Galarneau, jeune professionnelle et représentante de la Table de concertation pour la relève du RFAQ, partage sensiblement le même avis. «Le monde du travail est beaucoup organisé autour de valeurs traditionnellement masculines: il est bien vu d'être compétitif, de rechercher le succès, de dépasser ses objectifs professionnels. La réalité de beaucoup de femmes, c'est que, si elles veulent gravir les échelons, elles doivent se plier à ces valeurs-là, même si celles-ci ne sont pas les leurs. Ça n'aide pas beaucoup à parvenir à l'égalité.»

D'après Mme Vachon, il s'agit là d'une importante observation: «La première étape à franchir pour que les choses changent, c'est la prise de conscience. Beaucoup de femmes de ma génération et des générations précédentes ont fait d'importants compromis pour réussir sur le plan professionnel. Les jeunes femmes nous disent que, même si leur carrière est importante pour elles, elles ont envie d'une vie plus équilibrée. Il faut qu'on écoute ce qu'elles nous disent et qu'on travaille ensemble pour rendre les postes d'envergure plus attrayants pour ces jeunes femmes.»

Maillage

Dans le même esprit, Mme Vachon ajoute qu'il est nécessaire de développer davantage le maillage entre les jeunes et les professionnelles bien établies. Elle insiste toutefois sur le fait qu'il faut éviter de tomber dans le piège des propositions correspondant davantage aux idéaux des aînées qu'à ceux de la relève. «On a tendance à présenter à la jeune génération des modèles inatteignables, de ces femmes qui sont dans la cinquantaine et qui ont accompli des tonnes de choses au niveau professionnel. Les jeunes femmes ne se sentent pas concernées par ces modèles-là», précise-t-elle.

D'après Katherine et Mme Galarneau, il est également souhaitable qu'une attention accrue soit accordée à la question de l'égalité sur les bancs d'école. Bien que les deux jeunes femmes confirment avoir abordé le sujet lors de leur formation universitaire, elles estiment que les étudiants gagneraient à être plus sensibilisés à la problématique ou, du moins, à l'être autrement. «On a parlé de parité pendant nos cours lorsqu'on traitait de culture d'entreprise, mais la plupart des étudiants avaient l'impression qu'il s'agissait d'une réalité qui ne les concernait pas», note Katherine.

Et les hommes, eux, dans tout cela? Quel rôle peuvent-ils jouer? Selon Mme Vachon, au même titre que les femmes, ils doivent être sensibilisés et mobilisés davantage: «On ne veut pas que les femmes prennent la place des hommes, on veut seulement que les femmes prennent leur place, assure-t-elle. On en veut, des modèles masculins, on a besoin de porteurs de ballon qui vont nous aider à faire avancer la cause. Alors, je lance l'appel. Si vous vous reconnaissez, joignez-vous à nous. Vous allez voir, on va faire de bonnes équipes!»

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Serge M. - Inscrit 9 mars 2012 09 h 34

    Les hommes aiment les femmes

    De par le complexe d'Oedipe et mes perceptions peut-êtres trop influençées par cette théorie, je constates à quel point les hommes sont vraiment leurs mères. Bien sûr c'est une généralisation mais on le voit en politique où les fédéralistes sont tellement souvent ceux qui avaient une mères anglophone. Je n'ai pas vu de Pierre Trudeau-Elliott ou de Mathieu Côté-Bock que ce soit dans les hiérarchies de grandes compagnies ou dans celles de nos institutions. Il faut donc des femmes qui s'identifient à leurs pères issues de ces mêmes métissages de nos deux solitudes pour aider à apporter une fermeture au cercle de l'identité canadienne. Où sont-elles par contre? Peut-êtres sont-elles trop occupées car leur arrivée sur le marché du travail depuis 40 ans a fait en sortes que elles ont pris leur place en partageant celle de leur mari? Quand on y penses, la population active a augmenté par leur ajout et ceux qui en ont profités vraiment ce sont les tenanciers de notre économie qui ont pû hausser notre PIB sans vraiment générer plus de richesse et donc de libertée. Hors, l'égalitée se gagnes par plus de libertée.