Profilage: le SPVM ne reçoit pas une note parfaite

Le chef du SPVM, Marc Parent, et le maire Gérald Tremblay, lors du dévoilement de la politique policière contre le profilage.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef du SPVM, Marc Parent, et le maire Gérald Tremblay, lors du dévoilement de la politique policière contre le profilage.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJQ) déplore à nouveau le manque de collaboration de la police de Montréal dans le traitement des plaintes pour profilage racial.

Le président de la Commission, Gaétan Cousineau, est heureux que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s'attaque sérieusement au problème du profilage racial et social, mais il se réserve bien d'accorder une note parfaite au nouveau plan stratégique dévoilé mardi.

La Commission se plaint encore de l'«obstruction juridique» menée par le contentieux de la Ville de Montréal, qui use de tactiques dilatoires afin de retarder l'audition des plaintes devant le Tribunal des droits de la personne.

Environ 65 plaintes de profilage contre des agents du SPVM sont toujours pendantes à la Commission. Ses enquêteurs ont pu rencontrer récemment une quinzaine de policiers pour finaliser les dossiers. «Les choses s'améliorent, mais il y a toujours des difficultés à traiter les plaintes existantes, à rencontrer les policiers et à obtenir leur témoignage. Il y a toujours des mesures dilatoires du contentieux. [...] C'est clair pour nous que les avocats ont le mandat d'empêcher qu'une décision soit prise sur le fond en matière de profilage racial», affirme M. Cousineau.

Le maire Tremblay et le chef Parent ont tous deux déclaré qu'ils étaient sensibles à cette question, tout en précisant qu'il fallait aussi respecter les droits des policiers.

C'est d'ailleurs l'une des préoccupations de la Fraternité des policiers de Montréal dans ce débat. La Fraternité accueille «avec ouverture» le plan stratégique. «C'est un outil pertinent et nous allons concourir de bonne foi à son application tout en nous assurant que les droits de nos membres soient respectés», a fait savoir la Fraternité par courriel.

Colliger ou non les données?


Dans son nouveau plan stratégique, le SPVM a suivi toutes les recommandations de la Commission des droits de la personne, à l'exception d'une seule: la collecte de données sur l'origine des suspects dans les fiches d'interpellation. Le SPVM craint d'ajouter une couche de discrimination par-dessus des gestes de profilage s'il se met à colliger de tels renseignements.

Pour la Commission des droits, il s'agit du meilleur instrument pour mesurer l'étendue du profilage au sein de la police et corriger le problème. «C'est là que le bât blesse. Si on ne mesure pas le problème, comment va-t-on mesurer le progrès et le changement?», s'interroge Gaétan Cousineau.

De son côté, le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) se réjouit des intentions du SPVM, mais il déplore le peu d'importance accordée au profilage social dans le plan. «Il y a une réflexion importante sur le profilage racial, mais on voit que le profilage social arrive en deuxième sur la liste des priorités», constate Bernard Saint-Jacques, organisateur communautaire au RAPSIM.