Mort par balle d'un itinérant - Québec doit faire plus en santé mentale

Les policiers sont appelés à l’occasion à intervenir pour des personns souffrant de troubles mentaux. Certaines interventions conduisent à des enquêtes menées par d’autres corps policiers, ce qui est dénoncé par plusieurs groupes.
Photo: - Le Devoir Les policiers sont appelés à l’occasion à intervenir pour des personns souffrant de troubles mentaux. Certaines interventions conduisent à des enquêtes menées par d’autres corps policiers, ce qui est dénoncé par plusieurs groupes.

Montréal reproche au gouvernement du Québec de ne pas accorder suffisamment de ressources aux sans-abris souffrant de problèmes de santé mentale et de toxicomanie. Selon la Ville, la mort de Frashad Mohammadi, abattu par un policier vendredi dernier au métro Bonaventure, est liée à une problématique de santé qui relève de Québec et non des instances municipales.

En conférence de presse hier, la responsable du développement social et communautaire au comité exécutif, Jocelyn Ann Campbell, a refusé de se prononcer sur l'intervention policière au cours de laquelle le sans-abri de 34 ans a été tué par les balles qu'a tirées un policier. «Une enquête est en cours et je ne commenterai pas le travail policier», a-t-elle dit.

Mme Campbell a préféré mettre l'accent sur la responsabilité de Québec dans cette affaire et sur son manque d'empressement à répondre aux demandes formulées, en juin dernier, par la Ville pour venir en aide aux itinérants en crise, de plus en plus nombreux au centre-ville.

«La Ville de Montréal, le service de police et les nombreux organismes d'intervention font des efforts colossaux au quotidien avec les moyens mis à leur disposition pour aider les plus démunis. Par contre, les champs de compétence de la Ville de Montréal sont municipaux et sont limités, a-t-elle expliqué. La situation se détériore. Nous ne sommes pas médecins. [...] Il y a urgence d'agir.»

Montréal demandait notamment qu'un nombre accru de lits d'urgence soient mis à la disposition de cette clientèle en difficulté, que davantage de ressources soient accordées à l'Équipe mobile de référence et d'intervention en itinérance (EMRII) et qu'un suivi plus serré soit effectué pour les sans-abris dirigés vers les hôpitaux.

Au cabinet de la ministre déléguée aux services sociaux, Dominique Vien, on se défend bien d'être resté les bras croisés dans ce dossier. À preuve, le budget alloué au plan d'action de lutte contre l'itinérance, annoncé en 2009, est passé de 14 à 63 millions pour trois ans, a fait valoir hier Florent Tanlet, attaché de presse de la ministre Vien. «C'est sûr que ce ne sera jamais assez. Même si on mettait des milliards, ça ne résoudrait pas le problème. Mais on est conscient que c'est un phénomène qui est complexe», a-t-il dit.

De son côté, Pascale Larocque, directrice des programmes-services à l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, précise que, au cours des six derniers mois, des ressources supplémentaires ont été octroyées au programme EMRII, que des places ont été ajoutées dans les refuges et que le financement récurrent du programme d'accompagnement Justice et santé mentale a été confirmé.

En juin dernier, le maire Gérald Tremblay avait par ailleurs réclamé en vain une rencontre avec le ministre de la Santé, Yves Bolduc, pour discuter du dossier de l'itinérance. Son voeu sera finalement exaucé au cours des prochaines semaines, a-t-on appris hier.

Les circonstances de la mort de Frashad Mohammadi demeurent encore nébuleuses, mais hier Radio-Canada a rapporté que c'est le policier blessé à l'arme blanche par l'itinérant qui aurait ouvert le feu. Ce policier compte 18 ans d'expérience, précisait-on.

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