L'incroyable histoire du fort Cartier-Roberval (I de III) - Et si la Nouvelle-France avait été fondée en 1542?

Jean-François de la Roque, seigneur de Roberval<br />
Photo: Source: Art Resource, NEW YORK / JEAN DE LA ROQUE, SEIGNEUR DE ROBERVAL EN VALOIS / FRANÇOIS CLOUET (COTE ART360256) Jean-François de la Roque, seigneur de Roberval

Par un bel après-midi du mois d'août il y a cinq ans, le premier ministre Charest a annoncé en grande pompe la découverte à Québec des vestiges d'un des plus vieux établissements européens en Amérique du Nord, le fort Cartier-Roberval. Qu'est-il advenu de ce chantier archéologique?

Québec — Les fouilles menées sur le site du fort Cartier-Roberval n'ont pas mené à des découvertes spectaculaires mais à une nouvelle vision de notre histoire. Et si la Nouvelle-France avait été fondée en 1542 plutôt qu'en 1608?

Cartier-Roberval, c'est l'histoire de la colonie qui n'a pas duré. Un échec sur lequel les livres d'histoire ont préféré ne pas trop se pencher. Nous sommes en 1542-1543, 20 ans après l'arrivée de Cortés au Mexique et 65 ans avant Champlain.

Pendant les années 1530, les voyages de Jacques Cartier avaient été réalisés sous le signe de l'exploration. Mais quand le roi François Ier envoie sur place le seigneur de Roberval, un militaire qui compte parmi ses proches, il souhaite passer à une autre étape. «Ici, c'est autre chose», résume Nicolas Giroux, l'historien de la Commission de la capitale nationale qui pilote ce dossier. «Le roi vient établir une colonie.»

Roberval et sa cour vont vivre à Cap-Rouge pendant près d'un an. Mais, contrairement à Champlain, Roberval ne lésine pas sur les moyens lorsqu'il quitte la France. On est en pleine Renaissance, avec toute l'ambition qui l'accompagne.

«Ce qui est phénoménal là-dedans, c'est qu'on fait reculer l'histoire de 70 ans, d'une part, puis on lui donne une ampleur qu'elle n'aura pas pendant un siècle, fait valoir le porte-parole de la Commission de la capitale nationale, Denys Anger. Quand Champlain fonde Québec, ils sont 25. Là, ils sont 500!»

Gilles Samson, l'un des archéologues qui ont mené les fouilles, renchérit. «On est loin de la "cabane au Canada". Non seulement en raison de la richesse des artéfacts, mais en raison des nobles qui habitaient là.»

L'équipage est en outre un peu particulier. En plus de sa cour, qui comprend des femmes, Roberval embarque des repris de justice à qui il prévoit confier les durs travaux sur place. L'équipage compte aussi des animaux.

À notre époque, on aurait vu là réunis tous les ingrédients nécessaires à une émission de télé-réalité particulièrement explosive... «On essaierait de faire ça au cinéma et même Spielberg n'aurait pas assez d'argent!», lance en riant l'historien Jean Provencher, qui a suivi le dossier depuis le début en 2006.

Les fouilles menées sur le site ont permis de cerner les limites d'une partie du fort qu'ils habitaient sur le promontoire de Cap-Rouge, à l'ouest de Québec. On a même trouvé des traces de leur nourriture, dont les ossements d'un grand pingouin, une espèce aujourd'hui disparue, qu'ils avaient probablement tué à Terre-Neuve et conservé dans un tonneau.

Les prémisses de la Nouvelle-France

Les moindres détails des fouilles seront présentés dans une grande exposition présentée au Musée de l'Amérique française en 2013. Une équipe conjointe de la Commission de la capitale nationale (CCN), du Musée de la civilisation et du ministère de la Culture est en train de la construire.

«Ce qu'on va mettre de l'avant dans l'exposition, c'est une nouvelle vision de cet épisode, explique Nicolas Giroux. Ce n'est pas tant un échec pour nous que les prémisses de la Nouvelle-France.» À la fin du XVe siècle, le pape avait donné le territoire aux Espagnols, raconte-t-il. Or, vers 1533, le roi de la France a réussi à obtenir une nouvelle interprétation de la décision du pape: pour revendiquer la possession, il allait falloir l'occuper. Selon Giroux, il n'y a pas de doute: «C'est la revendication qui est à l'origine de cette tentative coloniale-là.»

Et «ça marche, ajoute-t-il. Les gens ont tendance à penser que cette colonie-là est un échec, parce que ça dure deux ans et qu'il n'y a pas de suite immédiate pendant les 65 ans subséquents, avant que Champlain ne revienne. Mais, pendant tout ce temps-là, dans la cartographie, c'est écrit "Nova Francia Canada".»

«Pour moi, l'important, c'est que les Québécois s'identifient à ça», plaide Gilles Samson. «Que ça devienne un point de repère.»

Cet épisode de notre histoire est d'autant plus mystérieux que peu d'écrits ont subsisté sur le sujet, «à peine 12 lignes en anglais», résume Jean Provencher.

Le dictionnaire biographique canadien raconte que Roberval a parcouru les mers en pirate et que, lors de sa navigation dans le Saint-Laurent, il a abandonné l'une des passagères du bateau sur une île avec son amant. L'historien Bernard Allaire, qui a mené des recherches intensives sur le personnage pour alimenter les fouilles, met en doute ces affirmations.

La CCN doit d'ailleurs faire paraître en 2013 une biographie de Roberval signée par M. Allaire. «C'est surtout la personne même de Roberval qui était inconnue, dit-il. On a beaucoup parlé de Cartier. Ç'avait un côté idéologique, parce que Cartier était catholique et que c'est lui qui a découvert le Saint-Laurent. Il a toujours été vu comme le symbole des Canadiens-français [...]. Alors que Roberval était un militaire protestant. J'ai découvert beaucoup de choses sur lui, mais ça n'avait jamais été exploité.»
12 commentaires
  • Claude Jean - Inscrit 4 janvier 2012 06 h 28

    La Société historique du Cap-Rouge Le Parc Cartier-Roberval

    Le Parc Cartier-Roberval

    par Emmanuel Rioux

    Voilà plus de trente ans que l'on parle du promontoire, du Parc Cartier-Roberval. Enfin, la Société historique du Cap-Rouge (SHCR) voit la récompense de son travail et de ses multiples démarches. De sérieuses fouilles archéologiques ont été entreprises il y a un an, avec une équipe compétente de six personnes, sous la direction de l'archéologue Yves Chrétien1. Les fouilles confirment l'existence d'un site historique unique au Québec. C'est bien sur le promontoire et au pied de la falaise, près de l'embouchure de la rivière du Cap Rouge, que le capitaine Jacques Cartier et Jean-François de La Roque de Roberval, dûment mandatés par le roi de France, François 1er, décidèrent de s'installer pour tenter une première entreprise de colonisation en Amérique.

    Pour en savoir plus consulter le lien suivant:

    http://shcr.qc.ca/chronique.php?no=4

    Bonne lecture et découvertes!


    Soldat Sanspareil
    Chevalier de St-Véran
    2ème bataillon du régiment de la Sarre
    Vive le Roy!
    http://www.regimentdelasarre.ca
    http://www.youtube.com/user/SoldatSanspareil
    http://www.tagtele.com/profil/Sanspareil
    http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-r
    François Mitterrand
    Un peuple qui n’enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité

  • Claude Jean - Inscrit 4 janvier 2012 07 h 07

    Un lieu historique unique à protéger

    Le projet Cartier-Roberval est né d’une découverte majeure pour l’histoire du Québec, soit la mise au jour d’un site qui témoigne concrètement de la tentative de colonisation française dans la vallée du fleuve Saint-Laurent au 16e siècle.

    Cette découverte, faite en 2005 à l’occasion de travaux préparatoires à l’aménagement de belvédères au sud du parc Cartier-Roberval, à Cap-Rouge près de Québec, intervient après plusieurs tentatives infructueuses pour retrouver un établissement occupé par Jacques Cartier en 1541-1542 et par Jean-François de la Rocque de Roberval en 1542-1543.

    Devant l’importance de cette découverte, le gouvernement du Québec a procédé, en août 2006, au lancement d’un programme de fouilles archéologiques afin de protéger ce lieu historique unique en Amérique du Nord et de permettre aux générations actuelles et futures d’en bénéficier pleinement.

    Pour tout savoir sur ce projet consulter le lien suivant:

    http://www.cartier-roberval.gouv.qc.ca/projet-cart

    Soldat Sanspareil
    Chevalier de St-Véran
    2ème bataillon du régiment de la Sarre
    Vive le Roy!
    http://www.regimentdelasarre.ca
    http://www.youtube.com/user/SoldatSanspareil
    http://www.tagtele.com/profil/Sanspareil
    http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-r
    François Mitterrand
    Un peuple qui n’enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 4 janvier 2012 07 h 09

    À quand l'histoire des Huguenots

    L'Église catholique s'est toujours organisée pour camoufler et détruire tout ce que les protestants, ou les réformés, ou les calvinistes, appelez-les comme vous le voulez, ont produits pour l'exploration et le développement de l'Amérique du Nord.
    Pierre du Gua Sieur de Mons, Jean De Biencourt de Poutrincourt, François Gravé Sieur du Pont, Jean et Charles de LaTour, jamais, sinon que quelques iotas ici et là nous en entendons parler.
    Pourquoi ? Parce qu'ils étaient des Huguenots. Des Protestants. Des méchants.

    Christophe Colomb, Jacques Cartier, Samuel de Champlain, Cortes, eux étaient catholiques, ce sont eux qui ont tout découvert.
    Et c'est parce qu'ils étaient catholiques que l'église en font l'apogée. Eux c'étaient les bons.
    Quelle nuisance que fût et qu'est cette église catholique.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 4 janvier 2012 07 h 17

    Roberval était un Huguenot

    Parce que Roberval était un Huguenot, on en parle pas.

  • Michel Gaudette - Inscrit 4 janvier 2012 09 h 36

    Refaire l'histoire...

    Toute l'historiographie québécoise est d'origine cléricale catholique.

    On y a occulté tout le rôle des huguenots en Nouvelle-France..