Attawapiskat ou la dure réalité autochtone

Ferlin, sept ans, est au nombre des 21 personnes qui habitent cette maison d’Attawapiskat dont les plafonds sont munis de toile de plastique afin de limiter l’infiltration d’eau.
Photo: Agence Reuters Frank Gunn Ferlin, sept ans, est au nombre des 21 personnes qui habitent cette maison d’Attawapiskat dont les plafonds sont munis de toile de plastique afin de limiter l’infiltration d’eau.

Enfants couchant dans des logements sans chauffage à des températures sous zéro, jeune femme écrivant sa détresse extrême et sa dépendance aux drogues dures avant de mourir, les conditions de vie des autochtones ont finalement choqué l'opinion publique au cours de la dernière année.

Déjà, au mois de juin dernier, la vérificatrice générale du Canada Sheila Fraser affirmait juste avant de prendre sa retraite que le gouvernement fédéral avait échoué à mettre des mesures en place pour améliorer les conditions de vie des autochtones. En effet, constatait-elle, «un nombre disproportionné de membres de Premières Nations n'ont toujours pas accès au même titre que le reste de la population canadienne aux plus élémentaires des services».

On estime que 41 % des membres de Premières Nations, qui sont, rappelons-le, sous la responsabilité du gouvernement fédéral, obtiennent un diplôme d'études secondaires, contre 77 % des autres Canadiens. Et, fait révoltant entre tous, «plus de la moitié des réseaux d'approvisionnement en eau potable dans les réserves continuent de poser un risque pour la santé des personnes qui les utilisent. Dans un pays aussi riche que le Canada, déclarait Mme Fraser, un tel contraste est inacceptable».

Pourtant, c'est plus de six mois plus tard que les Canadiens semblaient découvrir avec stupéfaction les conditions de vie régnant dans la réserve ontarienne d'Attawapiskat, dont la pénurie de logements en plein hiver et le manque d'eau potable. Pour toute réponse à cette crise qui a nécessité l'intervention de la Croix-Rouge, le gouvernement fédéral, qui calcule l'argent investi dans la réserve au cours des dernières années, a mis Attawapiskat en tutelle.

Or, «il y a plusieurs Attawapiskat», rappelait début décembre le chef national des Premières Nations, Shawn Atleo, de passage à Ottawa.

La vérificatrice générale du Canada allait d'ailleurs plus loin dans son rapport. Au-delà des programmes existants, dit-elle, «un changement fondamental doit s'opérer». Il faut vaincre le manque de clarté concernant l'ampleur des services devant être offerts aux communautés autochtones, l'absence de fondement législatif garantissant ces services, et la pénurie d'organisations en mesure d'offrir ces services.

Le gouvernement fédéral et les gouvernements des Premières Nations, doivent, conclut-elle, «travailler ensemble pour améliorer le bien-être de ces collectivités».

Mais les Premières Nations vivent souvent repliées sur elles-mêmes, parfois dans des régions éloignées des grands centres. La pauvreté et la misère qui y règnent grandissent à l'abri des regards. Ainsi, au Québec, 25 % des enfants des Premières Nations vivent sous le seuil de la pauvreté, contre 10 % des enfants du reste de la population, selon les données de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.

C'est dans ce contexte que Québec a lancé son ambitieux plan Nord, vaste projet de développement des ressources naturelles du Grand Nord, qui gisent souvent en plein territoire autochtone.

L'approche du gouvernement du Québec consiste à négocier de nation à nation, voire, dans certains cas et certains dossiers, une communauté à la fois. Dans certaines communautés, on projette de redistribuer entre les membres certaines sommes consenties par des compagnies en guise de dédommagement pour l'exploitation des ressources.

Déjà, certains Innus de La Romaine ont alerté le député de l'ADQ, François Bonnardel, au sujet de chèques semblables qui ont été distribués par des conseils de bandes à la suite d'ententes avec Hydro-Québec, au moment du développement du barrage hydroélectrique. Le lancement des chantiers de ce barrage aurait amplifié la consommation de drogue chez les jeunes autochtones, disent-ils, et ces chèques pourraient en être la cause. Doit-on s'attendre à ce que ce genre de pratique se généralise avec l'avènement du plan Nord?

Quelque temps après cette controverse, Le Devoir publiait un poème d'une Inuite prénommée Minnie, morte quelques jours auparavant. «À douze ans je sniffais de l'essence, écrit-elle, à treize ans je priais Satan. [...] En même temps, je veux me droguer, mettre une aiguille dans mon bras, pour mourir...» Au sujet de la consommation d'alcool et de drogue des jeunes autochtones encore, les statistiques donnent froid dans le dos: 37,5 % des jeunes de 12 à 14 ans avaient consommé de l'alcool au cours de l'année précédant une enquête de l'APNQL, et 27,1 % avaient déjà consommé de la drogue. Chez les 12 à 17 ans, 22,3 % des jeunes disaient boire cinq verres ou plus lors d'une seule occasion, une ou plusieurs fois par semaine.

On ne pourra plus dire, en 2012, qu'on ne connaît pas les conditions de vie difficiles dans lesquelles vivent les Premières Nations au Canada et au Québec, même si, en général, les autochtones québécois, moins nombreux, vivent dans des conditions légèrement supérieures à ceux des autres provinces canadiennes. En Abitibi-Témiscamingue, la communauté algonquine de Lac-Simon a besoin de 300 logements supplémentaires. À Manawane, communauté attikamek du nord de Lanaudière, c'est 400 logements qui manquent au bien-être minimal de la communauté. Dans un tel contexte, on s'entasse souvent à 10 ou 12 par maison, jusqu'à ce que les maisons débordent. Par ailleurs, en 2003, 44 % des logements occupés par les autochtones du Canada avaient besoin de rénovations, selon Sheila Fraser. Le problème persistant des moisissures n'était pas résolu en 2006.

Les communautés autochtones connaissent en général une imposante explosion démographique. En 2006, près de la moitié des autochtones du Canada avaient moins de 25 ans. Auront-ils un toit dans quelques années?
14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 29 décembre 2011 06 h 26

    Où est la nouvelle ???

    "Déjà, au mois de juin dernier, la vérificatrice générale du Canada Sheila Fraser affirmait juste avant de prendre sa retraite que le gouvernement fédéral avait échoué à mettre des mesures en place pour améliorer les conditions de vie des autochtones."
    Mais où se trouve donc la nouvelle là-dedans ?
    Moi je n'y vois que routine pour le politique, que répétitions pour le journaliste, que constat de faits historiques pour les observateurs. Et qu'indifférence pour nombre de nous à force d'en attendre un espoir de changements...
    Le Canada est un pays incapable et sa majorité est insouciante lorsqu'il s'agit d'assurer les droits humains les plus fondamentaux de sa population la plus démunie, voilà la seule conclusion à laquelle peut mener toutes ces années, ces siècles, d'une misère concrètement sélective.
    Si le Canada avait la moindre fierté véritable, pour parvenir à trouver de vraies solutions, il prendrait à bras le corps et en même temps les deux besoins les plus élémentaires de ses minorités historiques : celui du développement économique durable et propre en régions éloignées et celui de la protection de la langue française. Mais ce pays-là n'identifie que des intérêts financiers comme digne d'être poursuive. Ceux-ci favorisant toujours ses plus puissants mais en soupoudrant de confort une population pour qu'elle trouve normale la permanence de la situation de ses plus mal pris.
    Dans leur majorité, les Canadiens vivent loin de ce qui normalement devrait leur faire honte. Quelques-uns ignorent où se trouvent les véritables problèmes de leur pays mais toutefois, selon moi, beaucoup se plaisent et se complaisent à regarder ailleurs. Dans ce pays, les autochtones en bave sans fin et les francophones disparaissent.
    L'objectif ne serait-il pas qu'à force de nier les urgences et de "tabletter" les solutions valables sous prétextes d'économie, les problèmes finissent par mourir d'eux-mêmes ?
    Ca m'en a bien l'air ...

  • Chantal_Mino - Inscrite 29 décembre 2011 07 h 14

    Et on parle d'évolution ... ???

    « Déjà,certains Innus de La Romaine ont alerté le député de l'ADQ,François Bonnardel, au sujet de chèques semblables qui ont été distribués par des conseils de bandes à la suite d'ententes avec Hydro-Québec,au moment du développement du barrage hydroélectrique.»

    Lorsque nos ancêtres ont mis les pieds dans ces terres à partir de Kébèk (Québec),ils ont rendu les amérindiens vulnérables et ont pris possession de leurs biens par du troc tel qu'avec des boissons alcoolisées et toutes sortes d'objets de curiosité (miroir, etc.) profitant de leur candidité et de leur méconnaissance.

    Il est vraiment décevant de voir que ceux qui nous représentent et gouvernent notre pays,majoritairement des blancs,n'ont aucunement évolué.Quand on donne de l'argent à des amérindiens en besoin pour leur voler encore leur terre au lieu de les aider à s'intégrer et à se développer avec nous comme peuple originaire de ce pays,j'ai vraiment honte d'être québécoise.Quand on met sous tutelle une réserve afin de cacher le fait qu'on a pas su leur venir en aide,j'ai vraiment honte d'être canadienne.

    Il est plus que temps que des gens des premières nations se présentent en politique dans notre province et notre pays afin de s'assurer de défendre,de représenter et de protéger les membres des premières nations à travers le pays.

    Vraiment,les dirigeants du Québec et du Canada n'ont aucun sens moral et profite encore aisément des gens vulnérables afin de s'enrichir et/ou d'enrichir des tits amis qui les feront travailler quand on les fichera en dehors de nos gouvernements.

    M. Jean Charest avec votre Plan Nord,votre façon de faire,votre laxisme,vos projets de lois et vos lois anti-démocratiques,et M. Stephen Harper,avec votre façon dictatoriale de gouverner,irrespectueuse d'une majorité de citoyens canadiens et de provinces,vous ferez certes partie de l'histoire,au même titre que les enfants de Duplessis.Pas de quoi à être fiers!

  • France Marcotte - Abonnée 29 décembre 2011 09 h 17

    Je t'écoute

    "Mais les Premières Nations vivent souvent repliées sur elles-mêmes, parfois dans des régions éloignées des grands centres."

    Est-ce vraiment ainsi qu'elles veulent vivre? On a parlé dernièrement d'économie de subsistance. Pour passer à une autre niveau d'économie, peuvent-elles demeurer isolées ou devraient-elles se regrouper? Le souhaitent-elles ou tiennent-elles, pour des raisons que nous ignorons au sud, à leur autonomie, à leur isolement?
    Désirent-elles à ce point ne pas vivre comme nous au sud, éviter tout contact, qu'elles préféreraient mourir plutôt que d'y être contraintes?
    Qui nous dira ce qu'elles désirent vraiment?
    Pourquoi quand on écrit un article comme celui-là ne laisse-t-on pas s'exprimer les dirigeants, les biens portants, ceux qui espèrent encore?

  • André Michaud - Inscrit 29 décembre 2011 09 h 51

    responsables?

    Des gens qui ont été dans des communautés autochtones me disent qu'ils ont vu ces gens mal entretenir, voir briser leurs logements lors de "brosses" et personne pour réparer ses dégâts...à la longue ça devient des taudis..

    Pas de fric pour réparer, mais pas de problème pour se payer leur toxicomanie...y' a un gros problème là!

    Trop facile de toujours blamer le "gouverne maman", les autochtones doivent devenir plus responsables et se prendre en main; études, travail..au-lieu de tout attendre du "gouverne maman".. Et c'est le même problème pour certains blancs aussi qui ne veulent ni étudier, ni travailler.

    Il faut que l'aide soit conditionnelle ,pour toute race , à se prendre en main sinon la situation se perpétuera..et qui paye toujours pour tout cela...les contribuables évidemment ! Ceux qui travaillent et agisssent en bon citoyen.