Procès Shafia: les crimes d'honneur expliqués en cour

Kingston, Ontario — Les «crimes d'honneur» témoignent d'un sentiment de perte de contrôle des hommes sur le corps des femmes, et les meurtres perpétrés au nom de l'honneur constituent une façon, pour une famille, de se débarrasser du malheur qui a terni sa réputation, selon une spécialiste appelée à la barre hier par les procureurs de la Couronne au procès de la famille Shafia.

Dans certaines cultures, surtout au Moyen-Orient, l'honneur prime la vie humaine, et cette notion est souvent évoquée dans les déclarations d'amour finales adressées aux victimes par les membres de la famille qui passent à l'acte, a témoigné Shahrzad Mojab.

Selon la spécialiste, la façon dont se comportent les femmes de la famille, surtout tout ce qui concerne leur relation avec les hommes et leur tenue vestimentaire, est un reflet du contrôle exercé par le père et le fils aîné de la famille, et leur honneur réside dans cette capacité à dominer la cellule familiale.

«Dans plusieurs des cas que j'ai étudiés, il y a toujours un plaidoyer, surtout de la part des pères, dans lequel il disent qu'ils aiment profondément leur fille et leurs enfants», a indiqué Mme Mojab.

Shahrzad Mojab a affirmé que si l'honneur de la famille est menacé, il est vu comme acceptable, voire prévisible, qu'un membre de la famille de sexe masculin tue une parente.

Mme Mojab est le dernier témoin de la Couronne dans le procès de Mohammad Shafia, de son épouse Tooba Yahya et de leur fils Hamed. Les trois accusés ont plaidé non coupable à quatre chefs d'accusation pour les meurtres prémédités des trois filles du couple, Zainab, Sahar, Geeti et de la première épouse de l'accusé, Rona Amir Mohammad.

Les «crimes d'honneur» ne sont pas l'apanage d'une religion en particulier, et s'ils sont souvent perpétrés par les hommes, les mères sont également impliquées à l'occasion, a souligné la spécialiste.

«La façon de gérer le fait que la famille a été déshonorée passe par l'effusion de sang, car il s'agit d'une façon de purifier le nom de la famille», a indiqué Mme Mojab.

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