Occupons Montréal - Les policiers poussent les indignés à plier bagage

La grande majorité des campeurs ont accepté de quitter volontairement le campement — non sans une certaine émotion, toutefois.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La grande majorité des campeurs ont accepté de quitter volontairement le campement — non sans une certaine émotion, toutefois.

Le rideau est tombé sur le campement des indignés du square Victoria. La police de Montréal a procédé hier matin au démantèlement du site qui était couvert de tentes depuis la mi-octobre. Pas de drame ni d'intervention musclée ici: l'opération s'est déroulée dans le calme, la grande majorité des campeurs acceptant de plier bagage volontairement.

Au final, une seule personne a été arrêtée: elle avait passé son bras autour du cou d'un policier qui lui tournait le dos. L'individu, qui était déguisé en Batman, a tenté de prendre la fuite, mais il a été rattrapé par une bonne dizaine de policiers avant même d'avoir parcouru cinq mètres. Une accusation de voie de fait contre un policier pourrait être déposée.

Quatorze personnes ont autrement été interpellées par les policiers. Elles ont toutes été relâchées sans accusation. Ce noyau dur de résistants s'était barricadé à l'intérieur de l'abri Tempo qui servait de cuisine aux indignés. «Menottés» — avec de la corde ou des attaches de type Ty-Rap —, ces manifestants ont été évincés après de longues discussions avec la police. Au Devoir, plusieurs policiers ont confié avoir reçu la consigne de privilégier la négociation et d'éviter les arrestations autant que possible.

Le départ du dernier indigné accroché à l'abri Tempo a signé la fin officielle du campement. Il était environ 12h15, trois heures après que les forces de l'ordre eurent indiqué par mégaphone que le square Victoria était désormais fermé pour cause de sécurité publique. L'opération complétée, les cols bleus de la Ville ont immédiatement investi le site pour procéder au nettoyage. Les objets récupérables ont été consignés par la Ville, qui indiquera mardi où il sera possible de les récupérer.

L'opération policière n'a surpris personne au campement: au petit matin, tous avouaient sentir que la fin approchait. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, avait enjoint aux indignés de quitter le site volontairement plus tôt cette semaine. Mercredi, la Ville avait distribué à tous les occupants des avis indiquant que les règlements de la Ville (tous les parcs sont fermés entre minuit et 6h, pas d'installations permises sur le domaine public) seraient désormais appliqués.

Le maire s'est dit «satisfait» de la fin de l'occupation. «La plupart [des indignés] ont fait preuve du même esprit de collaboration qui les a guidés tout au long de leur occupation et ont quitté volontairement les lieux», a-t-il déclaré dans un communiqué.

«Occupy 2.0»

«Les gens étaient attachés au campement, c'était devenu un symbole, indiquait vers 7h30 Kristian Gareau, un des indignés. Mais c'était peut-être devenu un peu lourd à gérer sur le plan organisationnel. Les médias ont amplifié les problèmes d'itinérance et de toxicomanie qu'on a vécus, mais c'est vrai que ce n'était pas toujours facile. Alors on passe aujourd'hui à "Occupy 2.0", avec des actions diverses dans les prochains jours pour montrer que le mouvement n'est pas mort.»

Les indignés doivent se réunir aujourd'hui pour décider de la suite du mouvement. Croisé sur le site peu avant le début de l'intervention policière, le député Amir Khadir soutenait que «ce n'est pas parce que des tentes vont être levées ici, ou que M. Labeaume a expulsé les gens à Québec, que ça achève. L'idée qu'on n'a pas à accepter ce monde arrive dans la tête de bien des gens», disait le porte-parole de Québec solidaire.

Autre indigné, Nabil Codsi affirmait lui aussi que «c'est la fin d'une phase, sans plus. On a planté chez les gens l'idée qu'il est possible de s'indigner en dehors des façons traditionnelles qui n'aboutissent pas. Maintenant que c'est implanté, ça ne peut qu'être étoffé, croit-il. Ça va prendre d'autres formes. L'idée essentielle de vouloir améliorer la société dans laquelle on vit va faire son chemin». Ce même message était essentiellement repris par la plupart.

Dans ses dernières heures de vie, le campement d'Occupons Montréal avait des airs de lendemain de veille. La neige fondue avait rendu le sol extrêmement boueux. Plusieurs tentes étaient abandonnées, leur toile battant au vent humide de ce vendredi matin. Les derniers indignés écoulaient le temps en chantant Can't Buy Me Love ou Get Up, Stand Up en grimpant aux arbres, en multipliant les accolades collectives ou en partageant un dernier café ou repas — pâtes garnies d'olives au déjeuner — dans le coin-cuisine.

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