Jacques Duval a mis un frein à l'anglophonie automobile

Martine Letarte Collaboration spéciale
Jacques Duval, analyste dans le domaine de l’automobile <br />
Photo: Rémy Boily Jacques Duval, analyste dans le domaine de l’automobile

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix du Québec 2011

Jacques Duval a commencé sa carrière à la radio en 1951. Si peu de gens se souviennent des nombreux tournants de son parcours singulier, sa renommée comme journaliste, analyste et auteur dans le domaine de l'automobile est incontestable. «Quand j'ai commencé, on parlait de strap, de fan et de brake. J'ai toujours eu un soin très particulier pour la langue française. J'essayais d'utiliser le bon terme même si les gens ne comprenaient pas au départ. Dans la première édition du Guide de l'auto [en 1967], j'ai mis un lexique pour que les gens s'y retrouvent», raconte Jacques Duval en entrevue au Devoir.

Il demandait conseil à l'Office québécois de la langue française chaque fois qu'une compagnie sortait un nouveau terme. «J'ai même été invité à des réunions pour aider les gens de l'Office à trouver le bon terme français», précise M. Duval.

Ce prix pour la promotion de la langue française est un grand honneur pour Jacques Duval, un autodidacte. «C'est ce dont je suis le plus fier dans ma carrière. Imaginez ce que cela représente pour moi. J'ai arrêté l'école en 11e année. J'ai fait beaucoup de chemin pour en arriver là.»

Très jeune, Jacques Duval voulait déjà faire carrière dans les médias. «Je lisais les journaux dans un talkie-walkie comme si je lisais un bulletin de nouvelles. J'ai fait mon éducation en lisant les journaux», affirme-t-il.

La chanson française y est aussi pour beaucoup. «J'étais un maniaque, s'exclame-t-il. J'écoutais les chansons et chaque fois qu'il y avait un mot que je ne connaissais pas, je fouillais dans le dictionnaire.»

Les efforts de Jacques Duval ont porté leurs fruits, puisqu'en 1951, alors qu'il avait 16 ans, il a remporté un concours de radio amateur à Québec. Il s'est ensuite fait offrir un emploi à la station de Québec CKCV. «J'ai tout de suite demandé d'animer une émission consacrée à la chanson française. J'en ai eu deux: Paris chante, les jours de semaine, et France dimanche.»

Quelques semaines après son arrivée à la station, il a couvert le défilé de la princesse Élisabeth (elle n'était pas encore reine à l'époque), en visite à Québec. «Des échauffourées l'ont retardée. Je devais parler deux minutes, mais j'ai finalement dû tenir 40 minutes! Je ne connaissais pas beaucoup les tenants et aboutissants du gouvernement et de la monarchie. J'ai appris à la dure.»

Ce choix de carrière ne faisait pas l'affaire de ses parents. «Ils voulaient que je devienne directeur de banque. Ils trouvaient que la radio ne faisait pas très sérieux. Ma mère s'est même rendue à Montréal pour rencontrer Miville Couture, grand animateur à Radio-Canada. Elle lui a demandé si je pouvais vraiment faire carrière à la radio. Il lui a dit oui, si je continuais à m'instruire par moi-même.»

À l'époque, la qualité de la langue était essentielle pour faire carrière à la radio. «Il fallait avoir une bonne diction, un bon vocabulaire. Il n'y avait pas d'écarts de langage», explique Jacques Duval.

L'animateur est resté deux ans à CKCV, puis il est allé à CKVL, à Verdun. «C'était une station archipopulaire avec d'importantes têtes d'affiche comme Jacques Normand et Roger Baulu. Tous les artistes passaient aussi à la station. J'étais émerveillé de voir tous ces gens.»

Rapidement, il a eu son émission quotidienne: Le club du disque canadien. «C'était l'époque où plusieurs grands chanteurs québécois prenaient leur envol, comme Ginette Reno», indique Jacques Duval.

Il écrivait également dans les journaux de CKVL. Puis, lorsque la télévision privée est arrivée avec le canal 10 (TVA aujourd'hui), il a animé différentes émissions. Il a aussi lancé sa chronique Le cimetière du disque. «Les artistes marchaient sur des charbons ardents. Ils avaient peur de passer à la moulinette. Ç'a donné des cotes d'écoute incroyables», se souvient M. Duval.

Bifurcation vers l'automobile

Dans le restaurant de CKVL, Jacques Duval a mis sur pied avec un ami un numéro de télépathie. Des artistes ont passé le mot et le duo s'est fait inviter à des émissions de télévision. «Ç'a duré quatre ou cinq ans. Ça marchait énormément et nous étions payés très cher pour ce numéro. C'est ce qui m'a permis d'acheter ma première voiture de course. Ç'a été la passion instantanée», affirme M. Duval.

Il s'est mis à remporter différentes courses. Il a même été le premier Canadien à remporter une victoire internationale en terminant premier dans la catégorie GT aux 24 heures de Daytona, en 1971. «Mon nom circulait. Dès qu'il y avait une nouvelle sur le monde automobile, on m'appelait pour commenter», indique Jacques Duval, qui a été intronisé en mai au Temple de la renommée du sport automobile canadien.

Il a ensuite tenu une chronique automobile à Jeux d'hommes, une émission animée par Jean-Pierre Coallier, à TVA. Il a ensuite eu, dès 1966, son émission hebdomadaire à la télévision de Radio-Canada: Prenez le volant. Puis, en 1967, il lançait le premier Guide de l'auto. Il a ensuite accepté de devenir chroniqueur automobile pour La Presse. Son horaire était rendu intenable. Il a finalement quitté CKVL, après 15 ans, pour se concentrer sur l'automobile.

Jacques Duval n'a jamais manqué de travail, mais il a traversé quelques années difficiles. «En 1984, j'ai tout abandonné. J'avais une hernie discale depuis un accident sur une piste de course au début des années 70. Ç'a avait beaucoup dégénéré. J'ai été opéré trois fois sans succès. J'ai essayé toutes sortes de choses pour me guérir, sans résultat. Je suis tombé en dépression. Je ne pouvais plus m'asseoir. Je suis alors devenu porte-parole pour Ford.»

Il a ensuite combattu un cancer de la prostate en 1990. Puis, en 1992, Jacques Duval est retourné à l'écriture et à l'analyse.

En août dernier, L'auto 2012 a été lancé. Il est coauteur de cette série de livres qui a démarré avec L'auto 2009. Il signe aussi des chroniques dans La Presse et participe à différentes émissions. Maintenant grand-père et arrière-grand-père, il souhaite travailler moins.

«Mes enfants me harcèlent d'ailleurs! J'aimerais profiter de la retraite avant qu'il ne soit trop tard, mais je ne veux pas cesser complètement de travailler. L'automobile est encore une passion.»

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Collaboratrice du Devoir