Le commentateur Don Cherry refuse son doctorat honorifique

Le controversé commentateur Don Cherry n'aura finalement pas de doctorat honoris causa du Collège militaire royal du Canada (CMRC): prenant acte de la contestation soulevée par sa nomination, M. Cherry a décliné l'offre de l'établissement qui devait l'honorer le 17 novembre.

La nouvelle a été éventée dans le Toronto Sun samedi: le collège l'a ensuite confirmée par communiqué, avant que Don Cherry n'en fasse mention dans sa chronique «Coach's Corner», présentée durant l'émission Hockey Night in Canada, sur les ondes de CBC.

M. Cherry a justifié sa décision en affirmant craindre que sa présence à la collation des grades crée un «cirque» qui ferait invariablement de l'ombre aux deux autres personnes qui recevront un doctorat honorifique ce jour-là.

L'animateur Ron MacLean lui a alors dit qu'il devrait y aller, «peu importe ce que les gens disent». «Votre mère a travaillé au collège, les gens vous aiment à Kingston. Vous méritez ce doctorat», a soutenu M. MacLean. Le Sénat du CMRC, l'organe qui choisit les candidats, a quant à lui «accueilli cette décision personnelle avec regret».

Selon le recteur du collège, Joel Sokolsky, «l'octroi d'un grade honoris causa à M. Cherry en reconnaissance de son oeuvre caritative incroyable et de son appui exceptionnel au personnel des Forces canadiennes aurait représenté un honneur et un privilège pour notre université».

Cette opinion n'était toutefois pas partagée par tous. Révélée par Le Devoir mercredi dernier, la nouvelle de l'octroi d'un doctorat à M. Cherry a suscité plusieurs critiques à travers le pays. Réunis en assemblée générale le jour même, les professeurs du collège militaire ont adopté à près de 80 % une motion dénonçant le choix du Sénat de décorer M. Cherry.

La professeure de langues Catherine Lord a notamment rappelé dans une lettre que «Don Cherry a exprimé à maintes reprises haut et fort son mépris envers plusieurs groupes de la population canadienne, notamment les francophones, les homosexuels et les immigrants». Elle estimait que la décision du collège minerait la réputation du CMRC et enverrait un mauvais message aux étudiants des minorités visées par les déclarations passées de M. Cherry.

Ce dernier s'est distingué au fil des ans par des déclarations qui lui ont valu de sérieuses critiques — sans que son rôle à la CBC soit toutefois remis en question par la société d'État. Il a déjà qualifié les joueurs québécois de «pleurnicheurs» et a affirmé qu'ils étaient «moins courageux» parce qu'ils portent en plus grand nombre une visière protectrice, comme les Européens. En 1993, il avait lancé que les anglophones de Sault Ste. Marie «parlent la bonne langue».

M. Cherry s'est aussi signalé cette année en qualifiant de «renégats», d'«hypocrites» et de «salauds» trois ex-bagarreurs qui tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme sur les impacts physiques et psychologiques des bagarres. Il utilise par ailleurs régulièrement sa chronique à CBC pour exprimer son appui aux forces armées canadiennes.

Il s'agit de la deuxième fois qu'un choix du Sénat du CMRC pour un diplôme honoris causa est contesté. Il y a cinq ans, c'est le gouvernement conservateur qui avait bloqué la nomination du général américain Anthony Zinni, jugé trop critique de l'ex-secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld.

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