Entente de Sainte-Croix: l'opposition de l'abbé Gravel est dénoncée

L'un des principaux instigateurs du recours collectif contre la Congrégation de Sainte-Croix, Robert Cornellier, dénonce le mépris affiché par l'abbé Raymond Gravel à l'égard des victimes.

Après que la Congrégation eut conclu une entente à l'amiable de 18 millions de dollars avec les victimes d'agressions sexuelles survenues dans les écoles administrées par les Sainte-Croix, Raymond Gravel a crié à l'injustice dans les médias.

M. Gravel a dénoncé le pouvoir «pernicieux» de l'argent dans la page forum de La Presse et dans les médias électroniques. Il a laissé entendre que les avocats voulaient faire des victimes «des prostitués» à qui on fait miroiter des indemnisations de 10 000 $ à 250 000 $ pour des sévices subis durant leur adolescence.

Il s'est opposé à l'entente «parce qu'elle ne règle aucunement la problématique de la pédophilie et elle crée une injustice envers les 95 % des religieux de cet ordre» qui ont travaillé toute leur vie sans avoir rien sur la conscience. «Faire payer à tous ces religieux les écarts de conduite de certains d'entre eux, c'est non seulement injuste, mais inacceptable», écrivait-il le 19 octobre dernier.

L'abbé Gravel concluait en banalisant l'importance de la pédophilie au sein de l'Église catholique, en rappelant que dans l'histoire de nos familles, la pédophilie fait «même des ravages chez nos proches et nos parents».

Au nom du comité des victimes du collège Notre-Dame, Robert Cornellier répond aujourd'hui à l'abbé Gravel dans notre page Idées. «C'est le monde à l'envers. Les responsables deviennent les victimes. Les victimes deviennent les responsables. Quel mépris envers tous ces hommes qui ont été agressés au cours de leur enfance! Vous banalisez leur histoire. Vous tentez de les victimiser à nouveau», écrit-il.

Selon Robert Cornellier, il est temps que l'Église catholique «affronte les conséquences de sa culture du silence». Pendant plus de 40 ans, les agressions dans les écoles des Sainte-Croix ont été cachées et les agresseurs ont été transférés d'une école à une autre pour éviter d'éveiller la suspicion. Ils ont bénéficié «du silence complaisant des autorités de la Congrégation de Sainte-Croix», dénonce M. Cornellier.

Le diocèse de Joliette, au sein duquel Raymond Gravel exerce ses fonctions de prêtre, refuse de commenter l'affaire. Le texte publié par Raymond Gravel «reflète ses opinions personnelles», a expliqué le directeur des communications du diocèse, Gilles Ferland.
3 commentaires
  • Alain Lajoie - Abonné 26 octobre 2011 06 h 24

    L'abbé a plutôt raison

    Je suis en désaccord avec celui qui dénonce l'abbé Gravel. Ce dernier ne dit pas qu'il ne faille rien faire pour les victimes. Il n'encourage pas les pédophiles non plus. Je comprend plutôt qu'il dénonce le fait que toute la communauté religieuse doive payer pour les délinquants. Dans le monde civil, ce n'est pas toute une famille qui paie pour un de ses membres coupable d'un acte criminel mais l'individu lui-même. Il est vrai que tous les religieux ne sont pas pédophiles et à ce titre, il est dommage que tous doivent payer pour les crimes commis par certains. Par contre, comment agir envers ces coupables? Leurs biens font partie de la communauté alors il faut bien que les compensations viennent de quelque part.

  • Bernard Terreault - Abonné 26 octobre 2011 11 h 18

    C'est la marchandisation du malheur qui m'agace

    Recevoir une compensation monétaire n'efface pas le mal qui a été fait à ces enfants. D'anciens élèves qui n'ont subi aucun sévice pourraient être tentés de prétendre en avoir subi rien que pour "avoir leur part du gÂteau".

  • Yvon Bureau - Abonné 26 octobre 2011 12 h 54

    Occupons Silent Street

    Aux deux ans, tout prêtre et tout religieux devraient à avoir à remplir un questionnaire pour faire le point sur l'état de sa sexualité vécue, et à le remettre à ses supérieurs. Avec un point touchant la pédophilie; pour se dénoncer, pour dénoncer, pour demander psychothérapie intense…

    Même plus, s'il a passé à l'acte honteux de la pédo, se retirer de l'Église, se dénoncer à la police. Par amour pour son Église. Pour celui des enfants.

    Dans ce dossier, et si les coupables religieux s'unissaient pour se dénoncer, affronter le destin de l'accusation, pour relever le défi de la demande du pardon, pour bonifier personnellement l'aide aux victimes ...?