Montréal se joint au mouvement mondial des «indignés» - Démocratie dans la rue à la «place du Peuple»

Les manifestants ont envahi samedi le square Victoria, à Montréal, afin de se joindre à la vague mondiale de protestation.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les manifestants ont envahi samedi le square Victoria, à Montréal, afin de se joindre à la vague mondiale de protestation.

Une cinquantaine de tentes ont poussé durant la fin de semaine au square Victoria, rebaptisé «place du Peuple» par les indignés montréalais qui développent rapidement un sens de la communauté.

Environ 250 personnes ont passé l'après-midi d'hier à débattre de la gouvernance d'Occupons Montréal. Le mouvement a opté pour une représentation démocratique, avec vote à main levée, mais il préfère de loin la recherche de consensus.

L'exercice de la démocratie participative n'est pas de tout repos. Les indignés ont mis une heure à s'entendre pour tenir une assemblée quotidienne à 18h en semaine et à 13h les week-ends. Travail de jour, études, travail de nuit: concilier les préoccupations des uns et des autres n'était pas une mince affaire.

Les indignés ont passé deux épreuves autrement plus difficiles lorsque des participants ont voulu interdire les drapeaux (celui des Patriotes flotte sur la statue de Victoria) et les symboles militaires et paramilitaires. Occupons Montréal sera inclusif ou ne sera pas, ont jugé les participants. Seuls les comportements violents ou irrespectueux ne seront pas tolérés.

Le camp de fortune comprend déjà une cuisine populaire, un centre de dons où s'empilaient les couvertures et les chandails chauds, et des indications pour trouver les toilettes publiques les plus proches. Des patrouilles sont même organisées la nuit.

Dereck, étudiant au cégep, est tout simplement emballé par ce sens de la collectivité, ce contact humain qui fait défaut dans la culture numérique. «J'ai beau avoir quatre colocs, le côté humain n'est pas présent. On est tous sur nos ordis, enfermés dans nos bulles. Ici, c'est chaleureux», dit-il.

Stéphanie, chercheuse en raccrochage scolaire, partage ce sentiment. «Même s'il n'y a pas encore de revendication claire, on s'organise et on montre que c'est possible de faire les choses autrement. Il y a un sentiment d'empowerment. Chacun a sa place, chacun peut avoir son influence», explique-t-elle.

Occupons Montréal est unique dans l'histoire récente des mouvements sociaux. Plusieurs groupes y sont représentés, mais aucun ne semble imposer son programme, pour le moment. Samir (Décolonisons Montréal) est un habitué des mouvements de protestation. Il reconnaît presque tout le monde lorsqu'il se rend à une manifestation. Au square Victoria, il est en terrain moins familier.

Les frontières entre la gauche et la droite sont moins claires qu'elles n'y paraissent. Les francophones font la traduction simultanée aux anglophones (et vice-versa). Des diplômés de deuxième cycle universitaire côtoient les décrocheurs du système. Le collectif est résolument individualisé, sans être individualiste. Personne n'est contraint de s'effacer au profit du groupe ou d'un leader charismatique. Au contraire, les parcours identitaires les plus variés se croisent et s'entremêlent. «Occupons Montréal, ce n'est pas nous, c'est moi», a résumé une participante. Tous ces «moi» s'additionnent pour former un «nous» aux revendications encore incertaines.

«L'idée, c'est d'occuper un espace pour ouvrir un espace de revendication», dit Jean-Sébastien, un étudiant en sciences politiques à l'UQAM qui est particulièrement sensible à l'injustice sociale inhérente au capitalisme. «J'ai une job, je suis aux études, mais je sais que mon confort est possible à cause de l'exploitation dans d'autres pays. Le prix des jeans que je porte, c'est pas leur prix réel.»

Succès planétaire


Les excès de la finance et les inégalités sociales sont à la base du mouvement des indignés, qui s'est propagé partout dans le monde samedi.

Cet engouement planétaire a provoqué une montée de fièvre à New York, où les indignés occupent le parc Zuccotti depuis le 17 septembre. Au moins 92 personnes ont été arrêtées hier, dont 45 lors d'une manifestation à Times Square. Plus d'un millier de personnes ont rempli le Washington Square dans la nuit de samedi à hier avant d'être dispersées par les policiers. Quatorze personnes ont été arrêtées. À Chicago, on rapportait 175 arrestations au parc Grant, que les manifestants ont refusé de quitter lors de sa fermeture à 23h.

Des affrontements majeurs ont eu lieu à Rome, où des casseurs ont saccagé des vitrines et incendié des voitures. Une douzaine de personnes ont été arrêtées. La police italienne a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

À Londres, le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, était au nombre des manifestants. Il a promis une campagne de WikiLeaks contre les institutions financières dans les prochains mois. «Le système bancaire de Londres est le bénéficiaire d'argent issu de la corruption», a-t-il scandé.

Dans la plupart des villes participantes, les manifestations se sont déroulées dans l'ordre, y compris à Toronto, où le spectre des arrestations de masse, dans le cadre du G20, planait sur l'organisation.

Des appuis à l'ONU

Entre-temps, le mouvement des indignés continue de récolter des appuis. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a invité les dirigeants du monde à les «écouter».

«Depuis l'aube du printemps arabe, les jeunes du monde entier ont pris les rues, exigeant davantage de possibilités de participer à la vie économique et politique», a-t-il déclaré à l'ouverture de la 125e Conférence de l'Union interparlementaire (UIP), réunissant 1200 délégués de 130 pays, à Berne.

«Laissez-nous les écouter, de peur que les prochaines décennies ne soient marquées par une instabilité et une aliénation qui sapent nos perspectives de paix, de sécurité et de prospérité pour tous», a-t-il ajouté.

Au Canada, le gouverneur de la Banque centrale, Mark Carney, a déclaré sur les ondes de la CBC que les protestations étaient «entièrement constructives». Les décideurs publics ne pourront faire l'économie d'une réflexion devant cette montée légitime de l'insatisfaction, a-t-il dit.

M. Carney voit l'expansion du mouvement au Canada comme un défi à relever. Elle rend «encore plus tangibles» les défis auxquels sont confrontés l'économie et les décideurs pour accoucher d'une réforme de la finance.

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Avec La Presse canadienne et l'Agence France-Presse
 
18 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 17 octobre 2011 00 h 22

    Indignons-nous citoyens du monde

    Indignons-nous

    Il nous appartient de veiller tous ensemble a ce que notre societe reste une societe dont nous soyons fiers; pas cette societe ou les medias sont entre les mains des nantis.

    Indignons-Nous

    Le pouvoir de l'argent n'a jamais ete aussi grand, insolent, egoiste. Les banques desormais se montrent d'abord soucieuses de leurs dividendes, et des tres haut salaires de leur dirigeants, pas de l'interet general.

    Indignons-nous

    L'ecart entre les plus pauvres et les plus riches n'a jamais ete aussi indescent; et la course a l'argent, la competition, autant encouragee. On ne peut laisser cet ecart se creuser encore. Ce constat seul doit susciter un engagement.

    Indignons-nous

    L'actuel dictature internationale des marches financiers menace la paix et la democratie.

    Indignons-nous

    L'indifference est la pire des attitudes; en vous comportant ainsi, vous perdez l'une des composantes essentielles qui fait l'humain soit la faculte d'indignation et l'engagement qui en est la consequence.

    Indignons-nous

    Il ne faudrait pas ex-asperer, il faudrait es-perer. L'exasperation est un deni de l'espoir.

    Indignons-nous

    L'etat de notre planete ne suscite-il pas un engagement de notre part.

    Indignons-nous

    L'interet general doit primer sur l'interet particulier, le juste partage des richesses creees par le monde du travail primer sur le pouvoir de l'argent. On doit proposer une organisation rationnelle de l'economie assurant la subordination des interets particuliers a l'interets general et affranchie de la dictature professionnelle instauree a l'image des etats fascistes.

  • Yves Corbeil - Inscrit 17 octobre 2011 00 h 22

    La suite

    Indignons-nous

    Une veritable democratie a besoin d'une presse independante, on le sait et on l'exige, "la liberte de la presse, son honneur et son independence a l'egard de l'etat, des puissances d'argent et de influences etrangeres" on la defends.

    Indignons-nous

    Les responsables politiques, economiques, intellectuels et l'ensemble de la societe ne doivent pas demissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationnale des marches financiers.

    Indignons-nous

    Nous sommes responsables en tant qu'individus, il faut s'engager au nom de sa responsabilite de personne humaine.

    Indignons-nous

    "CREER, C'EST RESISTER. ET RESISTER, C'EST CREER."

  • Matemiste - Inscrit 17 octobre 2011 06 h 42

    Une fois éveillé, on ne peut plus jamais prétendre être endormi. On doit avoir l'honneur d'appliquer ce que l'on sait

    J’appuie Occupons Montréal parce qu'il recherche la vérité pour qu'elle nous serve a progresser vers le rétablissement de la morale en politique et en finance, vers le progrès.

    “ La recherche de la vérité doit être le but de notre activité : c’est la seule fin qui soit digne d’elle. ” Henri Poincaré

    “ La croyance absurde dans l’autorité est le pire ennemi de la vérité. ”
    Albert Einstein

    "C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas." -Victor Hugo

    À cela j'ajoute maintenant que le genre humaine parle aussi, la politique doit être sa tribune, pas celle du corporatisme qui se suffit à lui même sans écouter: http://t.co/AgCm1KAT

    Avec beaucoup de gratitude envers ceux qui ont le courage d'Occuper Montréal et le monde pour notre bien à tous.

    Stéphann Coulombe
    Indigné

  • Christian PHILIPPE - Inscrit 17 octobre 2011 06 h 51

    1789 c'est simple pourtant!

    Pourquoi nos dirigeants s'attachent-ils à ce qu'on n'enseigne plus l'Histoire dès le plus jeune âge ni les "Humanités" ensuite qui s'y insèrent. C'est que cela gène leurs démagogies, on va comprendre ici pourquoi? Si bons nombres des jeunes interrogés sentent mais ne savent pas pourquoi ils sont "indignés", qu'ils reprennent les conditions politiques et sociales de 1789 en France, les cahiers des Etats Généraux puis les discours des députés de la "Constituante" pendant et après 1789. Qu'ils relisent les fondements évoqués par ceux-ci, qui ont simplement donné les DROITS DE L HOMME pour l'humanité. En comparant, ils comprendront vite qu'aujourd'hui tout a été dévié pour revenir aux systèmes des privilèges . La noblesse française bourrée de passe droits a été décapitée, elle est revenue aujourd'hui internatinale avec la technocratie politicienne et tous les médias soumis d'une manière ou d'une autre, le clergé riche d'alors a été décapité il est revenu aujourd'hui avec le Dieu Argent de la haute finance globalisée, Vatican à Wall Street!
    Le Tiers état des philosophes des Lumières lui aussi "indigné" alors, a conseillé un changement serein oui, on ne l'a pas écouté, alors les sections "indignées" des faubourgs ont du manisfester pour un changement moins serein, pas écoutées toujours! Rien de "démocratique" n'a malheureusement suffit, alors les piques, les lanternes et la guillotine plus"indignées" du tout et donc moins sereinement alors, ont du prendre le relai. Elles ont du faire le ménage à grande eau par force, quelque peu "rougie. Les privilégiers aujourd'hui, comme en 89 drogués de pouvoirs personnels, n'ont pas encore compris qu'ils ne donnent plus ni le choix ni le temps, ni aux masses besogneuses ni à la moindre intelligence, d'attendre la mondialisation de l'absurdité. Cette aristocratie mafieuse mérite alors un bon coup de pied aux fesses et sans culottes tout autant et .... "ça ira, ça ira" peut

  • Débrouillard - Inscrite 17 octobre 2011 08 h 02

    NOUS Y SERONS AUSSI

    Bien que nous soyons de la génération baby-boomer plusieurs d'entre-nous se joindront à vous, les INDIGNÉS.

    Voici un extrait du livre "La Danse des grands-mères" de l'auteure Clarissa Pinkola Estès:

    ELLES REVENDIQUÈRENT UNE PLACE AU SEIN DE LEUR SOCIÉTÉ, ESSENTIELLEMENT LA PLACE QU'ELLES DÉSIRAIENT, CAR ELLES N'ATTENDIRENT PAS QU'ELLE VIENNE DE LA FAMILLE OU DE LA CULTURE, ELLES NE CHERCHÈRENT PAS À SUPPLIER OU À CAJOLER QUI QUE CE SOIT POUR L'OBTENIR. ELLES DIRENT : "ME VOILÀ. SI VOUS VOULEZ ÊTRE PROCHE, RESTEZ AUPRÈS DE MOI. SINON, RESTEZ LÀ OÙ VOUS ÊTES, CAR NOUS ALLONS DE L'AVANT.

    Plusieurs d'entre nous, hommes ou femmes, n'avont pas passer notre temps à gémir. Dans ce contexte "désorienté" temporairement il a suffi parfois d'ouvrir les bras pour que les gens s'y précipitent.

    Bravo aux INDIGNÉS,
    Débrouillard