Des victimes de prêtres pédophiles veulent que la CPI poursuive le Vatican

Les victimes accusent le pape et d’autres responsables ecclésiastiques d’avoir toléré le camouflage des crimes.
Photo: Agence Reuters Giorgio Benvenuti Les victimes accusent le pape et d’autres responsables ecclésiastiques d’avoir toléré le camouflage des crimes.

Cité du Vatican —Des victimes de prêtres pédophiles ont déposé une plainte devant la Cour pénale internationale (CPI) contre le pape et d'autres responsables de l'Église catholique pour «crime contre l'humanité», a annoncé hier l'association d'anciennes victimes SNAP.

Des dirigeants de SNAP, assistés par des avocats de l'ONG américaine Center for Constitutional Rights, ont présenté une «requête de déclaration de compétence juridictionnelle» auprès de la CPI, selon un communiqué de l'association.

Ils accusent ces responsables du Vatican d'«avoir toléré et rendu possible le camouflage systématique et largement répandu de viols et crimes sexuels contre des enfants dans le monde entier».

Au pape, s'ajoutent sur la liste de SNAP trois cardinaux exerçant ou ayant exercé des responsabilités de premier plan à la Curie: le secrétaire d'État et numéro deux du Saint-Siège, l'Italien Tarcisio Bertone, son prédécesseur Angelo Sodano, également Italien, et le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l'Américain William Levada, qui a succédé à ce poste à Joseph Ratzinger lorsque ce dernier a été élu pape, devenant Benoît XVI.

Interrogé sur cette plainte, le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, n'a pas souhaité faire de commentaires.

À leur plainte, les dirigeants du SNAP ont adjoint 10 000 pages qui documentent les affaires de pédophilie, a précisé le communiqué de l'association basée aux États-Unis.

Des membres de SNAP venant d'Allemagne, des États-Unis, des Pays-Bas et de Belgique —- quatre pays touchés par le scandale pédophile dans l'Église —- sont allés à La Haye demander que ces poursuites soient ouvertes contre le pape et trois autres hauts responsables de l'Église catholique «pour leur responsabilité directe en tant que supérieurs hiérarchiques».

«Des crimes contre des dizaines de milliers de victimes, pour la plupart des enfants, ont été camouflés par les responsables au plus haut niveau du Vatican. Dans ce cas, tous les chemins mènent à Rome», a affirmé l'avocate du CCR, Pamela Spees, citée par le communiqué de SNAP.

Une association ne peut pas déposer de plainte à proprement parler devant la CPI, mais une «communication». Depuis l'entrée en fonction de la CPI en 2002 à La Haye, le bureau du procureur en a reçu plus de 8000.

Plaintes négligées

Dans le passé, des évêques, et, dans certains cas, le Vatican, ont rejeté ou négligé de nombreuses plaintes déposées par des victimes de prêtres et religieux pédophiles, mutant les coupables ou les protégeant. Le scandale a discrédité l'Église dans plusieurs pays d'Europe, même si une petite minorité de prêtres était coupable.

Le pape Benoît XVI a exprimé sa honte et demandé pardon, prônant la tolérance zéro à l'égard des pédophiles. Il a demandé aux évêques du monde entier, qui ont la première responsabilité de leurs prêtres, une pleine collaboration avec les instances judiciaires pénales.

SNAP ne croit pas à cette volonté de transparence et de justice, et n'a pas modéré ses accusations. L'organisation a entrepris hier une tournée d'information qui la conduira à Amsterdam, Bruxelles, Berlin, Paris, Vienne, Londres, Dublin, Varsovie, Madrid et Rome, pour y «porter sa plainte aux portes du Vatican».

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