Le Grand Débarras de HoMa

En plus d’accessoires créés à partir de ceintures de sécurité de voitures, ChikiboOm conçoit des boucles d’oreille avec des rubans à mesurer et des montres dont le bracelet est en cuir recyclé.
Photo: Christian Blais En plus d’accessoires créés à partir de ceintures de sécurité de voitures, ChikiboOm conçoit des boucles d’oreille avec des rubans à mesurer et des montres dont le bracelet est en cuir recyclé.

Loin, très loin de la clinquante portion de l'artère du centre-ville où les boutiques griffées font enfler les comptes Visa, la rue Sainte-Catherine voit sa promenade du quartier Hochelaga-Maisonneuve s'animer tout le week-end pendant son Grand Débarras, une fête annuelle célébrant la consommation responsable et l'artisanat.

Cette belle nature, les écocréateurs y ont goûté lors du Grand Débarras de l'été dernier. Il est tombé des cordes tout le samedi pendant qu'ils essayaient de protéger leurs bijoux et leurs vêtements, et le lendemain, pas le choix d'annuler. «Météo Média annonçait une tempête de pluie», se rappelle Félix Marcuzzo-Noël, créatrice de ceintures et de bracelets pour ChikiboOm.

Si la tendance se maintient, il y aura du soleil mur à mur cette fin de semaine sur Sainte-Catherine Est, et Félix rejoindra la soixantaine de créateurs qui prennent part à la foire commerciale et écolo du quartier.

Ils sont d'ailleurs le coeur même de cette cinquième édition du Grand Débarras, l'un des rares événements du genre à braquer les projecteurs sur le travail de ces artisans dont les détritus forment la matière première.

Si le but principal de l'activité, chapeautée par la Société de développement commercial de la Promenade Sainte-Catherine Est, est de promouvoir l'engagement social et la ville équitable qu'est devenu en 2009 l'arrondissement Hochelaga-Maisonneuve, elle offre une vitrine inespérée pour ses exposants mus par ce même désir de s'impliquer dans la communauté.

«Les produits verts n'ont déjà pas une grande visibilité. Les gens qui viennent au Grand Débarras sont déjà convaincus de l'idée de la récupération. C'est une niche choisie», souligne Claudia B., de Bijoutia, formée pour la neuroscience mais créatrice par déformation.

Sa matière à elle? Les micropièces d'ordinateurs. Ah! Et puis l'argenterie. Le verre aussi. Elle aime tout, quoi, et au téléphone, son enthousiasme débordant donne presque à mon sans-fil l'envie de défaillir et de virer en bracelet.

Depuis 2004, Bijoutia fabrique des bijoux, comme des colliers avec des ventilateurs d'ordinateurs et des fermetures éclair, ainsi que des «objets de sensibilisation» comme cette robe de mariée fabriquée avec des pièces informatiques.

Elle sera présente ce week-end. Sur le Plateau où elle habite, il y a même une boîte devant son cottage où ses voisins viennent déposer leurs vieux portables pour qu'elle en fasse des joyaux. Alors, des matériaux, elle n'en manque pas.

Une ceinture de sécurité

Tout le contraire pour Félix. L'accessoire qui a fait naître la première collection de ChikiboOm est fabriqué à partir d'une ceinture de sécurité métallique typique aux cylindrées américaines des années 1985-1990. «C'est un produit qui va mourir éventuellement», dit-elle, consciente de l'éphémère de cette ceinture pour laquelle elle s'est extasiée dans l'Oldsmobile de son grand-père, jadis, et grâce à quoi elle peut vivre de son art depuis un an et demi.

Car les bijoux, les savons et les vêtements à partir de matériaux recyclés, récupérés, écolos, bios, alouette, il y a déjà un bail qu'ils ne sont plus que l'apanage des granos.

Ces «patenteux» confectionnent aujourd'hui des merveilles d'une grande qualité en détournant du quotidien des objets, des oeuvres d'art et des rebuts qu'ils écoulent à prix d'or.

Et ce, même si les préjugés persistent, constatent les deux artisanes. «Dans la tête des gens, les créations recyclables ont encore une connotation cheapo», dit Félix, alors que des passants ont glissé à Claudia qu'elle était tombée bien bas en la voyant fouiner dans les poubelles de son quartier. «Les gens jettent des choses vraiment très belles! Mais il y a beaucoup de préjugés face à la matière.»

Et il y a surtout beaucoup de plaisir rattaché à ses matières à réflexion. Au kiosque de Bijoutia à Laval, le week-end dernier, les gens réfléchissaient longuement à savoir s'ils prendraient la bague avec la touche de clavier End ou celle avec Delete. «Car End veut dire que c'est complètement fini, alors que Delete, c'est supprimé, mais il y a toujours possibilité de revenir en arrière», dit Claudia, en rigolant parce que les hommes se tournent quant à eux instinctivement vers la touche Insert.

***

Demain et dimanche au Grand Débarras, c'est l'occasion pour les visiteurs de découvrir, de tomber en pâmoison avec ces matériaux remplis de mémoire et de stimuler leur créativité en cherchant comment diable un artiste a pu imaginer un bracelet avec une carte mère ou une ceinture en plaque d'immatriculation.

Monsieur Corde à linge donnera ses trucs de nettoyage écolo, les commerçants profiteront de l'occasion pour faire leur braderie et la programmation est enrichie d'ateliers de percussions africaines, de gumboots et de création de chaussures. Le recycleur de succès musicaux et porte-parole MC Gilles animera la soirée de samedi, juste avant la soirée spéciale Années 80.

À noter: le Festival du Nouveau Cinéma s'associe à la Promenade pour projeter en plein air des courts-métrages ce soir, au 4545, rue Sainte-Catherine Est. À la brunante. Et c'est gratuit.

À voir en vidéo