Les métiers oubliés - De La belle province à Je me souviens

Gaétan Forcier, devant sa boutique, située à l’angle des rues Sainte-Cécile et des Ursulines, dans le Vieux-Trois-Rivières.<br />
Photo: Pierre Trudel Gaétan Forcier, devant sa boutique, située à l’angle des rues Sainte-Cécile et des Ursulines, dans le Vieux-Trois-Rivières.

Le Devoir profite de l'été pour rencontrer des gens qui pratiquent de nos jours ces métiers que l'on croyait disparus, ou en voie de l'être. Des personnages attachés à leur travail et qui racontent leur art. Aujourd'hui, visite chez un vendeur d'anciennes plaques minéralogiques.

Il en a vendu à des collectionneurs comme à des touristes français. Il y a quelques semaines, Gaétan Forcier a même cédé sa propre collection de plaques minéralogiques du Québec à un antiquaire de Montréal, pour quelques milliers de dollars. Une collection qui remontait aux origines de l'immatriculation au Québec, au début du XXe siècle...

«À 84 ans, il faut se faire une raison», dit-il.

Mais Gaétan Forcier propose toujours des plaques minéralogiques aux passants, à l'angle des rues Sainte-Cécile et des Ursulines, dans le Vieux-Trois-Rivières. Pour 5 $, c'est parfois une aubaine. «Il y en a qui vendent des reproductions», dit M. Forcier, affirmant que les siennes sont toutes authentiques.

Les plaques minéralogiques du Québec ont même fait l'objet d'une exposition en juin dernier, au Château Ramezay, à Montréal. On y apprenait entre autres que l'immatriculation avait déjà été synonyme de privilège au sein du gouvernement du Québec. Le premier ministre Duplessis aurait en effet fait émettre pour ses amis des plaques minéralogiques numérotées et suivies d'un B, leur octroyant du même coup une immunité contre les contraventions!

«Q-1»

Quant à la première plaque minéralogique du Québec, elle aurait été accordée à un dénommé Ucal H. Dandurand, riche spéculateur amateur de véhicules, pour lui permettre de circuler dans sa De Dion Bouton, qui aurait été la première voiture immatriculée au Québec. C'est du moins ce qu'affirme Guy Thibault dans L'Immatriculation au Québec, paru aux éditions GID en 2005. En fait, «immatriculation» est ici un bien grand mot. Ucal Dandurand aurait simplement peint l'inscription «Q-1» en grosses lettres à l'arrière de sa voiture. Ucal Dandurand fit ensuite don de sa voiture au Château Ramezay où elle se trouve encore aujourd'hui. En 1904, il y avait 48 véhicules connus au Québec, contre 14 259 aux États-Unis, selon Thibault.

En 1906, une première loi provinciale concernant l'immatriculation est adoptée. L'enregistrement coûte 5 $. Le propriétaire reçoit une plaque de cuir ou de métal sur laquelle figure un numéro, mais il doit ensuite peindre lui-même les lettres et les chiffres dans une couleur voyante sur son véhicule. Les premières plaques d'immatriculation gouvernementales étaient en caoutchouc et en porcelaine. Entre 1906 et 1914, le nombre de véhicules immatriculés au Québec passe de 167 à 75 413.

Jusqu'en 1977, les chauffeurs du Québec devaient changer chaque année leur immatriculation, d'où l'intérêt pour les collectionneurs de posséder un éventail complet de plaques.

Une devise dès 1978

C'est en 1978 que cette obligation disparaît et que le gouvernement du Québec décide d'inscrire la devise Je me souviens sur les plaques minéralogiques québécoises, au lieu de La belle province, qui y figurait auparavant. Une inscription dont plusieurs ont oublié la provenance, que Gaétan Forcier aime bien rappeler. Le lys est bien sûr le symbole de la présence française en Amérique, tandis que la rose est identifiée à l'Angleterre. Il y a cependant controverse sur l'origine de la strophe «Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose», d'où est tirée cette devise, et qui résumerait une certaine histoire politique du Québec.
3 commentaires
  • Sylvain Deschênes - Abonné 9 août 2011 07 h 29

    Je me souviens, point.

    Il n'y a pas de controverse à propos de la devise.

    Il n'y a point d'allusion au lys ou à la rose dans cette devise, à part dans la tête du couple névrosé colonisateur/colonisé.

    Le concept de Conquête providentielle est une insulte à tous les peuples conquis.

  • sbgirard - Inscrit 9 août 2011 08 h 31

    Le coriace mythe du lys et de la rose

    Merci pour ce beau petit article à saveur historique. Je voudrais toutefois corriger ici cette légende trop souvent colportée depuis 1978 selon laquelle la devise du Québec "Je me souviens" serait tirée de la strophe "Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose". Cette strophe est en effet née APRÈS la devise du Québec. Celle-ci est complète en elle-même et se réfère à l'ensemble de l'histoire du Québec, et non à un élément particulier.

    Gaston Deschênes a brillamment analysé ce mythe du lys et de la rose ici: http://agora.qc.ca/Documents/Quebec_-_Etat--La_dev
    Ou pour faire plus court, l'article de Wikipedia qui est bien documenté: http://fr.wikipedia.org/wiki/Je_me_souviens