Mort de Fredy Villanueva - Trois ans plus tard, justice est toujours réclamée

Un jeune garçon en colère, brandissant une pancarte, regarde les parents de Fredy Villanueva. Environ 75 personnes se sont jointes à la famille Villanueva pour marcher à la mémoire du jeune homme décédé le 9 août 2008.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Un jeune garçon en colère, brandissant une pancarte, regarde les parents de Fredy Villanueva. Environ 75 personnes se sont jointes à la famille Villanueva pour marcher à la mémoire du jeune homme décédé le 9 août 2008.

Trois ans après la tragédie qui a ébranlé Montréal-Nord, la famille Villanueva porte encore lourdement le deuil du jeune Fredy, tombé sous les balles lors de l'intervention policière du 9 août 2008. Environ 75 personnes se sont jointes à la famille pour marcher à sa mémoire, hier après-midi, dans les rues environnant le parc Henri-Bourrassa, réclamer justice et dénoncer la brutalité policière.

Silencieuse, recueillie aux abords du mémorial de son fils, la mère Lilian Antunes Villanueva a témoigné avec difficulté, laissant filtrer sa rancoeur envers Jean-Loup Lapointe, le policier qui a ouvert le feu sur Fredy Villanueva. «Le pire assassin qu'il y a ici, il est dans la police, il s'appelle Lapointe», a-t-elle répété à travers ses larmes, ponctuant ses paroles de nombreux silences. «Je veux la justice, la vérité. Parce que Fredy est mort pour rien.»

Le 9 août 2008, Jean-Loup Lapointe et sa coéquipière Stéphanie Pilotte avaient approché Fredy et Dany Villanueva, ainsi que deux de leurs amis, alors qu'ils jouaient aux dés. C'est au cours de la brève altercation qui a suivi — moins d'une minute — que Fredy a trouvé la mort. Si la longue enquête est désormais terminée, le rapport du coroner André Perreault ne peut être rendu public, la Cour supérieure devant d'abord statuer sur la divulgation publique du mécanisme de sécurité des armes des policiers.

Un retard qu'a dénoncé Alexandre Popovic, porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP). «Ce délai causé par la police et ses avocats est une injustice qui s'ajoute à la longue liste d'injustices déjà subies par la famille Villanueva depuis trois ans», a-t-il déclaré, en ajoutant que ces «pouvoirs et privilèges» ne viendront pas à bout de leur «détermination d'aller jusqu'au bout dans ce combat pour la justice et la vérité».

L'événement d'hier a aussi été l'occasion, pour la famille, de plaider pour la cause de Dany Villanueva, le frère de Fredy, qui risque l'extradition vers le Honduras, son pays d'origine. Soupçonné d'entretenir des liens avec des gangs de rue et condamné pour différents délits, comme vol qualifié et possession non autorisée d'une arme prohibée, Dany Villanueva a contesté le jugement de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) d'avril dernier, où on l'accuse de «grande criminalité». Mais, dans un rapport rendu public mercredi dernier, la CISR a rejeté l'appel du jeune homme. Ébranlée à l'idée que son frère doive quitter le pays, sa soeur Wendy a déploré que «personne ne veut lui donner une deuxième chance», en ajoutant que «c'est sûr qu'il va lui arriver la même chose qu'à Fredy [s'il retourne au Honduras].»

Une longue marche

La marche s'est finalement ébranlée en milieu d'après-midi, dans la musique et les slogans hostiles à la police. «Qu'est-ce qu'on veut? La justice!», a crié la foule en suivant la famille Villanueva, qui a marché dignement, le visage triste. Les citoyens étaient nombreux à sortir sur leur balcon sur le passage du défilé, certains se joignant aux manifestants. «Je suis ici pour soutenir la famille. Il continue d'y avoir un manque de justice, du profilage racial et de l'impunité policière à Montréal», a lancé Ashley Fortier.

Une travailleuse communautaire de Montréal-Nord, qui a demandé l'anonymat, a pour sa part émis des réserves sur cette «manifestation légitime». «Ça fait trois ans qu'on essaie de reconstruire des liens de confiance entre les différentes institutions. [...] De mettre dans les mots des enfants que les policiers sont des assassins, qu'est-ce qu'on leur montre?», a-t-elle demandé, faisant référence aux enfants qui scandaient «Policiers, assassins» dans un porte-voix.

La marche s'est terminée devant un poste de police du boulevard Henri-Bourrassa, où les manifestants se sont adressés directement aux policiers à vélo postés devant l'entrée. «Il faut que vous, policiers, alliez dire à vos directeurs qu'il faut changer les choses. [...] Vous savez que ça n'a pas de sens ce genre d'intervention», a plaidé Patrice Dauphin, du Forum Jeunesse de Saint-Michel. Un silence de 40 secondes, «pour les quatre balles tirées par Jean-Loup Lapointe», a ensuite été observé par l'assemblée.
12 commentaires
  • BROMONTOIS - Inscrit 8 août 2011 08 h 15

    DIFFICILE À JUGER .

    Quelles sont les facteurs qui ont menés à ce drame ?
    L'évènement aurait-il été mieux contrôlé par deux policiers au physique plus imposant et donc pouvant s'aider mutuellement dans l'affrontement ?
    Auraient-ils été préférable qu'ils soit munis de pistolet "teaser" ou de bâton plutôt que d'être limité à l'arme de poing ? Le corps policier de Montréal est le moins muni de ceux-ci .
    La décision d'intervenir aurait-elle demandé l'utilisation d'autres policiers en assistance vu le nombre de personnes en cause et le manque d'équipement ?
    Le groupe de belligérants doivent-ils porter une part de responsabilité en déclenchant la bagarre devant l'intervention légale des policiers ?
    Y avait-il danger que l'on puisse prendre l'arme du policier lorsqu'il fut renversé ?
    Est-ce que la population accepterait de voir ses parcs être des centres d'assemblés de groupe dont le comportement ne reflète pas les valeurs morale de la masse ?
    Quand verrons-nous la majorité silencieuse prendre position et la manifester publiquement ?

  • jocelync - Inscrit 8 août 2011 08 h 32

    Le système judiciaire s'est-il embourbé jusqu'au cou ?

    3 années d'excitation de la part de notre justice pour tenter de gérer les circonstances de la mort du jeune Villanueva: C'est pas NORMAL.
    Je comprends que les conséquences de la confrontation mortelle sont dramatiques mais une simple et habituelle reconstitution honnête et plausible des évènements ne justifie certainement pas ce déploiement inimaginable de ressources.
    Y a-t-il vraiment une énergique volonté sociale pour identifier les véritables victimes dans le but de leur rendre justice ?

  • André Michaud - Inscrit 8 août 2011 08 h 41

    citoyen indésirable

    Le Québec n'a pas besoin d'immigrants petits criminels, portant arme et volant les québécois. De plus il est indirectement responsable de la mort de son frère avec amis de gang de rue...

    D'autres immigrants, qui sont honnêtes et veulent travailler méritent plus que lui de devenir canadien. Cet individu n'aurait jamais du être admis au Canada, il est grand temps de corriger cet erreur. Avait il de plus caché son passé criminel au Honduras?

  • Mireille Gagnon - Inscrit 8 août 2011 12 h 29

    2 choses différentes...

    et on mélange les 2; oui c'est dommage et triste la mort du petit Fredy... mais la déportation de son frère c'est tout autre chose, et on se sert de l'injustice du premier évènement pour empêcher le jugement "logique" du 2e!

    Et non, je ne me sens pas coupable de souhaiter qu'un membre de gang de rues se fasse renvoyer au Honduras! Ce gars-là nous rit en pleine face!... Vous croyez qu'il va faire quoi si jamais il n'est pas déporté lorsque toute cette bataille juridique sera terminée?.... S'inscrire à l'université? Lâcher ses activités lucratives au sein de son gang? Trouver un travail "honnête" payé salaire minimum?... Voyons dont!... C'est bien beau la pensée positive, mais faut arrêter de faire l'autruche.

  • Michael Tremblay - Abonné 8 août 2011 13 h 28

    Jugement facile

    Trois ans pour évaluer si les policiers ont bien agit en l'instant de quelques secondes... Après avoir reconstitué l'ensemble des circonstances, il sera facile de condamner l'action des policiers qui ont dû prendre des décisions rapidement.

    Peu être que les policiers auraient pu faire autrement. Peu être aussi qu'ils étaient justifiés de tirer. L'enquête saura nous éclairer si l'action posée était justifiée.

    Toutefois, à mon sens, une chose est certaine. Que les policiers aient fait ou non une erreur, je crois qu'ils ont agit de bonne foi. Avec ce qu'on entend à propos de son frère, rien ne laisse présumer que ces gens étaient des jeunes hommes tranquilles et sans histoire.