Les métiers oubliés - Sonner les cloches de l'Oratoire

Andrée-Anne Doane, 28 ans, devant le carillon de l’oratoire Saint-Joseph. Cet instrument étrange en est un de percussion, mais dont le clavier, qui se joue avec les poings, ressemble à celui de l’orgue ou du piano.<br />
Photo: François Pesant - Le Devoir Andrée-Anne Doane, 28 ans, devant le carillon de l’oratoire Saint-Joseph. Cet instrument étrange en est un de percussion, mais dont le clavier, qui se joue avec les poings, ressemble à celui de l’orgue ou du piano.

Le Devoir profite de l'été pour rencontrer des gens qui pratiquent de nos jours ces métiers que l'on croyait disparus, ou en voie de l'être. Des personnages attachés à leur travail et qui racontent leur art. Aujourd'hui, nous découvrons un métier unique au Québec.

Depuis un an et demi, l'oratoire Saint-Joseph a une nouvelle carilloniste. Andrée-Anne Doane, 28 ans, vient en effet d'y remplacer Claude Aubin, qui y était carilloniste titulaire depuis 1976.

La jeune femme rejoint ainsi une confrérie de carillonistes qui ne se comptent que par centaines à travers le monde. Le carillon de l'oratoire Saint-Joseph est d'ailleurs le seul instrument du genre au Québec.

Muni de 56 cloches, il a été originellement conçu par la fonderie Paccard, à Annecy-le-Vieux, pour orner la tour Eiffel... Mais le projet ne vit jamais le jour et le père Elphège Brassard, de passage en France, obtint qu'on le prête à l'oratoire Saint-Joseph, pour son 50e anniversaire. Séduits par l'instrument, des donateurs réglèrent bientôt la facture des Français, moyennant que l'on donne leur nom à chacune des 56 cloches. Le carillon, qui pèse en tout 10 900 kilos, demeura donc au Québec.

Succédant aux trois carillonneurs précédents (on dit «carilloniste» à l'Oratoire depuis l'arrivée d'une femme à ce poste), Andrée-Anne Doane donne désormais deux concerts par jour aux pèlerins des lieux, du mercredi au vendredi, à 12 heures et à 15 heures, ainsi que les samedis et les dimanches, à 12 heures et à 14h30. Un poste qu'elle n'aurait jamais pensé occuper il y a quelques années.

Car le carillon est un instrument étrange, une percussion, mais dont le clavier, qui se joue avec les poings, ressemble à celui de l'orgue ou du piano. Le clavier étant lié aux cloches par des tiges de métal qui traversent le toit, le carilloniste n'entend pas la musique des cloches comme l'entendent les gens qui l'écoutent.

En fait, il n'existe que quelque 600 carillons dans le monde, le plus gros étant situé au Michigan et comptant 77 cloches. Ce qui ne laisse donc pas beaucoup d'occasions d'emploi pour les apprentis carillonistes. Andrée-Anne Doane a été initiée à l'instrument par Claude Aubin, rencontré alors qu'elle animait les messes de l'Oratoire comme chanteuse, et qui cherchait une relève.

«J'ai eu un coup de coeur pour l'instrument, dit-elle. C'est tellement original.» Selon la direction du vent, les cloches du carillon vont faire entendre leur musique plus au nord ou plus au sud de l'Oratoire, mais le meilleur endroit pour écouter un concert est encore tout à côté de l'instrument. Claude Aubin et Andrée-Anne Doane ont d'ailleurs enregistré un disque, Chantent les cloches, par lequel on peut se familiariser avec le son particulier des cloches et avec leur répertoire, du folklore à la musique religieuse, de Bach à Satie.

Ce sont les Chinois qui ont inventé les meilleurs alliages de métaux pour fondre les cloches. On a ensuite réuni quatre cloches dans les tours d'horloge, qu'on faisait sonner successivement. Mais c'est dans les Flandres, au XVIe siècle, que les premiers carillons, qui comptent au moins 23 cloches, ont été montés. On trouve encore beaucoup de carillons aujourd'hui en Belgique, aux Pays-Bas et dans certaines régions de la France. Il y a aussi deux carillons ambulants aux États-Unis, indique Andrée-Anne Doane. Pratique quand on joue d'un instrument si rare et si peu accessible...

Au Canada, le premier carillon de 23 cloches a été monté à la Metropolitan United Church, à Toronto, en 1922. Il y a aussi une Fédération mondiale du carillon et une guilde des carillonneurs de l'Amérique du Nord.

Selon Andrée-Anne Doane, l'instrument suscite de plus en plus d'intérêt chez les jeunes. Il restera à monter d'autres carillons pour leur permettre d'exercer leur art.

Gnossienne no.1, d'Éric Satie

Extrait du disque Chantent les cloches, d'Andrée-Anne Doane et de Claude Aubin, au carillon de l'Oratoire Saint-Joseph.


3 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 3 août 2011 04 h 47

    Madame Montpetit, mille mercis pour cette fort heureuse et...

    ...nourrissante «rencontre» avec madame Doane et sa si particulière profession. Votre belle «plume» dégagée m'a offert un beau «voyage» virtuel...imaginez-vous à 4.40hrs...je me suis imaginé à écoûter des mélodies «carillonnées» et ce fût très agréable...
    Mercis Monsieur Aubin, mercis Madame Doane et mercis à vous l'auteure de cet «insolite»'rendez-vous avec la Beauté.
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com
    unpublic@astonbourdages.com

  • camelot - Inscrit 3 août 2011 12 h 42

    Un autre...

    Pendant l'expo 67, on avait installé un carillon en haut de l'édifice donnant Place du Canada. Il y en a un dans le film "Bienvenue chez les Cht'is".

  • Louka Paradis - Inscrit 3 août 2011 22 h 02

    MERCI DE CE VOYAGE DANS L'OUTRE-TEMPS !

    Merci Mme Andrée-Anne Doane pour cette interprétation de Satie. Je connaissais la pièce, mais elle prend sur votre carillon une autre dimension spatio-temporelle... Très inspirant ! Merci aussi à la journaliste, Mme Monpetit, qui se démarque du troupeau populiste et criticailleux qui démoralise tout le monde. Un peu de culture et d'originalité, une vraie bouffée d'oxygène !