Les expropriés de Turcot - Michel et Lauraine, les botanistes

Depuis trois ans, les plus anciens locataires du 780 vivent dans le doute et l'incertitude, sans informations claires et définitives quant à la date de destruction du bâtiment.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Depuis trois ans, les plus anciens locataires du 780 vivent dans le doute et l'incertitude, sans informations claires et définitives quant à la date de destruction du bâtiment.

Depuis 14 ans, Michel et Lauraine Charbonneau vivent «dans un rêve». Aujourd'hui, le mur adjacent à leur porte d'entrée, transformé en babillard, affiche leurs derniers espoirs: «Un autre Turcot est possible», «Changer Turcot», clament les affiches réunies là.

Depuis trois ans, les plus anciens locataires du 780 vivent dans le doute et l'incertitude, sans informations claires et définitives quant à la date de destruction du bâtiment. «On ne reçoit pas de nouvelles du gouvernement, alors ça ne nous paraît pas encore tangible, mais si on avait une idée précise de ce qui vient, ça pourrait alléger notre fardeau.»

En juin 1998, Michel Charbonneau franchissait les portes d'un espace vide de 22 pieds par 44, avec un plafond haut de 15 pieds, et s'apprêtait à y construire une «maison intérieure».

Armé de morceaux de carton grandeur nature, il a commencé par déterminer l'emplacement exact des meubles avant de se lancer dans les calculs et les travaux.

«On a vécu dans un chantier pendant six mois. Je suis devenu bricoleur à ce moment-là.» Depuis, le couple a fondé sa propre entreprise de rénovation, opérée depuis un atelier installé à côté de leur chambre.

«Tout l'appartement a été construit pour que nous puissions circuler avec nos outils.»

Aujourd'hui, les meubles ne sont plus en carton, et les bricoleurs ont eu le temps de refaire la salle de bains trois fois (on y trouve maintenant une télévision).

Pendant sept ans, le loft 359 a servi d'appartement modèle pour les visites des nouveaux locataires du bâtiment, mais depuis les premières rumeurs d'expropriation, les derniers travaux de rénovation, peinture et plancher, restent en suspens, «pour l'instant on est dans l'expectative de...»

Du haut de la mezzanine, on domine la canopée de «l'arboretum de Saint-Henri», une forêt de plantes abandonnées par d'anciens locataires du 780 et amoureusement récupérées par le couple.

«Elles ont chacune leur histoire.» Peu à peu, elles envahissent l'espace, humidifient l'air et le nettoient des particules charriées par l'échangeur. Tous les deux ou trois mois, une nouvelle plante apparaît, un autre locataire qui déménage. Depuis l'annonce des expulsions, ils sont de plus en plus nombreux à quitter les lieux, pour céder leur place à des occupants temporaires, «en transit». Il y a désormais beaucoup de nouvelles têtes dans les couloirs du 780.

Ce n'est pas encore le cas au 359, où les Charbonneau sont bien décidés à en profiter jusqu'au bout. Alors, «pour l'instant, on repousse au maximum l'idée de faire les cartons».