Les expropriés de Turcot - Julien, le guide

Au terme d'un périple nord-américain, le jeune designer natif du Pays Basque français est venu prendre possession du loft 361 au 780, Saint-Rémi, ou plutôt de ce qu'il en reste...
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Au terme d'un périple nord-américain, le jeune designer natif du Pays Basque français est venu prendre possession du loft 361 au 780, Saint-Rémi, ou plutôt de ce qu'il en reste...

Julien Tardif l'avoue sans honte, «je me suis mis à genoux pour avoir cet appart!» Et il l'a eu.

Au terme d'un périple nord-américain, le jeune designer natif du Pays Basque français est venu prendre possession du loft 361 au 780, Saint-Rémi, ou plutôt de ce qu'il en reste...

On se promène dans le vaste appartement de l'extrémité sud du 3e étage comme on arpenterait le chantier de fouille d'un antique palace. On ne peut qu'en deviner la grandeur passée, et Julien Tardif en est le guide temporaire.

Ici, il y avait une table en bois massif si large que l'ancienne locataire a dû la découper pour la rentrer dans son nouvel appartement. Là, on imagine un grand lit. Dans la salle de bain, une baignoire en hauteur domine l'espace dont chaque pouce carré avait été pensé avec soin.

«Ce n'était pas juste un appartement, c'était un projet de vie, insiste le nouveau sous-locataire, installé depuis quatre mois. Alors l'expulsion, ça signifie l'avortement de ce projet.»

Peu après l'annonce de la destruction du bâtiment par le ministère des Transports du Québec (MTQ), le couple qui occupait le 361 depuis sept ans s'est séparé.

Raphaëlle Leclerc, architecte, avait investi son logement à la fin 2004, et l'avait aménagé à coups d'ingéniosité, de débrouillardise et de recyclage, avec l'aide de son père, sculpteur. Un incroyable escalier en tulipe mène encore à la mezzanine de la chambre à coucher, inondée par la lumière des baies vitrées. Aujourd'hui, un minuscule lit occupe une fraction de l'espace sous une ampoule nue. Julien Tardif est arrivé sac au dos, après un an à travailler en Californie, et a récupéré le loft des mains de Raphaëlle Leclerc. «Elle ne pouvait plus assumer le loyer, et je pense que ça la déprimait de rester ici seule.»

Le jeune illustrateur, qui collabore avec des marques telles que Kraft, Nestlé ou Heineken, s'avoue touché par le destin du bâtiment et de ses locataires. «Il y a une dimension humaine dramatique. Il ne s'agit pas juste d'une boîte vide que l'on va démolir.»

Alors, en attendant la fin de son visa et «le coup de grâce» de l'immeuble, il en profite pour renouer avec ses projets artistiques que l'exiguïté des logements parisiens l'avait forcé à abandonner, et il inonde les lieux vides de croquis, de toiles et de schémas.

«La hauteur de plafond, la lumière. C'est un endroit idéal pour prendre du recul.»