Les expropriés de Turcot - Camilo et Minka, les visiteurs

Chacun d'eux s'est approprié un petit coin de l'espace du vaste appartement aux murs pastel, comme si leurs univers n'avaient pas encore eu le temps de peupler le vide des murs immenses.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Chacun d'eux s'est approprié un petit coin de l'espace du vaste appartement aux murs pastel, comme si leurs univers n'avaient pas encore eu le temps de peupler le vide des murs immenses.

Entrer au 153, c'est un peu comme faire le tour du monde. Camilo Fuentealba est né en Saskatchewan, mais a grandi au Chili, avant de partir pour Taiwan. Minka Sicklinger, quant à elle, partage ses origines entre l'Allemagne et la Hollande, mais a toujours vécu à Adélaïde, Australie. Finalement, tous les deux se sont rencontrés à New York, d'où est originaire leur chat, Triangle Rattlesnake. Ajoutez à cela qu'ils sont arrivés à Montréal il y a trois mois et qu'ils occupent l'ancien appartement d'un couple russe, et votre passeport sera déjà bien estampillé.

Ils ont repéré le loft sur Internet, sont venus visiter et ont signé le bail. «On nous a même fait remplir un papier pour nous prévenir que le bâtiment serait détruit dans un an et demi.» Ils auraient dû rester 15 mois, mais le travail les fera quitter les lieux dans quelques semaines, «après le mariage», qui devrait les aider à harmoniser leurs visas pour les États-Unis.

Du loft, ils ne garderont que de bons souvenirs, «un espace de rêve qu'on n'aurait jamais pu se payer à New York». De la ville, en revanche, leur opinion restera plus mitigée. «On dit qu'à Montréal, tous les jours sont des dimanches. J'aime les dimanches, bien sûr, mais juste une fois par semaine!» s'amuse le photographe de 32 ans.

Chacun d'eux s'est approprié un petit coin de l'espace du vaste appartement aux murs pastel, comme si leurs univers n'avaient pas encore eu le temps de peupler le vide des murs immenses. Près de la fenêtre, Minka a installé ses livres et sa table à dessin dans un décor d'alchimiste médiéval. Une tête de chat sauvage y côtoie un crâne de singe séché, une robe de Rose-Croix et des pattes de lapin.

Le long de l'escalier, Camilo expose ses trésors, un antique Minolta, une caméra 3D des années 80 et ses chaussures de bébé. À l'étage, le bain à pattes et le réservoir d'eau chaude ont été installés à côté du matelas. «Tout cet espace, ça donne de la place au cerveau pour grandir!» s'enthousiasme Minka Sicklinger. «Et puis, c'est notre espace, on peut improviser et créer sur le moment», ajoute son compagnon.

«Détruire un bâtiment pareil, c'est une honte, s'insurge la jeune trentenaire. Surtout dans une ville comme Montréal, qui se dit fière de son patrimoine architectural. Et tout ça pour une autoroute... Des bâtiments comme ça, ils n'en construisent plus.»