Guy Turcotte est déclaré non responsable

Saint-Jérôme — Même s'il a avoué avoir tué ses deux jeunes enfants à coups de couteau, Guy Turcotte pourrait sous peu être libre.

Le procès de l'ex-cardiologue, qui a à la fois troublé et fasciné le Québec, s'est conclu hier par un verdict de non-responsabilité criminelle.

La défense peut donc crier victoire: elle plaidait que le médecin souffrait d'une dépression sévère lorsqu'il a tué ses deux jeunes enfants.

Après plus de deux mois de procès et six jours de délibérations, le verdict est tombé hier matin. La bombe a explosé au palais de justice de Saint-Jérôme, mais la déflagration a été ressentie dans toute la province.

Sous le choc, la mère des deux jeunes victimes, Isabelle Gaston, a fait valoir qu'elle était déçue de cette décision mais qu'elle voulait refermer ce chapitre de sa vie. Elle ne souhaite pas que la Couronne porte le verdict en appel.

«C'est certain que je ne peux être satisfaite, a-t-elle réussi à dire, la gorge nouée mais l'air digne. Mais peu importe, même si ça avait été un meurtre au premier degré, je n'aurais pas été satisfaite, parce que je ne retrouverai pas mes enfants dans cette vie.»

La mère a dit vouloir quitter l'avant-scène médiatique afin de pouvoir guérir et prendre du mieux. Les adultes, peu importe leur état, n'ont jamais le droit de lever la main sur des enfants, a-t-elle toutefois plaidé, avant de s'effacer. «Leur court passage dans la vie et maintenant un peu dans la vôtre devrait nous faire comprendre que les adultes n'ont pas un droit de vie ou de mort sur les enfants», a-t-elle fait valoir, en parlant d'Olivier et d'Anne-Sophie.

Elle aussi visiblement ébranlée, la procureure de la Couronne au dossier, Me Claudia Carbonneau, a refusé d'indiquer si elle était surprise par la décision. Il s'agissait de l'une des issues possibles, s'est-elle limitée à dire. La possibilité de porter en appel la décision sera étudiée.

Guy Turcotte pourrait maintenant être libéré, avec ou sans conditions, ou encore interné dans un hôpital psychiatrique, a expliqué le criminaliste Robert La Haye, dans un entretien téléphonique. Une audience servira à déterminer si l'ancien cardiologue pose un danger pour lui-même ou pour la société.

Un tribunal administratif composé essentiellement de médecins devra décider du sort du cardiologue. «Son cas sera étudié sur le plan psychiatrique», a affirmé Me La Haye, qui explique que l'audience constituera un «miniprocès» où les deux parties pourront faire valoir leur point de vue.

L'état mental de l'accusé

Dès le début du procès, Guy Turcotte avait avoué avoir tué ses deux enfants — Olivier, âgé de cinq ans, et Anne-Sophie, âgée de trois ans — en les poignardant à de multiples reprises à leur résidence de Piedmont, dans les Laurentides, le 20 février 2009. L'enjeu du procès était de faire la lumière sur son état mental au moment des gestes fatidiques.

Tant la défense que la Couronne ont fait témoigner plusieurs experts et se sont évertuées à attaquer la crédibilité de ceux de la partie adverse, une joute qui représentait un défi de taille pour des jurés dépourvus d'une telle expertise.

Les jurés ont entendu la description détaillée des gestes de l'accusé et tout le Québec a suivi l'évolution du procès comme un macabre feuilleton trop réaliste. Certains journaux publiaient même des avertissements pour mettre leurs lecteurs en garde contre le contenu des articles sur le procès.
86 commentaires
  • Marie1952 - Inscrit 6 juillet 2011 01 h 00

    Soulagement

    Visiblement, Guy Turcotte était atteint de troubles mentaux ce fameux soir
    fatidique où il a tué ses deux enfants.
    J'ai suivi ce procès avec attention à tous les jours et j'ai tellement espéré que
    les membres du jury rendent LA BONNE DÉCISION...
    Lorsqu'un homme dit à sa mère: ¨Maman, je t'aime. Dis à papa que je l'aime!¨,
    cet homme est habité par une grande détresse, une immense souffrance, il est comme un petit enfant qui a besoin d'aide...
    Après cette conversation avec sa mère, la grande faille s'est produite...
    Les jurés ont bien fait leur travail. Je les félicite car ce n'était pas facile pour eux.

  • Catherine Paquet - Abonnée 6 juillet 2011 05 h 47

    On a les procès qu'on mérite...

    La Justice, comme la Politique, est une fonction sociale qui est tributaire de l'éveil, de la culture, de l'ouverture, de l'expertise, de la curiosité et de la maturité qui définissent cette société et que partagent les citoyens qui s'y impliquent. C'est pourquoi, il serait juste de soutenir que si on a les politiciens qu'on mérite, on aurait également les juges, les jurés et les procès qu'on mérite...

  • Lorraine Dubé - Inscrite 6 juillet 2011 05 h 51

    Vengeance de l'ex- Un enfant peut devenir impunément le bouc émissaire

    Le journaliste ayant interrogé Isabelle Gaston à sa sortie du tribunal aurait pu faire preuve de plus de décence. Après une intervention suffisamment explicite de la part de la mère des deux petites victimes, il a poussé l'audace au voyeurisme, à insister et en rajouter. Je résume sa dernière intervention: "Si vous aviez un message à leur faire, que diriez-vous à Anne-Sophie et Olivier?" Isabelle Gaston venait pourtant de donner sa version détaillée. Question d'éthique, un peu de compassion aurait été noble de la part du journaliste digne d'un coureur de potin.

    Heureusement que tous les couples en ruptures ne vivent pas ces drames. Dans ce cas précis, Guy Turcotte n'avait aucun complication ou limite à voir ses enfants. Je reste convaincue que la vengeance est l'élément déclencheur ayant coûté la vie aux deux petites victimes innocentes. Suite à la rupture, cette volonté malsaine de réduire à tout prix la qualité de vie de l'autre, quitte à lui enlever ce qu'il a de plus cher.

    La dame ayant noyé son fils aux États-Unis avait au moins écopé de 15 ans. Ce verdict controversé passe un message de tolérance qu'un enfant puisse devenir impunément le bouc-émissaire. Certains me répliqueront que Guy Turcotte a été jugé par 12 de ses pairs, 11 puisque le seul dissident a été expulsé avant la fin des délibérations.

    Je n'ai aucune sympathie envers ces meurtriers d'enfants. Faute de justice, je souhaite que la conscience de Guy Turcotte lui fasse subir l'odieux de son geste jusqu'à la fin de ses jours.

    Mes condoléances à madame Isabelle Gaston et tous les membres de la famille élargie qui auront du mal à se remettre d'une telle épreuve.

  • sawyergordon - Inscrit 6 juillet 2011 06 h 28

    Justice a été rendue

    Justice a été rendue. Cela, grâce à un juriste remarquable, Pierre Poupart, qui passe aujourd’hui à l’histoire suite au travail gigantesque qu’il a accompli. Homme de loi mais davantage homme de coeur, alors que depuis toujours préoccupé par la détresse humaine, Me Poupart avait rapidement compris que Guy Turcotte avait bel et bien perdu la raison lors de la commission des 2 meurtres, et il n’a pas lésiné sur les moyens de façon à en convaincre le jury, qui s’est finalement rendu à l’évidence. Un grand juriste, qui s’est battu contre vents et marées pour éviter que son client ne fasse l’objet d’une vindicte populaire jusque devant les tribunaux.

    Merci, Me Poupart. Grâce à vous, le système judiciaire québécois s’en trouvera grandi à jamais.

  • Yves Petit - Inscrit 6 juillet 2011 07 h 01

    insignifiants

    Quelle belle bande d'insignifiants que ce jury! Les jurés doivent faire contrepartie à la grosse machine de la supposé justice et utilisé leur bons sens. Dans ce cas-ci, ils ont été complètement manipulé par le système. Quel honte.