Difficile accès à la propriété - Les prix seront de moins en moins abordables

Jason Wallace, sa femme Renée et leurs quatre enfants vivaient à Saint-Eustache dans un sous-sol de cinq pièces, loué à 500 dollars par mois, humide et infesté de moisissure au point d'en rendre les enfants malades. En 2009, ils ont pu acheter une maison par le biais d'Habitat pour l'humanité.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jason Wallace, sa femme Renée et leurs quatre enfants vivaient à Saint-Eustache dans un sous-sol de cinq pièces, loué à 500 dollars par mois, humide et infesté de moisissure au point d'en rendre les enfants malades. En 2009, ils ont pu acheter une maison par le biais d'Habitat pour l'humanité.

Des conditions parfois difficiles dans lesquelles vivent les locataires — loyers excessifs, discrimination, etc. — au fardeau financier important qui accompagne l'achat d'une propriété, les embûches potentielles sont multiples. En ce week-end postdéménagement, portrait d'un univers méconnu.

Avant d'acheter une maison flambant neuve par le biais d'Habitat pour l'humanité en décembre 2009, Jason Wallace, sa femme Renée et leurs quatre enfants vivaient à Saint-Eustache dans un sous-sol de cinq pièces, loué à 500 dollars par mois, humide et infesté de moisissure au point d'en rendre les enfants malades.

Impossible alors, avec le seul salaire de Jason, de contracter une hypothèque à la banque pour accéder à la propriété. C'est grâce à Habitat pour l'humanité, un organisme charitable qui organise des collectes de fonds pour acheter des terrains, emploie des bénévoles pour les construire et reçoit des dons sous forme de matériaux, que les Wallace ont finalement pu s'acheter une maison à Deux-Montagnes, sans mise de fonds et sans intérêt.

«Pour nous, c'est plus de sécurité, dit Jason. Quand on est locataire, on ne sait jamais ce qui peut nous arriver.»

Habitat pour l'humanité, un organisme qui exerce déjà ses activités dans une centaine de pays du monde et qui s'implante tranquillement au Québec, peut offrir ainsi l'accès à la propriété à des familles répondant à ses critères. Pour une famille de six personnes, le salaire familial ne doit pas excéder 52 838 $ et ne doit pas être en deçà de 36 374 $. Les familles doivent également fournir 500 heures de bénévolat pour la construction de leur maison ou de celle de quelqu'un d'autre. À Deux-Montagnes, c'est Évangéline Frigault, une Acadienne d'origine qui a souffert dans sa jeunesse de ne pas avoir un endroit à elle, qui a fondé l'organisation.

«Je viens d'une famille nombreuse, et on habitait chez les uns et chez les autres. On se faisait souvent dire: 'Faites pas de bruit, vous êtes pas chez vous!'», se souvient-elle pour expliquer son engagement dans l'organisme.

L'achat sans mise de fonds et sans intérêts est un avantage considérable dans un contexte où l'accès à la propriété est beaucoup plus difficile qu'il y a 10 ans.

L'abordabilité pourrait se dégrader encore


Le recensement de 2006 indique que pour la première fois, le pourcentage de ménages québécois qui louent leur logement est passé sous la barre des 40 %. Et ce, même si le prix d'une propriété a augmenté beaucoup plus vite que celui d'un loyer, ou même des revenus.

Pour des tranches entières de la population, il est tout à fait possible d'accéder à la propriété, peut-être plus facilement qu'avant puisque le gouvernement fédéral a même assoupli certaines conditions, comme la durée maximale d'un prêt hypothécaire, passée de 25 à 35 ans. Ce qui a changé, c'est le fardeau financier associé à l'opération.

Au Québec, le prix médian d'une maison unifamiliale a explosé de 33 % depuis seulement cinq ans, selon la Fédération des chambres immobilières de la province, comparativement à 28 % pour les copropriétés. Au cours des trois premiers mois de 2011, le prix médian d'une maison individuelle était de 217 650 $ — encore plus à Montréal ou à Québec —, contre 199 000 $ pour un condo.

Une règle souvent répétée enseigne qu'il est imprudent de consacrer plus du tiers de son revenu au logement, qu'il s'agisse d'un loyer ou de versements hypothécaires. Les propriétaires d'une maison individuelle, par exemple, sont actuellement à 35,6 %, estime la Banque Royale, soit deux points au-dessus de la moyenne historique.

Mais ça va se corser encore. L'économie a repris du poil de la bête et la Banque du Canada, un jour, n'aura d'autre choix que d'augmenter son taux directeur, situé à 1 % depuis le 8 septembre 2010. Les acheteurs ont emprunté allègrement au cours des dernières années, cette faiblesse des taux leur permettant de fermer les yeux — façon de parler — sur les prix qui ont continué d'augmenter.

«Des prix de maisons élevés avec des taux hypothécaires qui remontent, c'est un mélange qui pourrait nous mettre dans une situation assez difficile dans deux ou trois ans pour le marché immobilier», dit Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins. Selon les prévisions du Mouvement, le taux affiché de 5,39 % pour une hypothèque de cinq ans passera à 7,4 % en 2015. Pour les gens qui auront à renouveler d'ici là, les termes pourraient donc être passablement différents de ceux dont ils bénéficiaient à la signature.

La Banque TD va plus loin. Compte tenu de la dette hypothécaire mais aussi de celle découlant de la consommation, l'établissement a écrit au mois d'octobre 2010 que «l'endettement des particuliers au Canada a bel et bien dépassé le niveau que les modèles économiques considèrent comme approprié». Autrement dit, les particuliers peuvent accéder à la propriété, et n'ont pas hésité à le faire au cours des dernières années, mais ils l'ont fait au prix de leur bilan financier personnel, qui s'est alourdi comme jamais.

Une fois achetée...

Le prix d'une maison n'est qu'une des variables de l'équation. À cela s'ajoutent les droits de mutation, les frais de notaire, les coûts de rénovation, l'aide de déménageurs, etc. En moyenne, les dépenses causées par l'achat d'une propriété sont de 34 525 $, a estimé en 2009 le Groupe Altus pour le compte de l'Association canadienne de l'immeuble.

«C'est bien beau de dire qu'on a les moyens d'effectuer des versements hypothécaires, mais il y a plein de choses auxquelles on ne pense pas et qui viennent s'ajouter au prix "rêvé"», dit Karine, qui a emménagé dans une maison individuelle de Laval juste avant Noël.

Elle et son conjoint ont pris un prêt hypothécaire fixe sur cinq ans. Ils savaient d'avance, aussi, combien ils devraient verser pour les taxes municipales. C'est plutôt l'entretien de la maison — non seulement en effort, mais en argent — qui a mis du piquant dans leur vie. «Une porte de garage qui fonctionne mal, une haie qu'il faut faire tailler alors qu'on n'a jamais fait ça... Ce sont des frais qu'on n'a pas quand on est locataire!»
12 commentaires
  • Jacque Dumont - Inscrit 2 juillet 2011 06 h 34

    Un brin de vrai

    C'est là que l'on voit tout ce qu'il y a de vrai dans l'humain, quand on vit plus fort que le monde pour une famille que l'on aime.

  • pascale bourguignon - Inscrite 2 juillet 2011 06 h 49

    Par les temps qui courrent mieux vaut faire partie de la royeauté...

    Oui, mais heureusement les rois et les reines sont là, qui nous font rêver à des jours meilleurs que nous ne verrons jamais car il ne faudrait pas mélanger les torchons acryliques de nos petits condos inabordables avec les serviettes de lin des palais de Buckingham.

  • Pierre Samuel - Inscrit 2 juillet 2011 08 h 43

    Les lunettes roses...

    D'une façon ou l'autre, locataire ou propriétaire le coût d'habitation devient de plus en plus prohibitif et je m'explique mal comment votre chroniqueur financier, Claude Chiasson, ait pu «suggérer» à un de ses correspondants dans votre édition du samedi 25 juin dernier qu'il était encore possible de se dénicher une maison unifamiliale pour 170 000$ ! Où ça? En Abitibi, en Gaspésie, et encore...

  • francosi - Inscrit 2 juillet 2011 09 h 00

    droit fondamental au logement ?

    Pourquoi n'y a t-il pas une règlementation plus sévère afin d'empêcher la spéculation éhontée qu'on observe. Comment en est on venu à voir l'habitation comme un investissement plutôt que comme une nécessité vitale au même titre que l'air, l'eau, la nourriture ?

    Bien sûr tout les agents d'immeuble et autres feseux ne répondront pas à cette question; trop occupés à voir à leurs intérêts financier.

    J-F Gagné (membre d'une coop d'habitation)

  • Louise Hurteau - Inscrite 2 juillet 2011 09 h 46

    Innabordable depuis longtemps !

    Ne faut pas oublier que Montréal (et ses régions) font partis des maisons les plus cher en Amérique du Nord (5.2 X le salaire moyen).

    En 1983 1.5 x le salaire familial, en 1986, un peu plus que 2x le salaire, aujourd'hui 4.20X le salaire familial moyen et Montréal, Toronto et leurs régions, 5.2 X.

    C'est loin d'être abordable ! Le mythe voulant que le Québec soit parmi les moins cher en Amérique du Nord est justement ça: un mythe.