Les familles ont du mal à se loger

Dans l’ensemble, selon la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, le parc locatif du Québec compte 1,3 million de logements.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans l’ensemble, selon la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, le parc locatif du Québec compte 1,3 million de logements.

Ils ont plusieurs enfants. Ils en ont même un peu trop de l'avis de certains. Parmi les associations de locataires, le mot circule en effet qu'il est de plus en plus difficile pour les familles relativement nombreuses de trouver un logement. D'une part parce qu'il y a une pénurie de grands logements de plus de deux chambres à coucher au Québec, ensuite parce que plusieurs propriétaires n'ont tout simplement pas envie de louer à des familles comptant de jeunes enfants.

C'est en tout cas ce que croit Agnès Louise Mwanandeke, mère de quatre enfants dont le plus âgé est toujours au Congo, qui vit dans un quatre et demie avec sa famille, dans l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie.

«Le problème, c'est que j'ai quatre enfants, dont l'un est handicapé, autiste, dit-elle. Quand je fais une demande de logement, et que je dis que j'ai autant d'enfants, souvent ils refusent. [...] Certains propriétaires disent que les jeunes enfants abîment tout, qu'il y a trop de débris après notre départ et qu'il faut trop dépenser».

Déjà, Mme Mwawandeke dit devoir composer avec des voisins tatillons, qui lui demandent de faire entrer ses enfants à l'intérieur, en plein jour, alors que ces derniers jouent sur leur propre terrain...

Selon Hans Brouillette, porte-parole de la CORPIQ (Corporation des propriétaires immobiliers du Québec), le problème vient d'ailleurs surtout des autres locataires de l'immeuble où vivent les enfants. Le propriétaire se retrouve ainsi souvent obligé de choisir entre risquer d'être l'objet d'une plainte pour discrimination à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, ou de subir des plaintes d'autres locataires de l'immeuble.

«Cela arrive quand les enfants habitent l'étage au-dessus», dit-il, ajoutant que les propriétaires risquent alors le départ des locataires incommodés.

«Au Québec, on a beaucoup de vieux immeubles de brique et de bois, qui résonnent», note-t-il, précisant qu'il est préférable pour les familles de s'installer au rez-de-chaussée. Certaines associations tentent d'ailleurs de regrouper toutes les familles dans un même immeuble.

Réelle pénurie

Reste qu'il y a une réelle pénurie de logements pour les familles nombreuses au Québec. Selon les données du FRAPRU (Front d'action populaire en réaménagement urbain), le taux d'inoccupation des logements de trois chambres à coucher et plus est présentement de 1,4 % au Québec, ce qui est bien en deçà du «taux de base» de 3 %. Même le taux d'inoccupation des logements de plus de deux chambres à coucher est passé de 2,4 % à 1,9 % à Montréal au cours de la dernière année.

«Il ne se construit pas de grands logements à Montréal», dit François Saillant, porte-parole du FRAPRU, qui note par ailleurs que la hausse du taux d'inoccupation des logements en général est plutôt liée à la disponibilité des petits studios récemment construits.

Pour Hans Brouillette, la rareté des grands logements est liée entre autres à la hausse des loyers survenue ces dernières années, qui les a rendus carrément inabordables pour des personnes à faible revenu.

Lorsque les loyers de ces logements ont atteint 1200 $ ou 1300 $ par mois, cela se rapprochait, pour les ménages, du prix d'un condo, relève-t-il. «Les propriétaires ont vécu alors un très haut taux d'inoccupation, ce qui a provoqué de nombreuses conversions en condos, ou des subdivisions en plusieurs logements».

À Option Consommateurs, où on suit les ménages en difficultés financières, Sylvie de Bellefeuille, avocate consultante, relève qu'une forte proportion de ménages doivent consacrer bien plus que 25 à 30 % de leur revenu net au paiement de leur loyer.

«Il n'est pas rare de voir des gens consacrer 50 à 60 % de leurs revenus à leur loyer, dit-elle. Cela a comme conséquence qu'ils ont des difficultés à payer leurs autres factures, dont l'électricité. Ensuite, on voit des problèmes d'endettement parce que les gens se servent de leurs cartes de crédit pour payer l'épicerie.»

À la Ville de Montréal, un programme vient en aide, depuis quelques années, aux familles en difficultés lorsque survient la date-butoir du 1er juillet, à laquelle elles sont souvent tenues de déménager. Si la mise en disponibilité de logements dits «sociaux», grâce auxquels les ménages ne payent que 25 % de leurs revenus en loyers, a fait baisser la quantité de demandes d'hébergements d'urgence autour du 1er juillet, il reste que la Ville de Montréal compte à elle seule 23 000 noms sur sa liste d'attente pour un HLM, sans compter l'attente pour une place en coopérative ou en OSBL. Le problème de la pénurie de ces logements est loin d'être résolu.

Quant à Agnès-Louise Mwanandeke, elle attend le jour où le téléphone lui annoncera enfin que son tour est venu. Mais il lui faudra encore faire accepter sa famille nombreuse à ses futurs voisins. En attendant, elle rappelle qu'un espace suffisant est aussi un gage de santé mentale qu'il ne faut pas négliger, pour le bien-être de tous.
6 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 2 juillet 2011 06 h 10

    Les enfants ou DES enfants...un problème ? Ou encore...

    ...nous, des adultes, qui sommes LE problème ?
    À lire ce que vous rapportez Madame Montpetit, je trouve que votre «invitée», Madame Mwanandeke, se veut très polie, très respectueuse...avec et malgré. Je ne me «vois» pas à SA place. Un courage me faisant défaut. Peut-être même plus que le courage en défaut : l'amour en défaut.
    Puisse votre «héroïne» se trouver un endroit où loger agréable, accueillant et plein de chaleurs autant physiques qu'humaines!
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 2 juillet 2011 07 h 52

    Une solution ?

    Ce que nous avons fait nous en arrivant à Montréal, et un de mes ex-collègues de travail tout autant, faut dire avec un seul enfant, c'est que vous cachez lors de vos visites, que vous avez un enfant ou même deux, et lors de la signature du bail, bien il est trop tard pour le proprio allergique aux enfants qui pratique la discrimination.

    Il ne pourra jamais vous expulser, ni ne pas renouveler votre bail, même si vous lui avez nié que vous aviez des enfants lors de la signature. C'est triste d'en être rendu là, mais les enfants, cette lumière de notre société et nos aînés dérangent. Pour les premiers, ils ne sont pas rentables, coûtent cher à l'État pour les parents moins fortunés et bruyants et pour les deuxième, non rentables tout simplement. Triste société qui connait la gratitude que pour les 18-64 ans.

  • Joanne Nault - Inscrite 2 juillet 2011 09 h 57

    Même les coopératives d’habitations discriminent les enfants!!!

    Qu’attendez-vous (FRAPRU etc.) pour vous mettre le nez dans la gestion des coopératives?

    Les coops louent des 4 ½ et plus (grands logements) à des étudiants, à « leurs amis », louent à des gens aisés financièrement…

    Les coopératives avaient pour bu, au départ, d’aider les familles et les gens à faible revenu, mais ce n’est pas ce qui se passe…
    ça devient des endroits gérée par des gens qui pourraient amplement se payer des condos mais qui restent dans leur coop.
    (Il n’y a pas de revenu maximal pour habiter dans une coopérative $$$)

    Les comités refusent fréquemment de louer les logements à des gens qui ont des enfants ...
    (surtout ceux qui ont des enfants à temps plein.)

    Qu’attendez-vous pour mettre le sabre là-dedans???

    Les gestionnaires des coops m’écoeurent, ils ne mettent pas en pratique les valeurs véhiculées d’une coop! Il y en as-tu une coop qui soit intègre aux valeurs coop? C’est aberrant et honteux!!!

    Faites quelque chose bonyeux!
    On se réjouit de constructions de logements à prix modique (coop) mais, ne vous leurrez pas… les gens qui gèrent ces coops sont vraiment de mauvaise foi. $$$$$$$$$$$ Réveillez-vous!!!

  • Gerald Durocher - Inscrit 2 juillet 2011 12 h 47

    L'Éternel problème des logements!

    La semaine dernière j'ai dit à ma femme : Le nombre de personnes qui n'ont
    pas trouvé de logement étaient de 4 ou 5, selon un article d'un quotidien de
    Montréal... un François Saillant n'aura pas grand chose à dire cette année. Je
    me suis trompé.... En 2011, il faudrait que toutes les planifications des 3 ni-
    veaux de Gouvernement aient tout prévues et que les entreprises privées qui
    bâtissent année après année - en se collant à la demande et aux besoins de
    la réalité prévisible- aient aussi tout prévu! J'aimerais entendre une fois le
    FRAPRU nous faire le portrait de la place du Canada au niveau de l'habitation.
    Avec le nombre de personnes que l'on intègre chaque année, je serais curieux
    de savoir comment ça se passait dans chacun de leur pays! A un moment donné, la machine à chiâler doit faire place à l'objectivité. G.D.

  • France Marcotte - Inscrite 2 juillet 2011 14 h 59

    Vivre, ça dérange

    Prière de ne pas déranger.
    Les enfants, ça gigote, ça crie, ça bouge, ça touche à tout.
    Plus on a d'avoirs, plus y'a de choses qui peuvent casser.
    Et puis, mon beau jardin avec des belles rangées, mon beau patio de chez Réno Dépôt, mon beau mobilier, mes belles boiseries, mes beaux planchers flottants, ma belle tranquillité?
    Des locataires, c'est pour payer l'hypothèque de mon immeuble à revenus,
    J'veux des locataires qui ressemblent à des meubles, qui sont plus proches du végétal que de l'animal social. J'ai trop de choses à perdre.
    -Mais monsieur, les enfants c'est l'avenir d'un pays, pas d'enfants, pas d'avenir. Les familles nombreuses ne sont très fortunées.
    -C'est pas mon problème. Mon problème c'est le maximum de fric et de tranquillité pour le minimum de casse.
    Vivre sans bouger, c'est difficile.