Les nouveaux arrivants souvent pénalisés

L’exposition Tranches de vie à Côte-des-Neiges, qui regroupe des photos de Maxime Juneau, témoigne des conditions d’hébergement difficiles des nouveaux arrivants à Montréal.<br />
Photo: Source Maxime Juneau L’exposition Tranches de vie à Côte-des-Neiges, qui regroupe des photos de Maxime Juneau, témoigne des conditions d’hébergement difficiles des nouveaux arrivants à Montréal.

Logements insalubres, loyers excessifs, les nouveaux arrivants de Montréal doivent souvent composer avec des conditions d'hébergement difficiles. C'est ce dont témoigne l'exposition Tranches de vie à Côte-des-Neiges, regroupant des photos de Maxime Juneau, qui devrait reprendre l'affiche au MultiCaf en 2011. Cette exposition a été organisée par l'organisme OEIL Côte-des-Neiges (Organisation d'éducation et d'information logement de Côte-des-Neiges).

On y rencontre, entre autres, la famille Abedin Zainal, arrivée au Canada en 1995 et qui vit depuis dans des conditions exécrables. Cette famille, ce sont sept personnes, trois générations, qui se partagent un demi-sous-sol envahi de moisissure qui coûte environ 300 $ par mois, de chauffage seulement, en hiver.

Selon l'OEIL, qui accompagne les locataires dans leur démarche pour de meilleures conditions de vie, la situation du logement dans Côte-des-Neiges est critique. Un locataire qui s'est présenté à l'OEIL a même affirmé qu'il était normal, dans Côte-des-Neiges, d'avoir des souris et des coquerelles dans son appartement! Aussi, les revenus des habitants y sont plus faibles que la moyenne montréalaise, alors que le prix des logements y est plus élevé, soit de 678 $ en moyenne contre 647 $ en moyenne dans l'ensemble de la ville. On estime aussi que 45,7 % des logements du quartier auraient besoin de réparations contre 19,4 % des logements de Montréal. Enfin, 80,7 % des logements de Côte-des-Neiges sont occupés par des ménages locataires, et la majorité des propriétaires de ces logements n'habitent pas le quartier.

Alfredo Lombisi, qui travaille à l'organisme ROMEL (Regroupement des organismes du Montréal ethnique pour le logement), lequel, précise-t-il, ne s'adresse pas seulement aux immigrants, note quand même que les nouveaux arrivants ont parfois du mal à rassurer les propriétaires potentiels sur leur capacité de payer. L'organisme se charge alors de faire valoir que les nouveaux arrivants doivent souvent avoir d'importantes sommes en banque pour simplement se faire accepter au pays.

Pas d'ennuis

Reste que les nouveaux immigrants hésitent souvent à revendiquer leurs droits auprès des propriétaires, précisément parce qu'ils ne veulent pas avoir d'ennuis dans leur processus d'admission au pays.

Or, on le sait, 58 % de la population de Côte-des-Neiges est née à l'extérieur du Canada, et depuis cinq ans l'OEIL a rencontré des locataires provenant de 110 pays différents. Par ailleurs, au recensement de 2006, 50,4 % des habitants du quartier ont dit avoir déménagé depuis le recensement de 2001. Et plus les déménagements sont fréquents, plus la qualité des logements se dégrade.

Et pourtant, pourtant, tous ces locataires s'attachent à Côte-des-Neiges. Même la famille Abedin Zainal souhaiterait rester dans le quartier si elle pouvait vivre dans des conditions salubres.