Le ministre Dutil est «éberlué» par la fusillade ayant fait deux morts

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, était visiblement secoué au lendemain de la fusillade qui a coûté la vie à deux personnes mardi à Montréal.

«Je suis assez éberlué», a répété à deux reprises le ministre, après avoir qualifié l'événement d'«extrêmement triste».

Vers 6h30 mardi matin, quatre patrouilleurs du Service de police de Montréal (SPVM) sont intervenus auprès d'un itinérant en crise, Mario Hamel. Connu des policiers pour ses antécédents criminels et ses problèmes de santé mentale, Hamel éventrait des sacs à ordures avec un couteau, et il se faisait menaçant.

Les policiers l'ont abattu de plusieurs projectiles. Patrick Limoges, un employé d'entretien de l'hôpital Saint-Luc, a été tué d'une balle perdue. Pour l'heure, il est impossible d'établir avec certitude le nombre de coups de feu tirés. Un témoin a fait état de trois à quatre décharges sur les ondes de LCN, tandis que La Presse faisait état d'une dizaine de tirs.

Des critiques

La Sûreté du Québec (SQ), responsable de l'enquête, se fait avare de commentaires. Dès les premières heures du drame, les critiques fusaient de toutes parts sur les enquêtes des policiers sur leurs pairs. Une manifestation contre la brutalité policière était d'ailleurs prévue hier en soirée.

Comme dans l'affaire Villanueva, les quatre policiers impliqués ont été évacués rapidement de la scène de crime en ambulance afin d'être traités pour un choc nerveux. Leurs noms n'ont pas été rendus publics.

Le criminaliste Alain Arsenault craint que les failles dans les enquêtes de la SQ, relevées lors de l'affaire Villanueva, se manifestent à nouveau dans cette histoire. «Les policiers sont incapables de faire une enquête sérieuse sur d'autres policiers, point à la ligne», lance Me Arsenault.

La fusillade de mardi ébranle le SPVM. La mort d'un citoyen complètement à l'écart de l'intervention est en effet une pilule difficile à avaler pour la police. Fidèle à son habitude en pareilles circonstances, la Fraternité des policiers n'a formulé aucun commentaire pour ne pas nuire à l'enquête. Le directeur du SPVM, Marc Parent, a fait une déclaration prudente pour les mêmes raisons.

À Québec, le ministre Dutil n'a pas voulu se prononcer sur les circonstances de l'intervention. «J'espère que l'enquête se déroulera rapidement», a-t-il dit. M. Dutil a reconnu que la présence de nombreux itinérants aux prises avec des troubles de santé mentale, conséquence de la désinstitutionnalisation réalisée dans les années 1980, créait des difficultés particulières.

Enfin, la direction du CSSS Jeanne-Mance a clarifié le rôle de l'Urgence psychosociale (UPS), une équipe d'intervention auprès des personnes en crise. Cette unité, qui a reçu 3608 demandes d'assistance l'an dernier, n'agit jamais auprès des personnes armées, a fait savoir la directrice des services généraux et des programmes spécifiques, Suzanne Carrière. «Nous ne sommes jamais appelés dans des circonstances comme celles-là.»

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Avec La Presse canadienne
6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 9 juin 2011 08 h 45

    Enrichissons notre vocabulaire

    Éberlué: ébahi, stupéfait.
    Ébahi: abasourdi, étonné
    Étonné: ébranlé, étourdi, hébété
    Hébété: rendu stupide
    Abasourdi: étourdi par un grand bruit
    Stupéfait: étonné au point de ne pouvoir agir ou réagir.

  • Michel Rochette - Abonné 9 juin 2011 09 h 23

    Stupides!

    C'est le terme qu'avait employé Barack Obama concernant le comportement d'un policie bête, ignorant, qui avait arrêté un honnête citoyen sans faire la part des choses...

    Eh bien, je crois que ce qualificatif s'applique à certains policiers du SPVM et ailleurs également. Je dis certains...pas tous et toutes. Mais ces organisations policières semblent être incapables d'écarter certains de leurs employés à problèmes ou ceux qui ne méritent pas et n'ont pas l'assurance d'être policier, surtout à Montréal, dans cette ville compliquée et complexe.

    La majorité d'entre eux n'y vit pas. Ils viennent y travailler, encaisser leur chèqiue et repartent vivre en banlieue blanche québécoise. A NY et dans d'autres villes, on les forcerait à y vivre, à y cotoyer cette complexité au quotidien afin d'être mieux préparés à l'affronter.

    De plus, leur petite formation de CEGEP n'est pas suffisante. Aux salaires et autres avantages sociaux, en tant que citoyen, j'en veux plus et mieux pour le prix - taxes - que je paie.

    D'ailleurs, ce service de police qui réclame toujours plus d'argent, en tant que citoyen et payeur de taxes à Montréal, je ne veux plus payer pour ce service pourri et toutes ces erreurs...De Villonova à cet événement, les frais juridiques qui en découlent, les indemnisations - en passant, les familles du citoyen tué auront-ils droit à une indemnisation pour victimes d'actes criminels? -, les coûts, les impacts,

    Le budget de sécurité à la ville de Montréal: 800 millions de dollars. Trop. Coupez-moi de moitié et débarrasez-vous de vos têtes folles de petits policiers formés au CEGEP.

    Et le maire de Montréal, son opinion là-dedans?

  • Nelson - Inscrit 9 juin 2011 16 h 17

    SI JE ME MET À ÉVENTRER DES SACS DE POUVELLES SUR LA RUE, JE VEUT ÊTRE SOIGNÉ, ET NON PAS AVOIR DES BALLES DANS MA TÊTE.

    Disons que cette événement tragique à mis en évidence qu'il faut trouver des moyens de faire face aux jeunes et malades en crise autrement que avec des balles.

    Taser, longs bâtons, balles de caucho, anti-émeute, grands boucliers, etc.

    Mieux protéger les policiers pour éviter de les mettre en situation d'être obligés de tirer pour sauver leur peau.

  • Nelson - Inscrit 9 juin 2011 16 h 23

    MIEUX PROTÉGER LES POLICIERS POUR ÉVITER DE LES OBLIGER À TIRER POUR SAUVER LEUR PEAU.

    Il faut repenser les moyens d'intervention de la Police avec des jeunes impulsifs et des malades en crise, pour éviter de les tirer dessus.

    Il faut penser aux policiers d'abord, et les mettre à l'abri des couteaux des jeunes et des malades.

    Tous les moyens doivent être envisagés pour protéger la vie des policiers et celles du public.

  • Evanescente - Inscrite 9 juin 2011 20 h 54

    IL FAUT UTILISER DES TRANQUILLISANTS

    Le 8 juin dernier, il y avait cette nouvelle concernant des éléphants sauvages hors de contrôle en Inde qui ont tué un homme en plus de blesser plusieurs autres personnes. LES GARDES FORESTIERS ONT FINALEMENT MAÎTRISÉ LES ÉLÉPHANTS AVEC DU TRANQUILLISANT. Et puis, il y avait cette autre nouvelle concernant ces deux hommes tués par balles par des policiers, ici à Montréal.
    Je suis contre le taser gun parce qu'il a déjà causé la mort de trop de personnes. Alors pourquoi les policiers n'utiliseraient pas un tranquillisant pour maîtriser une personne dangereuse??? La situation de crise se réglerait en deux temps trois mouvements. Il semble que les animaux sauvages à cause de l'existence de ces fameux tranquillisants sont traités de façon beaucoup plus humaine que des êtres humains en état de crise qui se font tuer par des policiers. Tout ce dont on aurait besoin, c'est d'un propriétaire de compagnie qui se déciderait à fabriquer des tranquillisants adaptés à l'être humain... Yolande Roy