Remous autour d'un doctorat honorifique

Jean Chrétien pendant la dernière campagne électorale fédérale<br />
Photo: Agence Reuters Mike Cassese Jean Chrétien pendant la dernière campagne électorale fédérale

Des professeurs de l'Université de Montréal protestent contre la décision de la direction d'octroyer un doctorat honoris causa à l'ex-premier ministre Jean Chrétien et appellent au boycottage de la collation des grades le 27 mai prochain. Dans une lettre qu'ils signent en page A 8, ces neuf professeurs, qui sont d'anciens membres du syndicat des professeurs, des professeurs titulaires et professeurs émérites, tels Andrée Lajoie et le sociologue Guy Rocher, rejettent catégoriquement cette décision, alléguant qu'elle a été prise sans qu'il y ait eu consultation des instances représentatives de la communauté universitaire.

«Reconnaître le caractère exceptionnel des réalisations de monsieur Jean Chrétien est sans doute acceptable pour ceux qui sont d'accord avec la Loi sur les mesures de guerre, le rapatriement unilatéral de la Constitution, l'échec de l'accord du lac Meech, le détournement des fonds de l'assurance-emploi, la contestation de la loi 101, la loi sur la clarté et enfin, le scandale des commandites qui bafouait les règles démocratiques fondamentales», peut-on lire dans la lettre écrite à l'initiative de Denis Monière, professeur au Département des sciences politiques.

Les signataires de la lettre évoquent le «bris de confiance» que représente cette décision qui contribue «à fracturer encore plus la communauté universitaire» en plus de provoquer un malaise. Ils soulignent que le décision d'honorer une personnalité politique fait rarement consensus. Le philosophe Michel Seymour dénonce d'ailleurs le parti-pris de la direction. «Après avoir décerné un doctorat honorifique aux Desmarais et ensuite à Michaëlle Jean, voilà que c'est Jean Chrétien. Ça finit par être un biais. En plus, il est politiquement actif. Il y a quelques jours, il s'est engagé dans la campagne électorale», a-t-il souligné.

Les véritables desseins...

M. Seymour s'interroge sur les véritables desseins d'une telle reconnaissance à Jean Chrétien. «Est-ce que M. Chrétien obtient une réhabilitation politique et en retour, il s'engage à faire pression auprès de grandes entreprises pour qu'elles donnent à l'Université? Car ces mois-ci, on entre dans une grande campagne de financement. Est-ce que c'est le genre de renvoi d'ascenseur espéré? Je pose la question», a-t-il dit.

Professeure émérite de la Faculté de droit, Andrée Lajoie ne mâche pas ses mots pour décrier le choix de l'université. «[Jean Chrétien] n'a pas de maîtrise ni de doctorat. Ce n'est pas un intellectuel», s'est-elle indignée. Selon Mme Lajoie, certains membres de la communauté universitaire assisteront à la cérémonie pour chahuter l'ex-premier ministre. Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, le physicien polonais Roman Jackiw et le designer québécois Michel Dallaire ont été parmi les récipiendaires d'un doctorat honorifique en 2010.