Écoles d'été - Laval nous ramène au Moyen-Âge...

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale

Après le succès de ses deux écoles d'été tenues à l'abbaye en 2010, la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval renouvelle l'expérience.

Cet été, tandis que deux écoles se tiendront à nouveau dans les abbayes de Saint-Benoît-du-Lac et de Val Notre-Dame, à Saint-Jean-de-Matha, l'Univesité Laval en propose une troisième, intitulée Arts et patrimoine religieux, cette fois dans un cadre nouveau et différent, au coeur du Vieux-Québec.

«Quand on a développé nos écoles d'été, on poursuivait l'objectif de trouver des lieux de caractère dans le domaine religieux au Québec qui seraient liés à nos enseignements», explique Gilles Routhier, vice-doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses et responsable des écoles d'été.

L'été dernier, par exemple, la faculté a offert un cours sur la théologie au Moyen-Âge au monastère de Val Notre-Dame, parfois mieux connu comme le monastère d'Oka. «Le fait de l'offrir dans un monastère parlait de lui-même, puisque c'est là que se pratiquait la théologie avant de s'enseigner dans les universités», précise celui qui, en plus d'enseigner, assure la direction de mémoires et de thèses dans les domaines de l'ecclésiologie, de la missiologie et de la catéchèse, un parcours qui l'a mené à élaborer une synthèse sur le devenir du catholicisme au Québec durant la période contemporaine.

Plutôt que d'expliquer les choses de manière magistrale comme on le fait normalement dans un cours qui se donne sur le campus, les écoles d'été permettent de vivre une expérience englobante. On s'immisce dans cet univers, ce climat dans lequel se développait la théologie aux XIIe et XIIIe siècles.

Sur les traces de saint Benoît

Même scénario avec «Le monde de saint Benoît», un cours également offert en 2010, qui portait sur une exploration du monde dans lequel vécut le moine bien connu Benoît de Nursie, donné cette fois à l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. «Pour nous, il apparaissait intéressant de pouvoir vivre la vie d'un disciple de saint Benoît de nos jours.» Et cet homme demeure, après tout, assez contemporain, admet-il, en ajoutant qu'on reconnaît plusieurs similitudes entre cette période, qui s'est révélée être une transition entre l'Empire et le Moyen-Âge, et aujourd'hui: la recherche d'un nouveau mode de vie, telle était sa quête, renchérit-il. À savoir: comment vivre le bonheur dans un nouveau contexte, où les anciens principes ne tenaient plus, alors que l'Occident connaissait une mutation importante et que l'Église tournait une page de son histoire.

Le cours, largement donné par des historiens, présentait ainsi des aspects de l'itinéraire de saint Benoît, de son expérience spirituelle, tout en exposant le contexte social, culturel et religieux de l'époque. Et ce, via la vie en monastère, la participation à la liturgie et au compagnonnage des moines et l'initiation à l'art bénédictin.

Trois écoles pour 2011

La première école au programme, du 1er au 6 mai, sera l'occasion tout indiquée de parler des arts et du patrimoine religieux en plein coeur de l'héritage québécois, soit au Grand Séminaire de Québec et à l'intérieur d'autres lieux patrimoniaux et historiques de la vieille ville.

Au cours de cette semaine, les étudiants pourront expérimenter un contact direct avec l'ambiance patrimoniale et historique, s'adonner à la lecture théologique et spirituelle de l'art religieux (architecture, arts visuels, musique, etc.), être initiés à la notion de patrimoine religieux et à la gestion de ce patrimoine matériel ou immatériel dont les communautés chrétiennes détiennent la responsabilité.

Et, puisqu'il semble, pour M. Routhier, qu'il n'y ait pas meilleure manière de faire un lien entre le contenu du cours et l'atmosphère du lieu, l'étude des textes des moines à l'occasion de la deuxième école, «Des hom-mes et des dieux», ne pourrait se faire dans une meilleure ambiance que dans un monastère. Du 5 au 11 juin, là aussi, les participants partageront les repas et la prière des moines à l'abbaye cistercienne de Val Notre-Dame.

Si nos sociétés ont de la difficulté à unir des croyants de différentes traditions, les moines cisterciens de Tibhirine, eux, ont démontré à travers leur parcours une expérience de vie harmonieuse entre musulmans et chrétiens. En plus d'expérimenter une lecture des écrits spirituels prophétiques de ces moines, le cours proposera une réflexion sur le dialogue interreligieux, ses fondements, sa pratique, ses difficultés et ses accomplissements, en s'appuyant sur leur tracé pour quiconque veut découvrir la vie chrétienne en terrain musulman.

Et enfin, du 14 au 20 août, l'héritière de la tradition clunisienne, l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac, offrira «Le monde de Cluny», un cours d'histoire religieuse donné par des intervenants spécialisés en histoire du christianisme. Véritable merveille de son époque, en plus de son architecture magnifique et de ses dimensions peu communes pour l'art roman, l'église de Cluny est aussi le symbole d'un idéal monastique ayant rayonné aux quatre coins de l'Europe. L'école portera sur le con-texte social, culturel, politique et religieux du IXe au XIe siècle, le développement des arts (architecture, musique, peinture), l'évolution de la théologie, le développement de la spiritualité, les nouvelles frontières de la liturgie, etc.

Si on ne recrée pas les é-poques, ces écoles permettraient toutefois d'y accéder en profondeur, selon le vice-doyen et responsable des écoles d'été, qui compare ces expériences d'immersion à celle d'apprendre à pêcher sur un bateau. Une fois terminés, les cours donneront droit à trois crédits chacun. Et on s'attend à recevoir près de 100 étudiants pour les trois écoles confondues.

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Collaboratrice du Devoir

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