Un été loin de Tchernobyl

La blonde Katia est venue de la Biélorussie au Québec grâce à la fondation pour les Séjours santé des enfants de Tchernobyl.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La blonde Katia est venue de la Biélorussie au Québec grâce à la fondation pour les Séjours santé des enfants de Tchernobyl.

Lorsque la petite Katia est arrivée au Québec pour la première fois, elle avait le teint pâle et s'essoufflait rapidement. Au bout de sept semaines passées dans la belle maison de Joanne Rivest et Martin Foisy, qui l'hébergeaient pour l'été au bord de la rivière L'Assomption, la fillette de huit ans avait les joues rouges, plus d'énergie et son taux de radioactivité avait baissé de moitié.

Katia fait partie des 15 à 20 enfants vivant en sol radioactif, principalement en Biélorussie, qui viennent chaque année faire des séjours santé dans des familles québécoises pour désintoxiquer leur corps de la radioactivité qu'ils ingurgitent à travers les produits de la terre de chez eux, contaminée par l'explosion du réacteur nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986.

Vingt-cinq ans après l'accident nucléaire, les effets de la radioactivité se font encore sentir en Biélorussie, où, au moment de l'explosion, le vent a poussé la radioactivité qui s'est ensuite fixée dans les terres. Vingt-cinq ans plus tard, le gouvernement de Biélorussie continue de nier l'existence du problème. Et la radioactivité restera emprisonnée dans le sol de Biélorussie pour encore 300 ans, sans que personne s'en soucie.

Or, selon l'Institut Belrad, dirigé par Alexey Nesterenko à Minsk, qui fait des recherches sur la question depuis 1990, «on ne peut constater de tendance à la baisse des niveaux d'accumulation de radioculéides chez les enfants».

«Cela affecte le système immunitaire», dit Joanne Rivest.

La blonde Katia est arrivée dans la famille Rivest-Foisy grâce à la fondation pour les Séjours santé des enfants de Tchernobyl. Cette fondation a vu le jour d'abord en tant que partie de la fondation canadienne qui a la même mission, quelque trois ans après l'accident de Tchernobyl. La fondation fournit entre autres des services d'interprète, mais ce sont les familles d'accueil qui assument tous les frais de séjour des enfants, y compris leurs billets d'avion.

«Nous faisons des campagnes de financement pour payer ces frais. Par exemple, notre dentiste voit Katia gratuitement tous les étés», dit Joanne Rivest.

Selon Carole Normandin, ancienne présidente de la fondation, qui a elle-même été famille d'accueil pour une petite fille de Biélorussie, et qui a déjà visité ce pays, on a déjà détecté un taux élevé de leucémies, de problèmes cardiaques et de troubles de la glande thyroïde chez les enfants exposés à la radioactivité de Tchernobyl. Des problèmes de fertilité sont apparus chez les filles et les garçons, et on conseille aux femmes de faire leurs enfants avant l'âge de 25 ans, si elles veulent tomber enceintes et si elles ne veulent pas avoir un enfant souffrant de malformation. Chose certaine, le taux de fécondité en Biélorussie est nettement sous la moyenne européenne.

Outre les séjours santé en territoire non contaminé, qui font passablement baisser le taux de radioactivité, la pectine, un produit dérivé de la pomme, aurait également un effet très favorable sur les personnes contaminées, selon les recherches de l'Institut Belrad.

«La radioactivité est inodore et incolore», note Martin Foisy. Aussi, bien des personnes vivant en sol contaminé l'ignorent. Et en Biélorussie, comme dans bien d'autres pays qui ont été contaminés par le nuage de radioactivité de l'explosion de Tchernobyl, on continue à vivre à peu près comme si de rien n'était.

«La mère de Katia cultive trois jardins», dit Joanne Rivest, même si l'on sait bien que la radioactivité se retrouve dans les fruits et légumes. Mais les plus hauts taux de radioactivité se trouveraient dans les champignons, que les gens du village de Bikhov, d'où vient Katia, s'abstiennent de manger, explique Catherine Foisy, l'une des trois filles du couple.

Malheureusement, la Biélorussie est un pays de tradition agricole. Et comme beaucoup de pays ont cessé de s'y approvisionner après l'accident de Tchernobyl, les habitants sont souvent condamnés à l'autoapprovisionnement.

«Ils ne veulent pas le savoir», constate Mme Normandin. D'ailleurs, dans un contexte de dictature comme celui de la Biélorussie, où pourraient-ils aller?

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On peut joindre la fondation Séjours santé enfants Tchernobyl au www.enfantstchernobyl.org.

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