Conclusion de l'enquête sur la mort de Fredy Villanueva - La rage d'une mère

Lilian Villanueva photographiée lors d’une marche soulignant le deuxième anniversaire de la mort de son fils Fredy, en août dernier. L’enquête du coroner sur ce décès a pris fin hier.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Lilian Villanueva photographiée lors d’une marche soulignant le deuxième anniversaire de la mort de son fils Fredy, en août dernier. L’enquête du coroner sur ce décès a pris fin hier.

La mère de Fredy Villanueva a livré un témoignage déchirant et rageur hier en conclusion de l'enquête du coroner ad hoc André Perreault, accusant le policier Jean-Loup Lapointe d'être «un assassin».

Lilian Villanueva attendait depuis deux ans pour exprimer au juge Perreault tout son désespoir de mère au coeur brisé. «Qu'est-ce que je dois faire pour que mon fils revienne à la vie? Pourquoi est-ce qu'un maniaque et un assassin a fait irruption dans nos vies? Pourquoi s'en prendre à mes fils? Seulement parce que nous sommes des immigrants. Je suis sûre que si Fredy et Dany avaient été blancs ou Québécois, cette tragédie ne se serait pas produite. C'est à cause du profilage racial que mon fils est mort», a-t-elle déclaré en espagnol, avec l'aide d'une interprète.

Un silence assourdissant régnait dans la salle d'audience, où se trouvaient plus d'une cinquantaine de personnes, dont le policier Lapointe et son équipière, Stéphanie Pilotte.

La mère a pleuré sa soif de justice, exhortant le juge Perreault à prendre «la bonne décision».

«Le seul coupable a un nom. Il s'appelle Jean-Loup Lapointe. C'est lui l'assassin de mon fils. C'est lui qui doit payer pour cette mort injuste», a-t-elle dit.

Au terme des audiences, le président de la Fraternité des policiers, Yves Francoeur, était à court de mots. «C'est un peu dur, mais on comprend dans les circonstances. C'est le témoignage d'une mère, ça n'a rien à voir avec ce qui s'est passé. D'un point de vue humain, on a beaucoup de compassion pour Mme Villanueva», a-t-il dit.

M. Francoeur a cependant réitéré que les policiers Lapointe et Pilotte avaient agi selon les règles de l'art, lors de l'intervention qui a coûté la vie au jeune Villanueva, le 9 août 2008 à Montréal-Nord. «J'espère que la population va retenir qu'on ne s'attaque pas aux policiers», a-t-il ajouté.

La légitime défense


Jean-Loup Lapointe a tué Fredy Villanueva et il a blessé deux de ses amis, après les avoir interceptés lors d'une partie de dés illégale, dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa.

Il éprouvait du mal à maîtriser Dany Villanueva, qui se débattait avec vigueur, tandis que son frère et ses amis s'approchaient de lui. L'agent Lapointe a dit qu'on l'avait agrippé de toutes parts et pris à la gorge. Il a ouvert le feu à quatre reprises, car il craignait d'être désarmé et d'être tué. Aucune accusation n'a été portée contre lui.

L'avocat de la famille Villanueva, Peter Georges-Louis, a l'intention de déposer une plainte privée pour homicide involontaire et négligence criminelle contre le policier Lapointe. La mère n'en attend pas moins de la justice. «Je demande que cet assassin soit incarcéré», a-t-elle dit en larmes. À ses yeux, c'est «une honte» que Jean-Loup Lapointe travaille encore pour le Service de police de Montréal (SPVM).

Dans sa déclaration, récitée sans notes, Mme Villanueva a longuement insisté sur le caractère pacifique de Fredy, et sur les efforts déployés par son frère aîné, Dany, afin de le tenir à l'écart des gangs de rue. Dany est celui qui souffre le plus de la mort de «son bébé». «Il est très difficile pour moi de le voir tous les jours se réfugier dans le cimetière parce qu'il a envie de voir son frère Fredy», a-t-elle lancé.

Le coroner s'est adressé brièvement à la mère avant de mettre un terme à ses travaux. La publication de son rapport final est cependant compromise.

Le SPVM et la Fraternité des policiers se sont adressés à la Cour supérieure pour empêcher le juge Perreault d'aborder publiquement la question des mécanismes de sécurité des étuis des policiers. Ils ont l'intention de mener la bataille jusqu'en Cour suprême s'il le faut. «On va attendre ce rapport pendant cinq ans au moins», se désole l'avocat de l'un des blessés, Alain Arsenault.
10 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 25 février 2011 07 h 05

    Quel charriage!

    Vous avez entendu la mère de Patrick Saulnier?
    Saulnier s'est fait descendre par la police il y a 2 semaines lors d'un vol à Beaconsfield. Un fait divers. Aucune manif. Aucune enquête du coroner. C'était juste un Québécois lui.

  • Gilles Teasdale - Abonné 25 février 2011 09 h 28

    Coupable

    Ou est le vrai coupable de toute cette histoire ?Celui qui est supposé être
    expulsé depuis quelque années.

    Gilles Teasdale

  • Michel Gaudette - Inscrit 25 février 2011 11 h 37

    Des délinquants dangereux...

    Un histoire de délinquants dangereux ayant résisté à leur arrestation et qui a mal tourné.

    Voilà pour moi le résumé de cette histoire...

  • Marc Lemieux - Inscrit 25 février 2011 12 h 16

    @ Mme Villanueva

    Ce n'est pas parce qu'ils étaient immigrants qu'ils ont été visés, on ne résiste pas à la police, c'est comme ça, c'est vraiment le monde à l'envers.

    Le profilage racial est certainement aussi malheureusement le reflet d'une réalité du terrain pour la police, j'ai vu que la Suisse commençait à publier des statistiques ethniques en matière de criminalité, je serais pour que ce soit fait ici aussi. Ce n'est pas en ne regardant pas la vérité en face qu'on risque d'arranger quoi que ce soit, au contraire

  • Benoit Guérin - Inscrit 25 février 2011 15 h 08

    Des humains.

    J'espère que les gens vont comprendre qu'on ne s'attaque pas à la police.

    Parce que, la police sa représente la vérité. La police c'est la loi. Jamais la réflexion, l'interprétation juste la loi. Et qu'un policier par défaut a raison. Tout le temps. La fraternité et le SPVM vont se battre bec et ongles pour protéger leurs membres. L'arrogance systématique des policiers est légitime.

    Maintenant, rappelons nous qu'il y a un humain derrière la police. Si on voulait, on pourrait choisir des beaux humains, compréhensifs, respectueux, et athlétiques. Rentrer dans la police pourrait être un honneur accordé aux personnes de bonnes volontés.
    Il faut se questionner sur le recrutement policier. Il faut se rendre compte que l'on donne beaucoup de pouvoir à des jeunes de 23 ans qui deviennent patrouilleurs.

    Des power trippeux, comme j'en rencontre souvent dans le corps policier, sa devraient jouer au paintball pis être comptable.