Remarques finales de l'enquête sur la mort de Fredy Villanueva - Une question de témérité?

Wendy Villanueva, lors du premier anniversaire de la mort de son frère Fredy.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Wendy Villanueva, lors du premier anniversaire de la mort de son frère Fredy.

La témérité et l'impulsivité ont tué Fredy Villanueva. Au terme d'une enquête d'une centaine de jours d'audiences, répartis sur 18 mois, les avocats des protagonistes du drame de Montréal-Nord formulent, depuis hier, leurs ultimes remarques au coroner ad hoc, André Perreault, afin de l'orienter dans la rédaction de son rapport.

D'entrée de jeu, le criminologue François Bérard a distribué des blâmes à parts égales à Fredy Villanueva, à son frère Dany, à leurs amis et au policier Jean-Loup Lapointe.

Estimant que sa vie était en danger, l'agent Lapointe a tiré à quatre reprises en direction de Fredy Villanueva et de son groupe, le 9 août 2008, dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa.

Le premier projectile a atteint Denis Meas à l'épaule. Les deux autres ont touché le jeune Villanueva, dont le décès a été constaté à l'hôpital dans la soirée du 9 août. Un quatrième projectile a atteint Jeffrey Sagor-Metellus au dos, après que le policier eut effectué un balayage d'environ 180 degrés pour l'atteindre.

Selon François Bérard, Fredy Villanueva et ses amis n'auraient jamais dû s'approcher du policier Lapointe, ou tenter de secourir Dany lors de son arrestation. Quant à Dany Villanueva, il n'aurait jamais dû se débattre pour échapper au policier. Ces jeunes ont fait preuve d'une audace aux conséquences fatales.

Par contre, Jean-Loup Lapointe n'avait aucune raison de tirer les deux derniers coups de feu, estime François Bérard. «Le policier a fait preuve de témérité et d'impulsivité dans ses actions», affirme le porte-parole de la coalition Solidarité Montréal-Nord. Le patrouilleur a mis sa vie en danger, celle de son équipière, Stéphanie Pilotte, et de tous ceux qui se trouvaient dans le parc et le stationnement ce jour-là.

S'il avait réfléchi, ne serait-ce qu'un instant, M. Lapointe aurait pu prendre du recul, ou encore faire usage de ses armes intermédiaires, telles que le bâton télescopique ou le poivre de Cayenne, estime François Bérard.

M. Bérard s'interroge sur les véritables raisons de l'intervention de Jean-Loup Lapointe auprès des frères Villanueva et de leurs amis, qui jouaient simplement aux dés dans le stationnement (une activité interdite en vertu des règlements municipaux). «Voulait-il impressionner sa collègue en lui donnant un complément de formation?», s'est-il demandé.

Rien à se reprocher


Pour la Ville de Montréal et son service de police, l'affaire est entendue. Selon leur avocat, Pierre-Yves Boisvert, Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte ont fait leur travail comme il se doit. Leur intervention était légitime, rondement menée, et dépourvue de tout motif oblique, tel que le profilage ethnique (ou racial). «N'eût été la réaction hors norme de Dany Villanueva, l'opération se serait déroulée calmement, en quelques minutes, et personne n'en aurait entendu parler», affirme le mémoire de la Ville et du SPVM. Les deux patrouilleurs et la Fraternité des policiers approuvent ce propos.

C'est en raison du caractère intempestif et téméraire des frères Villanueva et de leurs amis que Lapointe a dû tirer «quatre coups de feu tout à fait justifiés», estiment-ils dans leur mémoire.

La présentation des remarques finales, qui ne constituent pas de la preuve, se poursuit aujourd'hui.
6 commentaires
  • Francois Du Canal - Inscrit 8 février 2011 08 h 58

    Vous oubliez la CRAP?

    M. Myles, vous semblez avoir complètement oublié de parler du fait que Alexandre Popovic de la Coalition contre les Abus Policiers et la Répression (CRAP) et Me Alain Arsenault, qui représente des jeunes, ont eux aussi plaidé hier devant le juge Perreault.

    Le premier a dit que l'agent Lapointe était le seul fautif, car c'est lui seul qui a enclenché la violence en prenant le bras de Dany Villanueva. Il a aussi dit que Lapointe était un danger public et qu'il faudrait le renvoyer de la police de Montréal.

    Me Arsenault a aussi été pas mal critique envers l'intervention policière, en particulier le fait que rien ne peut justifier la 4ème balle qui a atteint un jeune dans le dos. Il a aussi dit que la seule chose que son client aurait pu faire pour éviter le drame est de ne pas être né à Montréal-Nord et de ne pas avoir été Noir...

    Merci d'exposer tous les points de vues exprimés.

  • Myriam Arsenault-Jacques - Inscrite 8 février 2011 11 h 40

    En effet...

    Effectivement, on attendait l'autre côté de la médaille. C'est bien beau la version des policiers et de la VdeM, mais il serait pertinent, voire essentiel d'avoir la version et les observations des avocats des jeunes. Je sais qu'il est impossible d'être totalement objectif, mais "come on", on peut quand même faire un effort!

  • Eric Allard - Inscrit 8 février 2011 12 h 57

    La meilleure façon de s'améliorer...

    est de reconnaître ses torts. Et les policiers, en protégeant le policier Lapointe à 100%, va à l'encontre de cette règle fondamentale.

    Premièrement, le début de l'enquête sur les événements a été totalement bâclé faute de non respect de plusieurs procédures, ce qui peut légitimement annuler les conclusions de cette enquête.

    Deuxièmement, comme le font remarquer plusieurs témoins à cette enquête, rien ne justifiait que le policier tire dans le dos d'un jeune.

    Par contre, je ne crois pas que les interventions de la CRAP soient réellement pertinentes. C'est l'intervention d'un groupe extérieur à la situation, et peu de personnes dans la population connaît bien leur point de vue (sont-ils extrémistes anti-policiers, ou font-ils des analyses sérieuses et impartiales de ces situations?).

  • Francois Du Canal - Inscrit 8 février 2011 18 h 31

    La meilleure façon de s'informer...

    @ Eric Allard

    La CRAP n'est pas plus "extérieure à la situation" que le SPVM ou la Ville de Montréal: ils représentent des gens de la communauté et soutiennent directement la famille Villanueva. De plus, ils n'ont rien d'extrémistes, ils sont des militantEs qui demandent la fin du profilage racial, des abus policiers et de l'impunité. Ils sont particulièrement experts de ces sujet (qui sont centraux dans l'affaire Villanueva) parce que depuis des années ils soutiennent des victimes de la police, font des ateliers d'information sur nos droits et recours, documentent et dénoncent ces injustices, etc.

    Ce n'est pas dénigrant leur point de vue comme étant "non pertinent" qu'on va amener les changements qui sont nécessaires pour arrêter les bavures policières. Rappelons qu'un des buts de l'enquête publique est de faire des recommandations pour une meilleure protection de la vie. D'ailleurs, la balle dans le dos n'est qu'un exemple que rien ne justifiait que l'agent Lapointe utilise son revolver tout court (les autres balles n'étaient pas justifiées non plus).

  • Jeannot Vachon - Inscrit 8 février 2011 23 h 40

    Et si on armait nos profs?

    Des jeunes turbulents, ça existe aussi dans les écoles. Que se passerait-il si on armait nos profs en leur disant de faire régner l'ordre et que s'ils se sentent menacés, ils peuvent tirer dans le tas.

    N'est-ce pas tout-à-fait ridicule?

    L'agent Lapoint est celui qui est 100% responsable de la tuerie. Il est arrivé là avec son attitude de cowboy, prêt à dégainer si un de ces petits voyous lui résistait.

    Il s'est mis à violenter l'un d'eux et s'est trouvé surpris que les autres s'avancent en lui criant après? Quel homme imbécile et violent, un danger publique à qui on ne devrait pas confier une arme et une insigne de police.