Handicap international en Haïti - «Je me rappelle le sourire d'une petite fille...»

Fymée et son ami Balnave, tous deux amputés, à l’Hôpital général de Port-au-Prince
Photo: William Daniels pour Handicap international Fymée et son ami Balnave, tous deux amputés, à l’Hôpital général de Port-au-Prince
«Nous avons donné très rapidement des béquilles et des prothèses temporaires aux gens qui pouvaient les utiliser, de façon à les remettre debout le plus rapidement possible et ainsi à faciliter leur réadaptation. D'autres personnes n'avaient pas été amputées correctement pour qu'on puisse les appareiller, donc elles ont dû se faire réopérer», explique Claire Fehrenbach, directrice de Handicap international Canada.

L'ONG a ensuite commencé à fournir des prothèses définitives, plus esthétiques, plus légères, plus solides et, bien sûr, plus longues à fabriquer.

«Nous avons appareillé environ 500 personnes avec ces prothèses jusqu'à maintenant. Nous avons commencé par les jambes, puisque c'est une question de mobilité. Il faut ensuite faire le suivi et changer régulièrement les prothèses des enfants qui sont en croissance», explique Mme Fehrenbach.

Sur le terrain depuis 2008

Si Handicap international a été en mesure d'agir si rapidement après la catastrophe, c'est parce qu'elle était déjà bien installée à Haïti lorsque le pays a été secoué par le tremblement de terre. «Nous sommes arrivés en Haïti en 2008, après les ouragans. Nous avions déjà une équipe de 100 personnes sur place et, heureusement, personne n'a été directement touché par le séisme», explique Claire Fehrenbach.

L'équipe travaillait depuis un moment déjà sur une plateforme logistique pour distribuer le matériel de différentes ONG présentes à Haïti. «Nous avions déjà tout en place, la flotte de camions et les chauffeurs, donc nous avons pu commencer dès le lendemain du séisme à transporter de la nourriture, du matériel médical, des tentes, etc., pour une centaine d'ONG», explique la directrice de Handicap international Canada.

Une équipe internationale d'urgence de l'organisme, créée en France en 1982, a aussi été envoyée en Haïti 48 heures après le séisme pour travailler auprès des blessés. «C'était du personnel médical et paramédical habitué aux différents types de traumatismes qu'on retrouve en cas de séisme, parce qu'il avait travaillé notamment en Iran et au Pakistan», précise Mme Fehrenbach.

Un volet social

Si une grosse partie du travail de Handicap international se fait en réadaptation, il ne faut pas négliger le volet social de son oeuvre. «Nos équipes devaient se rendre dans les camps pour s'assurer que tout le monde puisse bénéficier de services. Certaines personnes ne pouvaient pas se déplacer par elles-mêmes. Il y avait aussi toutes sortes de rumeurs qui circulaient, comme quoi on amputait tout le monde et n'importe comment dans les hôpitaux d'urgence. Les gens avaient peur, il fallait les rassurer», explique la directrice, jointe dans son bureau de Montréal.

Pour gagner rapidement la confiance de la population haïtienne, Handicap international a recruté beaucoup de personnel local. «C'est plus facile de travailler avec des gens de la place. Nous avons environ 600 personnes qui travaillent en Haïti, dont seulement une soixantaine sont des expatriés», précise-t-elle.

Des progrès

Bien qu'on dénonce souvent, depuis le début de l'année, les maigres avancées en Haïti, chez Handicap international on a vu des progrès. «C'est certain que, lorsqu'on voit que les gens habitent encore dans des tentes, on peut se poser des questions légitimes. Mais il y avait de nombreux problèmes avant le séisme, comme les questions foncières, qui demeurent. Et l'affluence de l'argent ne donne pas au pays un système fiscal qui fonctionne ni un niveau d'éducation plus élevé. Tout de même, on a apporté des soins à la population. Il reste encore beaucoup à faire sur plusieurs fronts, mais les ONG ne pourront pas remplacer l'État», affirme Mme Fehrenbach.

«On le compare souvent avec le tsunami, mais c'étaient deux situations très différentes. Le tsunami a frappé une région étendue et la capitale, Jakarta, n'avait pas été touchée, donc elle a pu réagir. En Haïti, c'est le coeur de Port-au-Prince qui a été touché et toutes les villes principales ont été mises à terre. Au niveau de l'organisation, plus rien ne fonctionnait», décrit la directrice de l'ONG, qui a d'ailleurs été mandatée par l'ONU après le séisme pour coordonner tous les acteurs actifs dans le domaine de la réadaptation des personnes handicapées. Le gouvernement haïtien a repris le flambeau en décembre dernier.

Malgré le chaos et les nombreux drames humains dont elle a été témoin, l'équipe de Handicap international peut voir les résultats de son travail. «Je me rappelle le sourire d'une petite fille qu'on avait appareillée. Plusieurs ont été amputés si jeunes qu'ils n'avaient pas encore appris à marcher, donc ils apprennent avec des prothèses. Puis, malgré les horreurs, nous voyons ces petits enfants rire, courir. La vie continue, finalement. Mais pour d'autres, bien sûr, c'est plus difficile. Je pense à cette femme qui a été amputée des deux jambes, qui a perdu son mari, sa maison et qui a quatre enfants à nourrir. Il y a de nombreux drames pour lesquels nous sommes impuissants. Ces gens se disent: "Mais comment la vie peut-elle continuer pour moi?"»

Les efforts continuent

Même si l'état d'urgence est terminé en Haïti pour Handicap international, l'ONG n'a pas l'intention de cesser son travail pour le moment. «Nous sommes toujours dans les camps et nous travaillons sur des projets structurants à long terme. Par exemple, nous sommes en train de monter un programme de formation en physiothérapie, parce que ça n'existe pas en Haïti», explique Claire Fehrenbach.

Et les Québécois n'ont pas abandonné les Haïtiens. Grâce à une entente signée avec le gouvernement du Québec, des experts québécois des centres de réadaptation de la province ont maintenant la possibilité d'aller travailler pendant trois mois dans des camps de réfugiés. «Deux sont partis en début d'année», précise la directrice.

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Collaboratrice du Devoir

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