Société - Les assistés sociaux sont «en train de crever», selon Gilles Kègle

Gilles Kègle, en compagnie du recteur de l’Université Laval, Daniel Brière, estime qu’il «faudrait en faire au moins dix fois plus» pour répondre aux demandes des démunis.<br />
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Gilles Kègle, en compagnie du recteur de l’Université Laval, Daniel Brière, estime qu’il «faudrait en faire au moins dix fois plus» pour répondre aux demandes des démunis.

Québec — Honoré samedi pour son dévouement envers les malades et les démunis, l'infirmier de rue Gilles Kègle déplore que de plus en plus d'assistés sociaux ne mangent pas à leur faim.

«Les assistés sociaux ne sont pas augmentés plus qu'il faut chaque année, alors ils sont en train de crever. C'est pour ça qu'il y a de plus en plus d'assistés sociaux qui vont dans les soupes populaires», a déclaré M. Kègle hier en entrevue après avoir reçu un doctorat honoris causa à l'Université Laval.

«Mais ce qui est regrettable, c'est qu'ils ne peuvent pas tous y aller parce qu'il y en a qui sont en perte d'autonomie, qui ont des maladies mentales. Ils sont bipolaires ou schizophrènes et, quand ils se retrouvent dans une soupe populaire où il y a beaucoup de monde, ils paniquent. C'est nous autres qui devons leur apporter à manger», a poursuivi l'homme de 67 ans.

Depuis plus de 25 ans, Gilles Kègle visite les pauvres, les malades et les personnes seules et âgées. Il les soigne, les lave et les suit de près. Basée dans le quartier Saint-Roch, la fondation qu'il a créée compte 2500 patients et fait 800 visites à domicile par semaine.

Malgré la grande santé économique de la ville de Québec et son taux de chômage particulièrement bas, l'infirmier de rue dit constater chaque jour l'augmentation du nombre de personnes isolées et dans le besoin, un phénomène qui déborde les frontières du centre-ville pour toucher les anciennes banlieues. «On essaie de combler les manques partout. Ça paraît moins parce que je ne suis plus tout seul et que j'ai l'aide de mes bénévoles [ils sont 70], mais il y a plus de monde [dans le besoin] qu'autrefois.»

Selon lui, «il faudrait en faire dix fois plus» pour répondre à la demande. Mais pas question pour lui de faire de reproches à «M. Charest» qui participait justement à la cérémonie en son honneur hier après-midi.

«Moi, je dis que ce n'est pas de sa faute. Que ce soit lui ou un autre, ça va être la même chose. On est rendus là et on se lance la balle», estime cet homme qui constate de près les effets du vieillissement de la population. Et si on investissait dix fois plus justement? «Ça mettrait peut-être le gouvernement dans le trou et ça ne serait pas mieux. Moi, je ne suis pas comptable, alors je ne peux pas juger. Tout ce que je peux faire, c'est continuer à faire ce que je fais sans rien dire.»

Après avoir reçu son doctorat en psychologie lors d'une cérémonie très protocolaire, le nouveau docteur Kègle a fait d'abord quelques blagues. «Je pense qu'après, je vais avoir besoin d'aide de psychologues pour retomber sur mes deux pieds», a-t-il dit avant de déclarer qu'il avait longtemps «rêvé» de rencontrer un psychologue pour savoir s'il était «normal».

Né à Trois-Rivières dans une famille modeste, Gilles Kègle a vécu un début de vie adulte difficile ponctué d'épisodes dépressifs avant de prendre la décision de consacrer sa vie à aider les autres au milieu des années 1980. Très croyant, il a tenu hier à remercier «son meilleur ami» en parlant de Dieu. Depuis sa création, la Fondation Gilles Kègle a effectué pas moins de 1,2 million de visites à domicile.
32 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 17 janvier 2011 07 h 35

    Un nouvel amphithéâtre

    Je suis certain que le maire Labeaume, dans sa grande compassion naturelle, une fois qu'il aura son amphithéâtre, aura tôt fait d'y accueillir tous ces malheureux...les jours où il n'y aura pas de hockey.
    Vite que vienne l'amphithéâtre! Vite que viennent les Jeux Olympiques!

  • André Michaud - Inscrit 17 janvier 2011 08 h 52

    Un saint

    Si une telle chose que la sainteté existe, M.Kègle en est sûrement un. Il fait un travail que même les infirmières et travailleurs sociaux des CLSC ne veulent pas faire.. Les logis des personnes qu'il aide sentent souvent tellement mauvais que même les pompiers hésitent à entrer dans ces endroits..

    M.Kègle est à leur total service. Si ils veulent de l'alcool il va leur chercher..etc Comme il le dit lui-même dans son volume, il s'est comme "suicidé" pour être à leur service comme son idole mère Thérèsa.

    Dans St-rock il y a beaucoup de gens qui ont été mis à la porte des hôpitaux psychiatriques par le doc Rochon...et plein de malades mentaux.. Ce n'est pas tant de l'argent qu'ils ont besoin que des services comme leur rend M.Kègle. Mais il faut être un peu saint pour faire ce travail..très exigeant et dans des conditions horribles.

    Faudrait-il ouvrir d'autres hôpitaux psychiatriques pour ces gens ? Au moins ils trouveraient plus de gens pour les aider dans un endroit salubre et propre...car on ne peut exiger la sainteteté à tout le personnel soignant...

    Et il faut surtout faire une différence entre les assistés sociaux malades et ceux aptes au travail qui ne veulent ni travailler ni étudier.
    Les premiers ont besoin de plus d'aide, les autres d'incitations au travail..car Québec est une ville ou il y plein d'emplois disponibles.

  • Sanzalure - Inscrit 17 janvier 2011 09 h 30

    Pas surprenant qu'ils se tournent vers Harper

    Si elle se tourne vers Stephen Harper et ses valeurs conservatrices, pas surprenant que la population abandonne les plus démunis. À gauche, on parle de solidarité; à droite, c'est la survie des plus forts et tant pis pour les plus faibles.

    Serge Grenier

  • B Landry - Inscrit 17 janvier 2011 09 h 34

    Une autre forme de PPP

    J'ai beaucoup d'estime pour ce genre de personne avec le coeur sur la main. Bravo M. Kègle.

    Par contre je ne peux m'empêcher de penser que notre gouvernement compte de plus en plus sur ce genre de participation Privé bénévole pour combler le désengagement de l'État. Des gens peuvent avoir de l'argent pour se faire remplacer par exemple une hanche alors il y a des cliniques lucratives privées qui s'ouvrent dans ce marché, mais les pauvres de par leur nature n'ont pas d'argent pour faire opérer leur problème alors ce sont des initiatives privées bénévoles qui prennent le relais.

    Je ne suis pas contre le bénévolat, mais est-ce qu'on peut se permettre de compter sur ces ressources privées pour régler nos problèmes sociétales

  • Eric Le Chasseur - Inscrit 17 janvier 2011 09 h 47

    La Vieille Capitale a les héros qui lui conviennent...

    Sans vouloir questionner l'engagement sincère et profond de monsieur Kègle (son travail humanitaire et philantropique auprès des plus démunis de Québec est tout à fait louable, et mérite l'admiration), avouons que son opinion quant à l'investissement étatique dans la santé (inutile d'investir plus selon lui) arrive à point nommé et doit sonner comme une douce musique dans les oreilles de la mouvance droitiste de cette ville.

    La droite a toujours exalté les vertus de la philantropie, et s'est toujours servie de ces femmes et de ces hommes débonnaires, engagés et humbles de coeur.