Ferrandez veut sortir la loterie vidéo du Plateau

Moins d'appareils de loterie vidéo, c'est bien, mais pas du tout, c'est encore mieux. Voilà l'essentiel du message qu'a transmis, mardi, le maire de l'arrondissement Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, au président de Loto-Québec, Alain Cousineau. Avec l'appui de huit organismes de l'arrondissement, le maire Ferrandez a demandé aux autorités qu'aucun nouvel appareil ne soit installé dans le Plateau.

«Il est reconnu que les appareils de loterie vidéo ont un effet particulièrement néfaste sur la santé publique», a expliqué hier le conseiller municipal du Mile-End, Alex Norris, en évoquant la levée du moratoire décrétée par Québec sur l'octroi de nouvelles licences d'exploitation. «On est donc très inquiet de voir que des demandes sont faites par des tenanciers de bar pour obtenir de tels appareils», a-t-il ajouté.

M. Norris a rappelé que le tiers de la population du Plateau vivait sous le seuil de pauvreté et que l'arrondissement comptait un nombre élevé de bars, de tavernes et de boîtes de nuit disposant d'appareils de loterie vidéo (ALV). «C'est une combinaison dangereuse, dit-il. En fait, notre préférence, c'est qu'il n'y ait pas d'appareil du tout. Ce n'est pas, selon nous, une bonne façon d'amasser de l'argent pour l'État québécois.» Le lien entre l'utilisation de ces appareils et les problèmes de jeu pathologique, qui peuvent conduire au suicide, ne sont plus à démontrer, ajoute-t-il.

La réplique ne s'est pas fait attendre. «Je m'étonne en fait que nul dans votre entourage ne vous ait informé de l'état de la situation dans votre arrondissement, voire à l'échelle du Québec», écrit Alain Cousineau dans une lettre qu'il a fait parvenir hier au maire Ferrandez. Il y rappelle qu'en 2003 Loto-Québec a procédé à une reconfiguration de son réseau d'ALV partout au Québec, afin de revoir la répartition des appareils en fonction des conditions socioéconomiques des différentes zones.

À l'échelle du Québec, cette réforme s'est traduite par une baisse de 36 % du nombre des établissements comportant des ALV. Dans le Plateau, le nombre de licences est passé de 55 établissements, en 2003, à 38, en 2009, signale-t-il. Ainsi, on dénombre désormais 190 appareils sur le territoire du Plateau, comparativement à 248 six ans plus tôt.

Loto-Québec s'affaire par ailleurs à élaborer une nouvelle méthode d'attribution des appareils qui tienne compte de l'indice de pauvreté. «Dans ce contexte, il était déjà acquis que nous n'installerions pas de nouveaux ALV sur le territoire du Plateau-Mont-Royal», précise M. Cousineau.

Le maire Ferrandez a repris sa plume hier après-midi pour porter à l'attention de M. Cousineau diverses statistiques publiées par l'Institut national de santé publique du Québec. Il a notamment rappelé que 62 % des suicides liés au jeu compulsif étaient commis par des personnes qui souffrent d'une dépendance à l'égard des ALV. «À la lumière de ces chiffres, je suis encore plus consterné que Loto-Québec se contente d'une réponse laconique qui nie les impacts dévastateurs des appareils de loterie vidéo», conclut M. Ferrandez.
8 commentaires
  • Christian Feuillette - Inscrit 23 décembre 2010 07 h 59

    Pour une video-poker free zone!

    J'appuie entièrement l'action du maire Ferrandez dans ce dossier. En fait je voudrais que le Plateau soit décrété zone sans aucune loterie video (vpfz: video-poker free zone). Cela pourrait ensuite faire tache d'huile sur les autres quartiers et souhaitons-le sur tout le Québec, puis le Canada.

    Christian Feuillette
    Plateau Mont-Royal

  • André Michaud - Inscrit 23 décembre 2010 09 h 22

    Oui mais avec les conséquences..

    à 60 ans, Je n'ai jamais acheté de billet de loterie ou autre forme de gambling..je ne comprend absolument pas ce vice. Je comprends l'alcoolique qui boit son alcool ou le drogué qui aime l'effet de sa dope, mais le gambler se retrouve la plupart de temps ..les mains vide!! Ce vice est un mystère pour moi!!

    Cependant Loto Québec rapporte beaucoup à l'état (impôt volontaire pour citoyens non avertis?) et si il élimine ce jeux le petit maire doit accepter logiquement de s'attendre a avoir un peu moins de revenu du provincial..
    puisque son coin génèrera moins de fric.. Mais peut-être que son coin aura moins besoin de fric puisque moins de gamblers à soigner..?

  • Marc Donati - Abonné 23 décembre 2010 10 h 26

    jeu et pauvreté

    @ André Michaud

    Si vous ne comprenez pas le ''vice'' du jeu, et bien, c'est probablement parce que vous n'avez jamais connu la pauvreté...

  • Sanzalure - Inscrit 23 décembre 2010 11 h 28

    Ça n'a rien à voir avec la pauvreté

    La façon honnête d'avoir de l'argent, c'est de travailler. La loterie est un «vice» parce que c'est une façon d'obtenir de l'argent sans travailler. Que les joueurs soient pauvres ou riches, ça n'y change rien : les deux veulent avoir accès à la richesse, sans participer personnellement à sa création.

    Serge Grenier

  • Albert Descôteaux - Inscrit 23 décembre 2010 13 h 53

    Pas seulement sur le Plateau!

    Lorsque je passe devant la brasserie du coin de mon quartier montréalais, où se trouvent des loteries vidéos, je vois des hommes et des femmes à 9h00 le samedi matin qui mendient de l'argent pour "prendre l'autobus". Ces gens ont les yeux creusés, les vêtements sales et usés, ils ont l'air de loques humaines. Dès qu'ils ont réussi à duper quelques bonnes âmes, ils rentrent dans la brasserie pour jouer au vidéo poker.

    Je ne comprends pas que l'on puisse continuer à tolérer que des êtres humains en arrivent à perdre tout ce qu'ils ont pour n'avoir qu'une seule idée en tête, soit de se refaire sur ces stupides machines. Quand je lis les propos du président de Loto-Québec à ce sujet, je deviend furieux. Cette initiative du maire Ferrandez doit être élargie à tous les arrondissements montréalais. Tous s'en porteront mieux.