Logement adapté - Les aînés veulent demeurer à domicile

En ce début de XXIe siècle, les personnes âgées sont environ 600 millions dans le monde. Vers 2050, ce nombre devrait avoir triplé. Si cette réalité démographique engendre d'abord un défi économique de taille, elle commande aussi d'importants changements en matière de logement. Pour discuter de la question, plusieurs intervenants français et québécois se sont réunis à Lyon, les 22 et 23 novembre derniers, à l'occasion des 23es Entretiens Jacques-Cartier.

D'ici 2030, 20 millions de Français et près de trois millions de Québécois auront franchi le cap de la soixantaine. Dans un contexte où, au Québec comme en France, la grande majorité des aînés disent vouloir demeurer à domicile le plus longtemps possible et où cela comporte une part de risque, l'aménagement des territoires et des espaces habitables doit désormais être pensé de façon à répondre aux besoins d'autonomie, de vie sociale, de loisirs et de culture de cette population vieillissante.

Actuellement, près de 90 % des aînés québécois habitent toujours à domicile. Cependant, d'après le ministère de la Santé et des Services sociaux, plus de 85 000 têtes blanches logent dans des résidences privées avec services et près de 40 000 personnes âgées sont hébergées dans le réseau des CHSLD. De plus, environ 20 % des aînés ont besoin de services en raison d'une incapacité.

En France, bien qu'elle soit similaire, la situation n'est pas tout à fait identique. D'après les dernières enquêtes sur la population, on estime que plus de 90 % des aînés français vivent aujourd'hui à domicile. Jusqu'à 85 ans, 9 personnes sur 10 habitent leur logement et seulement un quart des personnes de plus de 85 ans vivent en établissement. Parallèlement, un phénomène de désinstitutionnalisation et de médicalisation des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (HPAD) émerge, ce qui accroît les besoins en hébergement sous forme de logements adaptés.


Des pistes de solution

En France comme au Québec, les pouvoirs politiques et les promoteurs immobiliers proposent déjà bon nombre de solutions d'hébergement pour les personnes vieillissantes. Sur les thèmes «Habiter dans un quartier: repenser l'environnement urbain et social» et «Expériences pratiques: territoire et vie sociale», plusieurs intervenants français et québécois actifs dans le domaine de l'habitation ont présenté quelques-unes de ces initiatives et proposé d'intéressantes pistes de réflexion les 22 et 23 novembre derniers, à l'occasion des 23es Entretiens Jacques-Cartier.

Notamment, M. Pierre-Marie Chapon, chargé de recherche ICADE (Caisses des dépôts et consignations) en France, a soulevé l'importance d'étudier les habitudes de vie quotidienne des aînés afin d'aménager le territoire d'une façon mieux adaptée à leurs besoins. «Les logements réalisés en fonction des possibilités foncières et des potentialités locales de ce marché sont rarement regardants sur la qualité de l'environnement géographique, puisque les résidences proposées sont considérées bien souvent comme vivant sur elles-mêmes. Or les territoires ne sont pas égaux dans leurs capacités à permettre aux résidants âgés d'y demeurer durablement. Pour proposer aux aînés des solutions d'habitation qui favoriseront leur épanouissement, il faut d'abord identifier leurs besoins réels», a affirmé M. Chapon.

Pour sa part, Anne-Marie Séguin, professeure-chercheure au centre Urbanisation Culture Société de l'Institut national de la recherche scientifique, a présenté un éventail de solutions de logement qui avaient été envisagées au Québec (maisons intergénérationnelles, création de pôles de services, pavillons de jardin, etc.) et a du même coup signalé l'importance de proposer des solutions de rechange accessibles aux moins bien nantis.

«Comme les pouvoirs publics sont encore assez timides en matière de logement adapté, lorsqu'ils sont en perte d'autonomie, les aînés doivent souvent se tourner vers la résidence, qui est un organe de prise en charge important et très hétérogène, donnant lieu à une foule de situations différentes selon les moyens dont disposent les personnes âgées. [...] Aussi, nous avons toujours besoin de logements publics ou, du moins, fortement subventionnés avec des services intégrés ou à proximité. Il faut aussi revoir nos villes de façon à répondre aux besoins d'une population vieillissante», a soutenu Mme Séguin.

Démarches différentes

Mettant en lumière quelques-unes des initiatives qui ont été soutenues au cours des dernières années par la Société d'habitation du Québec (SHQ), son vice-président, James McGregor, s'est montré très enthousiaste et en a inspiré plus d'un en présentant les projets de la Seigneurie de Vaudreuil, des Habitations pignon sur roues et de la coopérative d'habitation Rousselot.

«Actuellement, il y a vraiment un foisonnement de projets pour les personnes âgées à travers le Québec. Nous avons au-delà de 8000 logements financés dans le cadre de nos programmes de logements communautaires et il y a beaucoup d'expérimentations. Selon les Français, nous sommes plus enclins à expérimenter et à tenter des choses. Eux, ils ont une démarche plus structurante, par le haut. Si les démarches sont si intéressantes, c'est qu'elles viennent du bas. C'est vraiment la force de nos programmes actuellement», a-t-il souligné.

La participation des Québécois à ce colloque a suscité un grand intérêt chez les congressistes et a permis d'aborder d'intéressantes avenues. Certains intervenants français ont même fait la remarque qu'au Québec on semblait plus proactif sur le terrain qu'en France. Quelques participants ont aussi souligné que les initiatives adoptées paraissaient diversifiées et bien adaptées aux besoins des aînés.

Dans le cadre des prochains Entretiens Jacques-Cartier, en octobre 2011, une seconde étape de réflexion sur le thème du logement adapté sera tenue à Montréal. Celle-ci aura d'abord pour objectif d'approfondir les thèmes précédemment abordés et de développer d'autres aspects, notamment sur le volet assurantiel de la dépendance.