Universités et recherche - « Nous sommes en perte d'autonomie, alors qu'eux sont en gain d'autonomie »

Brigitte Saint-Pierre Collaboration spéciale
Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Des dirigeants universitaires se sont réunis à Lyon en novembre pour discuter de gouvernance. La même journée, différentes séances ont eu lieu par la suite au sujet de la recherche et de l'innovation, à l'occasion du colloque «Villes de savoir, mondialisation et valorisation», tenu dans le cadre des 23es Entretiens Jacques-Cartier.

«Je pense que les établissements universitaires français ont peu d'autonomie, comparativement à nous. Nous en avons plus, mais nous sommes en perte d'autonomie, alors qu'eux sont en gain d'autonomie. On va dans des directions opposées», a déclaré le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, en marge de la matinée de réflexion entre présidents d'université et directeurs de grande école de la région Rhône-Alpes en France et recteurs et principaux d'université du Québec et du Canada.

Le recteur de l'Université de Montréal a qualifié de «micromanagement» certaines mesures de la loi mettant en oeuvre des dispositions du discours sur le budget québécois 2010, par exemple celle prescrivant une réduction de 25 % des budgets de voyages. Selon lui, «c'est difficile d'améliorer la performance d'une université si on ne lui permet pas de faire ses choix stratégiques complètement».

M. Breton a aussi évoqué des contrôles accrus de la part des organismes subventionnaires fédéraux. Il a indiqué que l'Université de Montréal a dû embaucher davantage de comptables vérificateurs pour remplir les formulaires de ces organismes: «Ça ne fait pas plus de recherche, ça fait plus de gens qui remplissent des formulaires pour faire des redditions de comptes. Donc, il y a de plus en plus d'exigences de reddition de comptes, qui ont une valeur ajoutée discutable.»

Situation française et autres enjeux

Selon Michel Lussault, président du Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES), Université de Lyon, l'autonomie des universités «s'est considérablement renforcée» dans l'Hexagone. «La France était un pays où traditionnellement l'État central avait un pouvoir de contrôle très fort sur les établissements d'enseignement supérieur. Depuis maintenant une vingtaine d'années, les choses avaient commencé à évoluer, et, à la faveur d'une grande loi en 2007, une autonomie très importante a été attribuée aux établissements universitaires.» Mais le gouvernement français «reste quand même très présent à travers notamment des systèmes de contrôle budgétaire».

Et les établissements d'enseignement supérieur français sont appelés à travailler davantage ensemble. «En France, il y a à l'heure actuelle une vraie réflexion sur la manière de faire d'établissements qui, n'ayant eu aucune relation pendant très longtemps, commencent à en avoir sur une base territoriale.» Quatre universités et quinze écoles supérieures se trouvent à Lyon et à Saint-Étienne. «On a une vraie volonté de faire en sorte que les établissements désormais travaillent ensemble et éventuellement se fédèrent dans le cadre d'une nouvelle entité universitaire, qu'on appelle l'Université fédérale de Lyon», a mentionné M. Lussault. Dans ce contexte, les dirigeants d'établissement d'enseignement supérieur de la région Rhône-Alpes étaient intéressés à en savoir plus sur la façon dont les universités québécoises et canadiennes sont organisées et gouvernées.

Le recteur de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Michel Belley, et le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, ont traité du système universitaire canadien et québécois ainsi que de principes et d'enjeux liés à la gouvernance.

M. Belley a notamment évoqué la question des classements d'universités. «C'est bon d'avoir des indicateurs de performance pour les universités, mais, avant de prendre des décisions structurelles sur la réorganisation des universités, il faut se poser la question de savoir quel type d'université est sous-jacent aux classements.» Le recteur de l'UQAC a mentionné que le classement de Shanghaï est par exemple basé sur des indicateurs liés à la recherche. «Si on disait: "Toutes les universités doivent se conformer ou essayer de se conformer au classement de Shanghaï", il n'y aurait plus d'enseignement dans les universités.»

Valorisation de la recherche

Plus tard dans la journée, il a été question du projet d'entente entre le Canada et l'Union européenne et de la valorisation de la recherche. Le président de la Conférence des présidents d'université (CPU) et de l'Université Claude-Bernard Lyon-1, Lionel Collet, a mentionné que la CPU considérait comme essentiel que l'enseignement supérieur et la recherche soient examinés dans le cadre de ce projet d'entente et il a ajouté avoir contacté la ministre française de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, à ce sujet. «Il y a une position officielle du gouvernement français pour faire en sorte que l'enseignement supérieur et la recherche fassent partie du cadre des discussions, des négociations de l'entente Europe-Canada», a-t-il dit.

Le négociateur en chef du Québec en vue d'un accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne, Pierre Marc Johnson, a rappelé qu'au départ la question de la valorisation de la recherche n'était pas à l'ordre du jour des discussions. Des dirigeants universitaires ont énoncé le souhait qu'elle soit abordée. «Ils ont été écoutés sur cette question», a dit le négociateur en chef du Québec.

«Je vous dirais que je suis, quant à moi, optimiste quant au fait que l'accord tiendra compte de cette préoccupation [concernant l'innovation, la recherche et le développement]», a mentionné l'ancien premier ministre québécois, ajoutant qu'il ne croyait pas toutefois que le texte de l'entente comporterait beaucoup de détails à ce sujet. «Les négociateurs sont sensibles à quelque chose qui m'apparaît fondamental, c'est la participation du secteur privé à cet effort», a-t-il ajouté. M. Johnson a mentionné qu'il croit qu'un accord commercial devrait s'intéresser à la partie D (développement) de la R&D (recherche et développement). Il a par ailleurs indiqué que les négociations entre le Canada et l'Union européenne devraient se terminer en 2011.

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Collaboratrice du Devoir